19 novembre 2008
Paradis pour tous, d'Alain Jessua
Alain Durieux (Patrick Dewaere) est un petit assureur qui sombre dans la dépression. Après une tentative de suicide ratée, il se retrouve dans le service hospitalier du docteur Valois (Jacques Dutronc) qui va expérimenter sur lui une nouvelle méthode pour soigner l'angoisse, appelée le flashage. Alain change alors du tout au tout et devient tout le temps heureux, sûr de lui et calme. Et il va naturellement se rapprocher d'autres "flashés" qui, comme lui, savourent le bonheur perpétuel...
Dernier film de Patrick Dewaere (qui se suicida peu de temps après le tournage de ce film, qui prend, du coup, une connotation toute particulière), on retrouve dans cette histoire toute la thématique d'une bonne utopie négative à la Meilleur des mondes d'Huxley : si le bonheur devient obligatoire et génétique, sommes-nous encore des êtres humains ? Ne glissons-nous pas vers la monstruosité ?
Au delà de cette idée, on ne peut qu'être frappé par la critique sous-jacente des phénomènes sectaires dans ce film : les "élus" se regroupent entre eux, ont leur propres codes et sont prêts à éliminer, au propre ou au figuré, toute personne qui entrave leur chemin.
Alors, bien sûr, le film a un peu vieilli (il est de 1982, tout de même), certaines situations sont absurdes (la visite de l'usine en flamme par exemple...), Philippe Léotard et Jacques Dutronc ne composent pas de splendides seconds rôles (ils sont même un peu mauvais, n'ayons pas peur des mots...), la mise en scène n'a rien d'exceptionnelle et les décors sont même un peu laids parfois (la première maison de Dewaere, le bureau du patron...).
Néanmoins, il reste des scènes fascinantes qui sont, aujourd'hui plus encore au regard de la société libéraliste, hurlantes d'intelligence. Et je pense, en particulier, à toutes les scènes où Dewaere est capable de pousser les autres à se tuer (l'expert en assurance, qui meurt à l'usine ; son collègue, que Dewaere pousse à avoir un accident de voiture...) pour simplement gagner plus, et faire du chiffre, ou bien à la scène où trois "flashés" (dont Dewaere) regardent des spots télévisés en dodelinant de la tête et en chantant tous les jingles, qu'ils connaissent, tout trois, par coeur. C'est drôle de voir ces adultes soudain rayonnants et enfantins... Et puis soudain, ça ne l'est plus... L'angoisse s'installe... Parce que ce qu'on voit alors, ce sont des adeptes de la société de consommation, des battants matérialistes... Le rêve de nos amis publicitaires... Et ça... ça fait peur.
16 novembre 2008
Antony and the johnsons
Découvert en Irlande par hasard, chez un ami, l'album "I'm a bird now" est tombé sur mon coeur comme une bulle, une plume, une perle.
Antony est un colosse à la voix unique et fragile, qui fait résonner des paroles bouleversantes aux accords de son piano. Il parle d'amour, de la difficulté de se sentir une femme dans un corps d'homme, de la solitude.
Pourtant, sa musique contient aussi une grande et belle énergie, qui donne envie de se battre, de créer et de ne jamais renoncer.
Un mini album vient tout juste de sortir, qui s'intitule "Another world" et qu'on peut savourer calmement en attendant son nouvel album du côté de janvier 2009.
Je sors tout juste de l'écoute d'une émission du génial Bernard Lenoir, sur France Inter. Une white session, où Antony est seul au piano (il est accompagné sur ses albums). Un bonheur de 35 minutes que seul un service public de radio intelligente peut nous offrir. Si vous en désirez une copie, laissez-moi un mail. Je refuse de ne pas partager cette émission. Et sinon, rien ne vous empêche plus d'aller jeter un oeil sur www.antonyandthejohnsons.com histoire d'approfondir la question.
07 novembre 2008
Petite publicité en passant...
J'aurais dû le faire depuis longtemps. Maintenant, c'est fait... J'ai mis une possibilité d'abonnement à la newsletter de ce blog. Si vous souhaitez savoir quand j'écris un nouveau post... J'ai aussi mis un lien qui vous permet de relire de vieux posts que vous aviez oubliés (ou jamais lus, bandes d'ingrats !). Il suffit de cliquer sur la catégorie qui vous intéresse, et hop ! Magie ! Et si jamais vous ne connaissez pas encore le génial groupe irlandais God Is An Astronaut (qui vient de sortir un nouvel album, disponible sur www.godisanastronaut.com), faites un saut dans la catégorie "le lien est ton ami". Vous trouverez deux p'tit clips. L'un d'eux, route 666, est réalisé par votre serviteur (bon, c'est le moins bien des deux, mais quand même...).
De l'art de rendre heureux les simples d'esprits
Vous connaissez mon amour inconditionnel pour L. Ron Hubbard, ce rouquin bouffi d'orgueil, mythomane et mégalomaniaque créateur d'une pseudo théorie pseudo-scientifique appelée pompeusement la Dianétique, faite d'un salmigondi de psychologie de bazar, et à l'origine de la secte bien connue de l'Église de Scientologie.
Il faut vous avouer qu'à la suite de la lecture de l'excellent et extrêmement bien documenté "Ron Hubbard, le gourou démasqué" de Russell Miller (Plon), j'ai eu envie de lire un peu la prose de Roro (on est intimes, cherchez pas, et ne soyez pas jaloux!). Aussi, par l'intermédiaire d'un site marchand d'occasion, je me suis procuré deux bouquins du bonhomme. Le premier était un roman de SF intitulé "Au bout du cauchemar" (avant d'avoir trouvé son créneau sectaire, Ron Hubbard était un romancier et un nouvelliste), et, de fait, ce fut un cauchemar d'arriver au bout de ce livre. Il n'y avait donc pas tromperie sur la marchandise...
[Parenthèse. Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir un merveilleux extrait. Dans le passage cité ci-après, le narrateur est dans une sorte de dimension parallèle et parle avec une créature. Savourez la qualité et la profondeur du dialogue.
"- (...) Tu as un doux visage, James Lowry. Tu veux un conseil ? - Oui Mère. - Descends jusqu'au bas des marches et tu rencontreras un homme. Si tu dois mourir, demande-lui où tu as perdu ton chapeau. - Il me le dira ? - Il te le dira peut-être ou peut-être pas. Les chauve-souris sont des chapeaux gris qui sont des rats, qui sont des chats, et il n'est pas de soupe assez profonde pour s'y noyer. - Pour noyer qui, mère ? - Pour s'y noyer, c'est tout ! Tu as un doux visage James Lowry (...) Et ensuite après ce premier homme, tu rencontreras un second homme. Mais ni l'un ni l'autre ne sont des hommes. Ce sont des idées. (...) Et puis le second homme te dira qu'il te faudra descendre tout en bas des marches. Jusqu'au fond. Tout en bas, en bas, en bas... - Où se trouve le fond, mère ? - Le fond ? Mais il est en haut, bien sûr. (...)" p.87, éditions pocket. Fermons la parenthèse]
Le deuxième livre était déjà plus sérieux. Roro avait avancé grandement dans ses névroses. Cela s'appelle "Scientologie, les fondements de la pensée" et, pour le coup, c'est carrément illisible. C'est un grand classique de la secte : enfoncer des portes ouvertes et balancer des lieux communs dans un jargon proprement incompréhensible afin de faire croire à une grande profondeur de la pensée.
Malheureusement pour moi, si le roman avait été vendu par un particulier, le bouquin théorique était vendu par une des sections scientologues françaises. Et donc, je me suis retrouvé sur leur fichier et abonné à un somptueux petit fascicule prosélyte de quatre pages ... Dans un premier temps, j'ai été bien embêté. Et puis je me suis dit qu'après tout, autant leur faire dépenser de l'argent pour m'informer et me donner des armes pour les combattre.
C'est ainsi que j'ai reçu hier leur dernier opuscule qui m'offre gracieusement un extrait du livre de Roro "La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps". Et je ne peux, à mon tour, m'empêcher de vous livrer quelques bribes du machin, assorti de quelques traductions et commentaires personnels...
"La Dianétique, bien que simple, est et accomplit ce qui suit : [Notez ici, la subtile comparaison avec un organisme divin quelconque, avec l'emploi du verbe être qui donne un aspect sentencieux à l'ensemble]
(...) [la Dianétique] comprend une technique thérapeutique qui permet de traiter tout mal mental inorganique et tout mal psychosomatique organique avec l'assurance d'obtenir une guérison complète sur des cas qui n'ont pas été sélectionnés à l'avance [En gros, la Dianétique est une sorte de shampoing deux en un qui élimine les cheveux gras ET les pellicules. Vous êtes schizophrène, hop la Dianétique ; vous avez une verrue plantaire, hop la Dianétique !]
(...) La Dianétique révèle et démontre cliniquement et scientifiquement la source unique des dérangements mentaux. [Magie... Mystère... La Dianétique sait tout, voit tout et résout tout ! Roro, qu'est-ce que tu es fooooort ! Ou l'art de tout simplifier...]
(...) La Dianétique présente la théorie non microbienne des maladies qui vient s'ajouter à la biochimie et aux travaux de Pasteur sur la théorie microbienne pour embrasser ce domaine. [Allez, zou ! On cite Pasteur, ça ne coûte rien un argument d'autorité et ça fait tout de suite scientifique et sérieux... Et sans se dégonfler, on en profite pour se comparer à lui... Mais, au fait, c'est quoi une théorie non microbienne ? Et bien c'est une théorie qui pose le fait que, tous les jours, des gens attrapent des non-grippes ou des non-appendicites... Aaaahhh, d'accord... C'est tout de suite plus clair !]
(...) Grâce à la Dianétique, il n'est plus "nécessaire" désormais de détruire le cerveau au moyen de la chirurgie ou d'électrochocs visant à rendre les patients plus "dociles" et "normaux". [Il suffit juste de leur faire lire les bouquins de Roro et de les endoctriner un zeste pour obtenir le même résultat, en économisant le fric de la Sécurité Sociale !]
Et s'impose alors à nous l'image de ces bonimenteurs dans les foires qui nous vendent des machines incroyables qui coupent, râpent, réduisent en poudre, pressent, tranchent, hachent et compressent... Ou encore ces vendeurs du Far West qui vendaient des potions ou des lotions censées tout guérir...
Histoire d'enfoncer le clou et de prouver la véracité de la Dianétique, les rédacteurs du fascicule ont cru bon d'ajouter des témoignages. Et là, c'est le délire le plus absolu... On commence par le mystérieux LC (Ligue Communiste ? Lait Chaud ? Lépreux à Croûtes ?) qui nous explique simplement son engouement :
"Je constate en toute sincérité, qu'en avançant sur ce cours de Dianétique, je commence à obtenir une compréhension (simple) conceptuelle du mécanisme du mental réactif. Cette compréhension augmente mon contrôle face à mes propres restimulations et augmente aussi ma tolérance envers les autres et leurs aberrations. [C'est bien mon gars, ton cerveau a bien été lavé. On est arrivé à te faire croire que les non-scientologues sont des idiots! Et que tu es bon et grand de nous tolérer tout de même !] En fait je vois que KRC (Savoir-Responsabilité-Contrôle) et ARC (Affinité-Réalité-Communication) sont réellement imbriqués. [Fallait commencer par ça, LC, je suis soudain tout convaincu!]"
Mais voici le clou du témoignage. Celui qui est le plus... le plus... Comment dire... Non... Laissons plutôt la parole au sibyllin SN [Saignement de Nez ? Squale Nervuré ? Sarkozy Nicolas ?]
"Quel plaisir de pouvoir étudier la Dianétique. [Et pour une somme très modique... A peine quelques centaines d'euros pour commencer... Une paille !] Tout est logique et tout s'aligne. [Comme dans le jeu Tétris] Je me suis aperçu que j'avais une certaine forme de pensée réactive : quand un individu a peur des chiens, en fait il a peur d'un chien précis, à un moment donné [Moi c'est le Chiwawa à pointes, et toi ?]"
Voila les amis. Notre petit voyage chez nos amis qui essorent avec frénésie notre esprit est terminé pour cette fois. Mais, promis, on y reviendra. En attendant, soyez bien sages.
05 novembre 2008
Voyage au (mystérieux) pays des femmes
ça a dû se passer en 1992, lorsqu'un décérébré publicitaire a refermé le premier livre qu'il avait enfin réussi à lire jusqu'au bout (je parle d'un vrai livre, avec aucune d'image, que du texte, et tout et tout, sinon, ses albums de coloriages qu'il avait fait enfant auraient compté...). Ce joyau de la littérature contemporaine, écrit par John Gray, s'appelait "Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus", ou un titre à la con comme ça.
[Parenthèse à l'attention de nos lecteurs qui ne se seraient pas gargarisés à la lecture de ce monument d'intelligence, voici un petit résumé. En gros, John Gray, étasunien de son état, s'était aperçu, à la puberté, que tout le monde n'avait pas de petit robinet, contrairement à ce que ses petits camarades de l'internat lui avait fait croire (les petits polissons !). Il faut dire qu'il était né à Huston, au Texas, et que les multiples mariages consanguins et autres reproductions avec des bêtes à cornes, avaient quelque peu amoindri l'intelligence du garçon. Toujours est-il qu'il découvrit, un jour, donc, qu'il existait deux sexes. Subjugué par cette première découverte fondamentale, il approfondit la chose et se rendit compte qu'il existait, dans le monde, des hommes et des femmes... Sacré John... Impressionné par cette révolution, il fit le relevé des différences : il comprit très vite que si les femmes aimaient par dessus tout repasser et faire à manger, c'est parce que c'était dans leurs gènes. Inversement, l'homme a plutôt des gènes de pilotes d'avion, de conducteurs de machine-outil et de fabricant de catapulte. Partant de là, il comprit pourquoi c'était toujours le bordel dans les couples : c'est parce que l'homme et la femme étaient différents ! Sa fabuleuse découverte révolutionna le monde gay et lesbien, puisque les homosexuels, grâce à John, comprirent pourquoi ils s'entendaient si bien entre eux et pourquoi ils ne se séparaient ni ne s'engueulaient jamais. Fermons cette judicieuse parenthèse]
Notre ami le Créatif referma le bouquin, donc, d'un seul coup, et ça fit un petit bruit discret, genre "ploc", parce que c'était une édition de poche. Il se rendit dare dare chez le chef des créatifs et lui tint à peu près ce langage : "Mon doux Seigneur (il faut dire qu'on est servile et lèche-cul dans ces professions créatives), j'ai lu un ouvrage limpide, débordant d'intelligence et d'éloquence. Voilà chef, en fait, la femme est une pute qui aime élever ses enfants et faire la cuisine !". Et il tendit le dit-ouvrage à son chef, qui appuya immédiatement sur un bouton secret, dissimulé sous le bureau. Deux gardes armés d'une hallebarde qu'ils venaient tout juste d'aiguiser pénétrèrent dans l'antre du chef, qui leur ordonna derechef (logique pour un chef !) de jeter ce gros con dans une oubliette avec de l'eau croupie au fond et des rats affamés. Ce qui fut fait. Il faut dire que le chef s'appelait Josiane, et qu'elle ne goûtait guère à cet humour imbécile. Bon...
Malheureusement, l'idée du gros con avait tout de même fait résonner la fibre créative de ses petits camarades. Aussi, depuis et régulièrement, l'image d'une pute offerte en affiche de 4 mètres x 3 ou dans nos abri-bus, n'est plus quelque chose qu'on conteste.
Ainsi donc, voici un premier exemple. Admirez, mesdames messieurs la posture offerte de cette femme, qui n'a pas oublié, en passant, de porter un petit maillot à lacets, bien en valeur sur sa poitrine, petit maillot qui ne demande qu'à être ôté. Notez aussi, mesdames messieurs le subtil regard où brûle un désir intense. N'y cherchez, en revanche, aucune espèce d'intelligence. On ne peut pas être belle et intelligente à la fois.
J'exagère ? Et pourtant... Cette magnifique affiche n'est que le hors d'oeuvre... Photo suivante... 
Voioioioilllàààà... Alors maintenant, on est dans la véritable représentation de la prostitution. La femme attend au bord d'une route et met en valeur sa poitrine qu'on nous dit "généreuse". Notez son dénuement. Notez aussi son port de corps qui rappelle étrangement le précédent.
Allez, continuons ce joli voyage sur l'image de la femme avec cette troisième publicité...
Bon, là, on n'est plus du tout dans la subtilité. La femme est réduite à un seul élément de corps, qui, lui-même, est marchandisé et se vend très clairement. Ici, notez la subtile note humoristique (où ça ? vont me dire les plus attentifs d'entre vous... Deux secondes... J'arrive...) puisqu'on illustre, au pied de la lettre, la fameuse expression populaire "Elle déchire". Effectivement, ici, la femme est bien réduite à sa plus simple expression, à savoir un objet de plaisir pour hommes...
Je ne suis pas un père la pudeur, loin de là, mais je reste toujours intimement persuadé que la publicité, à force de véhiculer des images toujours plus réactionnaires à l'égard des individus, ne fait qu'entretenir et conforter les gens dans leurs peur et dans leurs clichés.
Cela dit, j'aimerais bien qu'un publicitaire digne de ce nom me prouve le contraire. Mais autant le prévenir... S'il ne me convainc pas, il ira lui aussi rejoindre l'autre crétin dans une oubliette pleine de rats... J'ai fait installer la même que Josiane dans mon salon. Sinon, j'ai aussi une fosse à requin, au cas où l'oubliette à rats est pleine... Il faut toujours être prévoyant...
03 novembre 2008
Voyage au pays des idiotes
Le monde se divise en deux catégories... Rappelons-nous de cet adage simple qui permet rapidement de comprendre les notions les plus absconses, les plus incroyables, les plus étonnantes. Ainsi en est-il de la nouvelle campagne pour le géant étasunien de la bouffe pré-digérée. Chez Mac Do, il y a donc deux catégories de personnes : les consommateurs et les futurs consommateurs.
En ces temps délicats où le pouvoir d'achat part en sucette géante, nos amis de la restauration rapide se sont dit qu'il ne suffisait plus d'offrir aux fins gastronomes français que nous sommes, une semelle de viande à chier trop cuite engoncée entre deux pains de mie bourratif, le tout arrosé de soda spécial adipeux. Alors, voilà le temps du jeu-concours, où il suffit d'avoir un cerveau reptilien et un pouce préhenseur, afin de soulever une vague languette qui nous couvre de prix tous plus mirifiques les uns que les autres. Et afin d'appâter le chaland, la campagne qui orne les parois de nos abris-bus donne ceci :
Que voit-on ? Deux jeunes filles, pratiquement jumelles, dans un intérieur chaud et cossu, aux boiseries généreuses, sont avachies dans un canapé et regardent, absorbées, une boite de hamburger qui diffuse de la lumière. Le slogan intervient alors : grâce au jeu concours, cette simple boite peut se transformer un lecteur de DVD.
Quelle analyse tirer de cette affiche ? D'abord que la femme en général est une imbécile puisqu'elle est incapable de faire la différence entre une boite en carton et un lecteur DVD. Et pour mieux faire comprendre son message, nos amis publicitaires nous montrent deux femmes qui ont la même réaction. Un simple exemple pour tirer une belle généralité. C'est toujours bon à rappeler, parce qu'on aurait tendance à l'oublier...
La deuxième analyse est, à mon sens plus intéressante, puisqu'elle montre à quel point l'image télévisuelle nous fait perdre notre individualité et notre esprit critique : elle fait de nous de simples clones interchangeables prêts à consommer n'importe quoi, à partir du moment où ça nous rapporte un quelconque bien matériel. On est parfaitement dans l'illustration qu'avait énoncé en 2004 Patrick Le Lay, PDG de TF1, la jolie chaîne privée :
« (...) pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible »
Apparaît alors soudain le cynisme impressionnant de la nouvelle campagne de MC Do. Sous couvert d'humour (discutable), ces affiches insultantes nous donnent une réelle vision du libéralisme, avec sa vision ultra-conservatriceultra-conservatrice de la société, où l'homme et la femme sont loins d'être égalitaires et où chaque humain n'est qu'une carte de crédit ambulante, qu'on doit presser comme un citron.
Et soudain, j'ai envie de me revoir le dernier film de Patrick Deweare, Paradis pour tous, d'Alain Jessua (1982), où une nouvelle technique pour combattre la dépression rend les êtres humains affreusement calmes et complètement accros de publicité télévisuelle... Un rêve... Et dire qu'à l'époque, on trouvait que Jessua avait forcé le trait...
29 octobre 2008
De l'art de faire du vent
Sondage crétin pour le magazine français tout pourri VSD (Vieux Sale et Débile je suppose ?) : si la France votait aux élections étasuniennes, Obama obtiendrait 81 % de suffrage. TREMBLE John Mac Cain ! Les français ont un grand, que dis-je, un colossal, un terrible, un titanesque, un cyclopéen pouvoir aux élections de ton pays !
Voilà un sondage bien inutile (pléonasme). D'autant que lorsque le peuple français vote pour du vrai, il élit Sarkozy... C'est dire...
27 octobre 2008
De l'art d'occuper son week-end...
La collection a toujours été un passe-temps fascinant. Faisons fi des timbres et autres capsules de bières pour nous rabattre sur des collections disons plus encombrantes, telles que les boites de panettone (ce merveilleux gâteau italien un rien bourratif) ou les meubles rococos.
Un vrai collectionneur est d'abord, et avant tout, un passionné, intarissable sur son sujet de prédilection, et qui vous parle de son hobbies les yeux pétillants. Et tant pis si ce passe-temps ne vous intéresse pas plus que ça. Vous lui avez posé une bête question et le voilà vous déballant son tableau de chasse intégral, un peu comme ces couples qui vous montre les 3542 photos de leur dernier voyage au Mexique (avec des gros plans sur le lit et la chambre d'hôtel pour vous montrer combien c'était chouette).
Bien sûr, si on peut être collectionneur d'objets, on peut aussi l'être d'exploits, comme ces merveilleux Iron-Men (et Women, ne les oublions pas), qui prennent un malin plaisir à collectionner les souffrances en tout genre, tels des Christs modernes, et qui n'hésitent pas à courir un marathon après avoir fendu les flots sur quatre kilomètres, et avoir chevauché leur bicyclette pendant une centaine d'autres.
Dans toute collection, on trouve, souvent, un aspect kitch, une saveur laide et inimaginative. Et c'est un peu ce qu'on pouvait retrouver dans ce rassemblement dédié au tunning du côté de Collomars, près de Nice, hier et avant-hier.
Oui, je sais, je me moque, et ce n'est pas très chrétien tout ça, mais que voulez-vous... Quand on se retrouve face à la caricature, on se sent obligé de tout regarder au deuxième degré.
Petite visite, donc, au musée du mauvais goût, le temps d'un post...
Commençons par cette merveille venue tout droit des Bouche-du Rhône, avec ses grosses baffles prête à cracher une purée de 2014 watt, genre "Ultra-tunning 4, la compil' officielle de ceux qui sont des hommes, des vrais, et qui écoute, tout fort, de la musique virile". Notez le bon goût de l'ensemble avec ce casque anti-feu et ces délicieuses petites miniatures de camions de pompiers. Le tout dans un décor bleuté qui doit clignoter à coup sûr dès que les symphonies mélodiques retentissent et que le véhicule vrombit tranquillement le long des routes.
Plaisir des yeux, ravissement de l'oreille, le machin vrombit joyeusement sur les chemin et fait fi de la crise pétrolière et de la couche d'ozone.
Mais voilà une autre merveille, mesdames, messieurs. Notez le goût artistique prononcé de l'heureux propriétaire de ce véhicule, avec ce mirifique scorpion tout de métal, ces baffles toujours plus vibrantes, et surtout, surtout, son tube de nitro, qui vous permettra d'aller encore plus vite (ça me rappelle, au passage, l'histoire récente de cet étatsuniens crétin, qui a fixé un réacteur d'avion à sa voiture. Faut-il préciser que la dite voiture a plus ou moins décollé avant de s'écraser sur une paroi rocheuse ? Faut-il en plus préciser que l'imbécile heureux a terminé sa vie ce jour-là ?).
Toujours dans le bon goût et la discrétion, notez, mesdames, messieurs, les délicates et raffinées couleurs qui ornent ces véhicules-ci. L'avantage, me direz-vous, c'est que si vous vous baladez en forêt, vous ne risquez pas d'avoir un chasseur idiot qui vous tire dessus.
Originalité des formes donc, et fraîcheur des coloris, ce sont les maîtres mots de ces véhicules du futur, tout droit sortis d'un cerveau malade prêt à faire mourir de dépression un caméléon adulte...
Mais voici maintenant, devant vos yeux ébahis, le clou du spectacle. Tout est raffiné et léger. Voyez l'élégance de ces tigres blancs en peluche et à chapeau texan, les portes du véhicule de gauche qui ne sont pas sans rappeler les voitures volantes qu'on imaginait dans les années 80, la douce fourrure peluchante et moquettée rouge, qui ornerait tout à fait les murs d'une maison close, le pare-buffle du 4x4 de droite, toujours fort utile dans nos contrées niçoises, où il n'est pas rare de se faire charger par des rhinocéros en furie, ou des éléphants nains en rut. Mais, surtout, mesdames, messieurs, relevons cette ultime maestria, qui a consisté à poser, avec amour, une poupée gonflable sur la carrosserie. Humour, quand tu nous tiens...
Qui a dit que la culture n'était pas à la portée de tous ? En tout cas, un rassemblement d'adeptes de tunning, ça vaut son pesant de cacahuètes... ça fait presqu'autant envie qu'une réunion de l'UMP, avec Nini premier, notre président si bon, si grand, qui vient faire un discours...
22 octobre 2008
De l'art du manichéisme
Chaque jour nous apporte son lot d'information qui évacuent celles de la veille et qui ne nous effraient même plus. Un attentat en Israël... Une épidémie de SIDA en Afrique... Une exécution sommaire en Chine... De toute façon, c'est cyclique, ça revient toujours, et nous, les sujets des Princes qui nous gouvernent (et à qui on tend le cou pour qu'ils nous y posent de jolis colliers d'animaux domestiques), on n'y peut pas grand chose... Alors on consomme ces morts déshumanisés réduits à des chiffres et à des statistiques, sans jamais penser un seul instant que, derrière ces chiffres, se cachent des vies, des vies qui ont aimé, qui ont ri, qui ont parlé, qui ont frissonné, qui ont admiré, qui ont écouté de la musique... Bref, des vies comme nous, quoi... C'est ça la magie de l'information...
Avant-hier à Kaboul, une britannique de trente-quatre ans, travaillant pour une ONG, s'est faite assassiner. Son crime ? Elle était chrétienne, et les talibans, ces merveilleux intégristes, n'appréciaient pas. Faisait-elle du prosélytisme ? Même pas. Elle aidait des infirmes... Elle est donc morte parce que des gens ont estimé qu'elle était moins digne qu'eux, parce qu'elle ne prononçait pas le nom de Dieu comme eux, et que ses prières étaient différentes des leurs... C'est ça la magie de l'intégrisme.
Le monde est un objet complexe, qui fait peur à plus d'une personne, parce qu'il est difficile, voire impossible à appréhender dans sa globalité. Alors, pour régler ce problème, certaines personnes ont adopté la morale énoncée par Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand... "Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent..." Il est certain qu'avec une morale pareille, tout se simplifie. Pour peu qu'on rajoute une touche de mysticisme, vous arrivez à résoudre tous les problèmes : il existe deux races d'individus, les élus et les "autres", en sachant, bien entendu, que les "autres" constituent un réservoir d'élus en attente, ou de mécréants en puissance (et qui, dans ce cas, se doivent d'être éliminés). Et si certaines philosophie mystique ont tenté de complexifier la chose (avec le Yin et le Yang, on arrive à quatre possibilités ! Du délire absolu !), on reste tout de même avec une idée sectaire basique.
Bientôt les élections étasuniennes. Le monde retient son souffle. Un noir va peut-être faire son entrée à la Maison Blanche. A l'époque de la saison 1 de 24 heures, un président noir relevait du fantasme délirant, de la science-fiction et de la bonne conscience diluée par Fox. Aujourd'hui, ça va peut-être être une réalité. Tant mieux. On va jouer avec les symboles. Tant mieux. ça nous consolera vaguement, nous les français, d'avoir Nini Premier à la tête de la France. Tant mieux. Mais, à chaque élection étasunienne, je ne peux pas m'empêcher de penser à deux choses. 1- D'où vient cette fascination pour les élections étasunienne (presque deux ans qu'on nous bassine avec ces élections), alors même qu'on se contrefout des élections ailleurs dans le monde (et que nos amis étasuniens se contrefoutent des élections françaises) ? 2- D'où vient ce malaise qui m'envahit, en constatant qu'aux États-Unis, il n'existe, apparemment, que deux courants de pensée (conservateurs et démocrates), assez proches l'un de l'autre somme toute, qui englobent toutes les possibilités, toutes les subtilités, toutes les tendances ?
Néanmoins, loin de s'interroger sur cet étrange pays binaire, où tout se résout sur une mystérieuse base informatique constituée de zéros et de uns, on s'enthousiasme au contraire sur cette bataille électorale où tout semble joué d'avance. Car, finalement, hormis la couleur de peau des candidats, où sont les vrais différences ? L'un des deux s'est-il engagé contre la guerre en Irak, sur les accords de Kyoto, sur le poids de la religion de plus en plus galopant dans ce pays ? Il ne me semble pas.
Je suis content de ne pas être étatsunien, parce que je serai bien embêté d'aller voter dans un pays où tout semble se décider sur des images qui vont par deux et non sur des idées de fond. En France, au contraire... Ah bin, non, finalement... C'est un mauvais exemple... Je me tais, et je vais donc suivre, fébrilement, j'en suis sûr, cette nouvelle élection entre Barack Mc Cain et John Obama. Et, promis, si l'un des deux gagne, j'ouvrirai une bouteille de Coca à sa santé...
17 octobre 2008
De l'art de faire trembler le bon peuple...
Amis lecteur, nous avons eu chaud. Nous sommes passés à côté du pire, et le mot pire est bien loin de la réalité. Je devrai plutôt me tourner vers un vocabulaire que HP Lovecraft n'aurait pas renié. Oui, amis lecteur, une catastrophe cyclopéenne, et quasi non-humaine, a failli nous envoyer vers des dimensions non euclidiennes, où la lune est gibbeuse et la peau des êtres qui les peuplent est squameuse... Une horreur sans nom a failli s'abattre sur notre fragile pays, une horreur qui m'a donné moult sueurs froides et qui m'a fait vivre les angoisses du personnage qui prend une douche dans Psychose. Comment, amis lecteur, que me sussures-tu ? Tu penses, naïf que tu es, que je parle de la crise financière de ces dernières semaines... Mais, que nenni ! Saches, amis lecteur, que tu compares un typhon à une douce brise.
Regarde, lis et laisse ton sang te glacer le long de tes veines à la lecture de ce simple article :
(...)La menace de grève sur le football professionnel français a été levée à la suite d'un accord entre les syndicats des joueurs (UNFP) et des entraîneurs (Unecatef) et les présidents de clubs, trouvé jeudi soir: les matches de Ligue 1 et 2 du week-end du 24 au 27 octobre auront bien lieu. "La menace est écartée, nous allons arrêter le mot d'ordre de grève", a lâché Philippe Piat, coprésident de l'UNFP, au sortir d'une réunion de deux bonnes heures dans un hôtel parisien près du Trocadero.(...) (http://laposte.eurosport.frlaposte.eurosport.fr/football/ligue-1/2008-2009/sport_sto1729432.shtml)
Mon dieu, une grève du football... Je n'ose imaginer ce que j'aurais été obligé de faire si les matchs n'avaient pas été diffusés... Aller au cinéma, au théâtre, dans un concert, ou, pire, lire un livre... Ma vie n'aurait plus eu de sens. J'aurais laissé mes ongles de pieds pousser à outrance pour protester, je suis sûr... Une vie sans football, sans cette grande alliance du fric et du libéralisme absolu, où on mouline joyeusement des cerveaux et des individus, où la foule est avide de sacrifice et glorifie la bêtise humaine...
Mais soudain, alors que je me réjouis, j'apprends que des vilains supporters ont sifflé la Marseillaise au début du match France-Tunisie...
Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête préliminaire mercredi, au lendemain des sifflets qui ont accueilli la Marseillaise au début du match amical France-Tunisie. La Brigade de répression de la délinquance contre la personne est saisie pour «outrages à l'hymne national», un délit passible de 6 mois de prison et 7.500 euros d'amende lorsqu'il est commis en réunion. (...) Le premier ministre François Fillon [a] estimé sur RTL que «de manière générale, on devrait interrompre les matchs», en évoquant la «responsabilité des organisateurs». (http://www.lefigaro.fr/sport/2008/10/15/02001-20081015ARTFIG00286-la-marseillaise-sifflee-avant-france-tunisie-.php)
Mon Dieu, mais quelle horreur ! Vous vous rendez compte ! Interrompre de grands et bons matchs de football, alors que ce sport grandit les âmes et les rapproche du Tout Puissant ! Je t'en supplie François, ne dis rien à Nini Premier, il serait capable de faire voter une loi qui mettrait en application tes affreuses idées. Je frémis d'avance devant ces sombres perspectives...
Pour me remettre de tout ça, je vais aller boire des Suze à n'en plus finir en regardant le journal télévisé de TF1. Je suis sûr que ça va me faire du bien...





