08 juin 2008
Le savon
(Un collègue m'a raconté une histoire qu'il avait lu et qu'il avait adoré. J'ai écrit ce petit plagiat d'après cette histoire)
Lorsque Philippe se lava les mains avec le nouveau savon qu'il venait d'acheter, il eut l'immense surprise de constater que son savon grossissait au lieu de diminuer. Inversement, Philippe constata que lui-même rapetissait comme s'il s'usait au contact de l'eau.
Au début, il fut effrayé.
Ensuite, il décida de poser ce savon sur le lavabo des toilettes du bureau où il travaillait afin d'éliminer tous les collègues qu'il détestait.
Effectivement, le savon grossit très vite et de nombreuses personnes disparurent sans laisser de traces. Malheureusement pour Philippe, ses pires ennemis, non content d'être bêtes et stupides, ne se lavaient jamais les mains.
Philippe se sentit alors un peu plus seul encore au bureau...
12 mai 2008
Ma grand-mère est morte...
Des années qu'elle était à l'hôpital. Atteinte de la maladie de Pick. C'est une variante d'Alsheimer. Il y a deux ans, elle me reconnaissait encore. Et puis, l'an dernier, en juillet, j'y suis allé. J'étais un fantôme. Elle ne me voyait même plus. Son regard me passait à travers.
Elle est décédée ce matin, au environ de sept heures. Il n'y aura aucun hommage pour elle, parce que personne ne la connaissait plus. Elle faisait partie des anonymes, au même titre que nous tous.
Sa vie tiendrait en quelques lignes. Rien de glorieux. Même moi, je ne garde pas de souvenirs extraordinaires d'elle. Je me souviens quand j'allais chez elle à Paris. Je me revois surtout, petit, jouer à terre, entre ses fauteuils, avec mes personnages de Darth Vador et de Luke Skywalker. Elle lisait du Agatha Christie, jouait chaque semaine au loto, même si elle n'a jamais gagné quoi que ce soit, ou si peu. Elle cuisinait merveilleusement les accras de morue, et c'était une vraie récompense lorsqu'elle m'en faisait. Elle jouait avec moi aux petits chevaux ou au bingo. Elle m'emmenait au square Croulebarbe, à deux pas de l'avenue des Gobelins, pas loin des cinémas La Fauvette. Je l'entends encore avec son fabuleux accent guadeloupéen... Elle s'appelait Paule, et elle avait quitté les Antilles à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour rejoindre son mari.
Voilà. C'est terminé pour elle. Et moi, alors que je la savais malade, et que je ne la voyais plus guère, je me sens orphelin ce soir, tout triste, tout vide. Je lui laisse cette petite musique d'un film que j'aime beaucoup. Je pense qu'elle l'aurait appréciée.
28 août 2007
Petite leçon d'histoire vivante
La première fois, c'était à Ostia, en Italie, que ça lui était arrivé. Pourtant, ce jour-là, rien ne le préparait vraiment à cet événement. Ostia, c'est une ancienne ville romaine, à une trentaine de kilomètres de Rome. Il y a 2000 ans, c'était un port, au bord du Tibre. Aujourd'hui, l'eau est à 4 km de la ville. Il marchait donc, en solitaire, sur une voie romaine. Et une idée s'immisça dans son esprit. Une idée toute simple, qu'il n'avait pourtant jamais eu jusque là.
Il avait trente ans. Voici 2000 ans, des gens du même âge que lui avaient foulé ces rues, comme il le faisait à présent. Voici 2000 ans, ces gens avaient une vie devant eux, et ce même sentiment d'éternité qu'il avait lui-même. Ces gens aimaient, souffraient, vivaient. Maintenant, c'était son tour. Et les murs étaient remplis du souvenirs de ces romains.
Lorsqu'il arpenta les rues de Berlin, il eut soudainement les mêmes sentiments. Peut-être parce que Berlin est une ville pleine de cicatrices.
Lorsqu'il passa devant la porte de Brandebourg, pleine de touristes, il se projeta un peu plus de soixante ans en arrière, imagina le rassemblement Nazi. Et puis le Mur s'imposa à lui, ce Mur qui existait dans sa jeunesse, ce Mur qui avait coupé en deux une ville pendant les 19 premières années de sa vie. Lui, il était né en France, et il avait profité, sans le savoir, de la liberté de circulation. Il aurait pu être Est-Allemand. Il aurait pu être sous le joug de la Stasi, la terrible police politique.
Il se souvint de la chute du Mur, il revit les images, aux actualités. Il repensa à la Une du quotidien Libération, qu'il avait acheté, le 9 novembre 1989.
Et il ressentit l'espoir, qui flottait dans cette ville, et cette force, qui définissait l'être humain, cette force qui lui permettait de toujours se relever, de toujours combattre, de toujours résister.
26 août 2007
Une nuit à Berlin
L'homme leur avait conseillé l'adresse, il leur avait dit que c'était énorme, pour peu qu'on aime la techno. Il avait même entouré sur le magazine la soirée, au stylo bille. C'est comme ça qu'ils avaient décidé d'y aller. Ils étaient repassés par l'auberge de jeunesse. Se reposer, prendre une douche. Et puis, ça avait été l'heure. Ils s'étaient engouffrés dans le métro, qui tournait toute la nuit, parce qu'on était samedi.
Pour arriver à l'endroit en question, ils avaient dû traverser des rues à peine éclairées par une lune tout juste naissante. Ils avaient marché sur de la terre battue, évité des trous, contourné un entrepôt. Et puis ils étaient arrivés...
D'une immense usine qui fournissait de l'électricité, du temps de l'Allemagne de l'Est, le lieu s'était fondu en un temple dévoué à la musique électro.
La première demi-heure fut celle de l'exploration : tout était nouveau, et partout, leur regard s'arrêtait. Un Dj pour la musique, un autre pour les éclairages ; cinq bars ; dix mètres de plafond ; des escaliers, encore des escaliers, des coins, des recoins, des lumières, des lasers, des projecteurs et surtout, une foule de danseurs perdus dans cette alliance d'ancien et de moderne.
Et puis, très vite, le rythme rassembla nos deux héros. Ils se laissèrent happer par cette nuit, par ces envies. Quelques baisers furent échangés, parce que ces deux-là s'aimaient, ça se voyait. Mais en définitive, ils se noyèrent dans la masse onctueuse des êtres et des décibels.
Ils repartirent au petit matin, laissant la place à ceux qui attendaient, dehors, de pouvoir entrer. Le métro les ramena. Et ils se lovèrent l'un contre l'autre, les oreilles encore bourdonnantes, en attendant de pouvoir s'endormir, dans le secret de leur chambre.
21 juillet 2007
Petite nouvelle
Voici une petite nouvelle, que j'ai déjà publié sur ce blogue, il y a un an ou deux (je ne sais plus trop...), mais qui a été retravaillée depuis, en vue d'un concours de nouvelles pour un quotidien national. Elle n'a pas été retenue, mais, bon, on en peut pas en vouloir aux gens de ne pas reconnaître un génie littéraire (modestie, quand tu nous tiens !)... En tout cas, la voici, parce que je la trouve tout de même bien...
Paradis
ORESTE (…) La nature a horreur de l’homme et toi, toi, souverain des Dieux, toi aussi tu as les hommes en horreur JUPITER Tu ne mens pas : quand ils te ressemblent, je les hais.
JEAN-PAUL SARTRE, Les Mouches
Il s'est passé quelque chose de terrible. Un événement plus marquant encore, d'un certain point de vue, que la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki.
Tout a commencé début mai, à K…, en Bretagne. C'était un jour d'élection. Vers dix heures, le Maire et son épouse sont allés voter. Mais, lorsqu'ils ont atteint le bureau, situé à l'école maternelle, ils ont eu la surprise de constater que les lieux étaient déserts. Tout était en place – les urnes, les isoloirs, les bulletins - mais il n'y avait personne. Croyant à une mauvaise blague, ils ont attendu. Et ils se sont impatientés. Alors, ils ont décidé d'aller prendre un café au bar du coin. En arrivant devant l’établissement, ils se sont rendus compte qu’il était fermé. Et ils ont pris conscience du silence des lieux.
Le village était sans vie.
Ils ont immédiatement téléphoné à la gendarmerie du village voisin. Les gendarmes ont débarqué à K... et une enquête a été ouverte. Après avoir pénétré dans plusieurs maisons, les agents de la force publique étaient perplexes : tout avait été laissé en l'état, comme si la population s'était volatilisée dans la nuit et avait tout abandonné derrière elle.
C'est un promeneur qui a levé le voile sur la disparition des habitants de K... et qui a plongé du même coup les enquêteurs dans des abîmes d'incompréhension : sur une falaise, tous les villageois étaient assis en tailleur, les yeux dans le vague, le regard vide. Il ne servait à rien de leur parler. Ils ne semblaient rien entendre, n’avaient aucune réaction. On a appelé une équipe de médecins et transféré certains sujets à l'hôpital pour faire des analyses et tenter un traitement. Cela n’a rien changé. La catalepsie était totale. La santé de ces gens était parfaite. On notait toutefois un ralentissement de leurs fonctions vitales. Leur respiration était tranquille et leur pouls se situait autour de trente pulsations par minute.
On n’a trouvé aucune trace de drogue ou d’une quelconque substance chimique. Les médias se sont emparés de l'événement et des curieux ont afflué de toute part pour admirer ces gens, inertes, face à l'océan, qui communiaient dans un mutisme absolu. Les hôtels de la région ont très vite affiché complet, les restaurants n’ont pas désempli. Ce fait divers était une bénédiction pour le commerce local. Seules les familles des villageois de K... ont éprouvé du chagrin. Au bout de quelques semaines, l'enthousiasme est retombé. Et on est passé à autre chose.
On a peut-être eu tort de prendre le phénomène à la légère parce que l’incident s’est reproduit dans quatre villages de l'Hexagone en plein mois d'août : le même jour, sensiblement à la même heure, on a retrouvé l'intégralité des habitants en dehors de la cité, au milieu des prairies ou des champs, assis en tailleur. Ils étaient dans le même état que ceux de K... La peur s'est soudain emparée des Français.
Cette fois, le gouvernement a interdit à quiconque d'approcher les sites par crainte d'une possible contamination et a déployé d'impressionnants cordons de policiers et de CRS. Des équipes de chercheurs ont été détachées pour étudier la qualité de l'eau, de l'air et de l'alimentation. Le mot « épidémie » était maintenant prononcé.
Certaines personnes ont émis des parallèles avec le 11 septembre 2001 et ont déduit que des terroristes étaient à l’origine d’une monstrueuse bactérie. Cette thèse fumeuse a fait son chemin dans quelques esprits pervers et retors, trop heureux d'expliquer l'inexplicable en désignant des boucs émissaires. Et ces belles théories se sont amplifiées lorsqu'on s'est aperçus avec horreur, au début du mois de septembre, que divers points du globe étaient touchés : deux villes en Chine, trois en Afghanistan, six au Brésil, une au Canada, cinq aux Etats-Unis, deux en Inde.
L'O.N.U. s’est réunie de toute urgence pour tenter d’éradiquer le problème. Et tandis que les gouvernements se regroupaient, le phénomène a rapidement pris de l'ampleur. Toutes les heures, on a appris qu'ici ou là, des gens succombaient à cette mystérieuse maladie.
Cette période de crise a eu bien entendu des conséquences désastreuses pour l'économie mondiale. En quelques semaines, le monde a dû gérer une immense vague de criminalité. Des villages abandonnés ont été pillés et brûlés. Les actes de vandalisme se sont multipliés. La police et les pompiers ont très vite été débordés. Les tribunaux n’ont plus eu aucun pouvoir. La loi martiale a été appliquée.
L'explosion sociale et le chaos ont pris, mine de rien, les commandes du monde.
Les débats à l'O.N.U. ont succédé aux débats, mais on ne trouvait aucune solution. Les analyses des experts ne donnaient absolument rien. On n’avait aucune piste. Il a fallu attendre le mois de novembre pour qu’un éminent médecin français intervienne et bouleverse les idées reçues.
Son fils avait été infecté le 12 août. Le médecin et sa femme, bouleversés, avaient réussi - grâce à plusieurs appuis politiques dont il préférait taire le nom - à le recueillir chez eux pour tenter de le soigner. En vain. Mais, à force de l'observer, ils avaient fini par élaborer une théorie : leur fils n'avait pas l'air malheureux. On pouvait même dire qu'il semblait calme et détendu. Et quand le médecin le regardait pendant une dizaine de minutes d'affilée, il ressentait un immense bien-être l'envahir. Pour lui, cet état cataleptique n'avait donc rien d'un fléau car il ne tuait personne. On assistait au contraire à une évolution spectaculaire de l'espèce humaine, à une sorte de mutation accélérée : l'homme devenait spirituel. Et chaque Contemplateur - c'est ainsi qu'il nommait les gens touchés par le phénomène - était une sorte d'élu. Il ne fallait pas craindre la Contemplation. Il fallait, au contraire, l'espérer. Quelques jours après cette déclaration, relayée par toutes les télévisions du monde, on a remarqué une baisse étonnante de la violence. Dans le même temps, l’argent, qui n’intéressait plus grand monde, s’est dévalué et n’a plus eu cours.
Depuis, on accueille avec une immense joie les nouvelles conversions à la Contemplation. Et chaque jour apporte son lot de bonheur.
Journal d’Étienne Lenoir
12 juillet 2008
« (…) Aujourd'hui, où qu'on aille, on rencontre des peuplades de Contemplateurs. Ma femme, ma fille et mes parents, en font partie. On était en visite chez eux en Creuse. Je suis allé un matin faire des courses dans le village d’à coté. Quand je suis rentré, tout le monde était en train de Contempler. Ça s’est passé en janvier. La télévision et la radio nationales n'émettent plus depuis une semaine. Paris a dû être touché. J’attends avec patience de pouvoir Contempler, comme ils l’ont dit. Je voudrais vite pouvoir rejoindre Judith et Agathe.
Mais, pourtant, une idée me taraude. Et si tout ça n’était tout sauf une bénédiction ? Et s’il y avait une autre explication ? Et si Celui ou Celle qui s'occupait de nous jusqu'à présent – Dieu, la nature ou une puissance quelconque ? - avait fini par renoncer et nous avait simplement abandonnés. Et si nous n’étions à Ses yeux qu’un simple jouet dont il aurait fallu retirer les piles ? »
18 mars 2007
La loi, c'est la loi, non mais !
(Yann-Arthus Bertrand)
12 mars 2007. A des tonnes de kilomètres de tout, au milieu de rien. Philippe a passé une dure journée. Il travaille sur cette plate-forme au Qatar. Il rentre dans la chambrée. Ses trois autres amis, tout comme lui, ont envie de se détendre. ça tombe bien ! Franck vient de recevoir un colis de sa femme. A l'intérieur se trouve, bien sûr, une lettre enflammée, mais aussi et surtout, plusieurs DVD.
Les gars sont heureux. Ils débouchent une bière pour fêter ça. C'est la fête. On ouvre aussi un paquet de chips, et on exécute des petites danses bavaroises, tout en soufflant dans des trompes et... Ah non, là je m'emporte, et je me plante d'histoire... Bon, on reprend à "bière", d'accord ?
Donc, Franck choisit un bon film d'action, un avec Bruce Willis, où il repousse avec un cure-dent un troupeau d'araignées mutantes géantes en chaussons. Il introduit le DVD dans son lecteur et appuie sur "start". Les gars s'installent tout en rotant, parce que, bon, on est des mecs tout de même. ça sent des pieds, ça sent les pets. ça fait du bien d'être entre garçons, y'a pas à dire...
Générique...
Et là, une alarme retentit. Les p'tits gars ne saisissent pas. Leur porte est défoncée d'un coup de pied, tandis que le plafond de la chambre s'arrachent, et qu'un hélicoptère braque un puissant projecteur sur eux. Tout s'envole dans la chambre, et les p'tits gars se protègent en plaçant leurs mains sur les yeux. Ils se sentent saisis, plaqués au sol et menottés, avant d'être enfouis dans un grand sac en toile de jute qui pique. Ensuite, on les charge dans l'hélico, une cagoule sur la tête, et on emporte le tout.
Et oui, les gars... On ne plaisante pas avec la loi... Et c'était bien spécifié sur le DVD :
"L'usage privé dans un cadre strictement familial exclut tout usage de ce DVD dans des lieux tels que les clubs, les autobus, les hôpitaux, les hôtels, les plates-formes pétrolières, les prisons et les établissements scolaires". (Vous pouvez vérifier, c'est écrit tel quel...)
Qu'on jette aux oubliettes ces vils gueux, donc. Et demain, je vous raconterai l'histoire du prisonnier qui met un DVD dans sa cellule, pour regarder un film avec ses copains...
Voilà, voilà...
27 janvier 2007
Petit racisme ordinaire entre amis
Yves est d'extrême droite. Lui, bien sûr, dit plutôt qu'il est au Front, parce que c'est plus court à dire et que ça fait combattant et résistant.
On cherche souvent des explications sur le devenir des individus. Peut-être parce qu'on a horreur de ne pas pouvoir appréhender une situation. Pourtant, le devenir politique de Yves n'a pas vraiment de raisons. Ses parents appartiennent à la classe moyenne, et se désintéressent de la politique justement. Ce sont des gens qui votent plutôt par impulsion que par conviction. On vote comme on joue de la télécommande. On appuie sur tous les boutons jusqu'à ce qu'on trouve un programme qui nous plaise, et si l'on ne trouve rien, on prend le moins pire. Pas de chômage, pas de galère particulière, pas d'agression par de vilains voleurs basanés. Rien de tout cela dans sa famille.
De la même manière qu'il existe des personnes blondes ou rousses, Yves avait basculé dans le Brun. Il n'y avait rien à dire de plus.
Au Front, il avait trouvé des bons copains, ça c'était sûr. Philippe, par exemple, le plus âgé, le leader, celui qui parlait bien, qui employait les bons mots. Alexandre, aussi, l'étudiant en licence de Droit. Lui il n'ouvrait pas souvent la bouche, mais on savait que, derrière ses petites lunettes rondes, il cogitait, il analysait. Et quand il prenait la parole, on le respectait toujours.
Yves n'aime pas les étrangers, surtout ceux qu'on repère de loin. Lui, il pense que chaque pays a une couleur et qu'il faut la respecter, point barre. Alors, chacun chez soi. C'est simple, facile, compréhensible par tous. Yves n'aime pas non plus les pédés. Ils ne sont pas normaux. Les gouines, c'est différent. Il aime bien s'en mater, dans les films pornos. Pour résumer, Yves n'aime pas tout ce qui est, en apparence, différent de lui-même. Il s'est, plus ou moins consciemment, érigé en modèle, et balaye d'emblée tout ce qui s'écarte de ses critères de définition du monde.
Yves rejette aussi les pauvres, parce que, souvent, ce sont des cocos (ça c'est Philippe qui lui a dit) et plus particulièrement les clodos, parce qu'ils puent, et qu'ils sont dégueulasses.
Lorsque des copains lui ont proposé d'aller sur le port, une fois par semaine, distribuer de la soupe chaude aux exclus, il a cru, un instant, s'étouffer : il était hors de question d'aller aider les parasites de la société, même pas foutu de se bouger le train pour bosser, et qui étaient tout juste capables de mendier (et de gagner plus que lui en une journée, ça il en était persuadé !). C'est là qu'Alexandre était intervenu. Lui aussi, les clodos, ça le faisait chier. Seulement cette fois, c'était différent. Ce qu'ils allaient distribuer, c'était de la soupe avec des morceaux de jambon dedans... Et ni les juifs, ni les arabes n'en mangeaient du jambon... C'était donc l'occasion de se marrer, en regardant les Mohamed et les Samuel crever de faim devant eux.
C'est vrai. L'idée n'était pas déplaisante. Alors, elle a fait son chemin pervers au travers des neurones de Yves, et elle a contribué à l'embrumer un peu plus.
Et ils se marrent bien, Yves et ses copains. Parce que, depuis qu'il y a eu des arrêtés préfectoraux qui leur interdisent leur action, ils peuvent s'ériger en victime, tout en évitant d'avoir à supporter l'odeur de pisse des SDF. Même que l'autre soir, ils ont déplié une banderole aux couleurs rouge et noir (les couleurs de la ville). Dessus, il y avait écrit "LIBERTA". Ils étaient une vingtaine, près de l'église du port, et, face à eux, presque autant de journalistes. Les caméras clignotaient, les flashs crépitaient. Du beau spectacle, vraiment.
Pas loin du rassemblement, sur la route, un type est passé à vélo. Un gaucho que Yves avait vu plusieurs fois dans des manifs anti-Front. Le type a eu l'air écoeuré. ça a fait plaisir à Yves. ça fait toujours plaisir de faire chier ses ennemis...
16 janvier 2007
De l'art d'émouvoir
ça y est ! J'ai cédé ! Je sais ! Je vais vous décevoir, je le sens, mais que voulez-vous... Je suis faible ! J'ai résisté ! J'ai essayé d'être intègre toutes ces années ! Mais vous savez ce que c'est... Bref... J'ai décidé de m'enrichir. Oui, et ce grâce à vous ! Je me suis inspiré, pour ça, de mails qui innondait mes boites aux lettres. Lisez plutôt ce qui suit !
Chers amis,
Si je m'adresse à vous, c'est parce que je sais que vous êtes des gens d'une grande bonté, d'une grande chrétienté, d'une grande piété.
Il s'avère que je suis l'époux d'un grand général (si, si, c'est possible, je vous assure !) des Îles Caïmans. Il avait amassé de l'argent grâce à d'honnêtes extortions lors de séances de tortures pratiqués sur des innocents (mais bon, on ne va pas chipoter non plus, hein ?). Cette somme est actuellement bloquée sur un compte luxembourgeois, et s'élève à 1548751534 milliards de dollars.
Il y a peu, mon époux bien aimé est mort dans un accident de voiture (sa voiture a pris feu soudainement alors qu'il allumait son auto-radio et qu'il n'avait pas encore mis le contact... Je me demande s'il s'agit vraiment d'un accident... Mais qu'importe...). Depuis, j'ai peur. Jusqu'alors, je ne prétai guère attention aux deux cents lettres de menace qui innondait ma boite aux lettres électronique chaque jour, aux tags géants sur les murs extérieurs de notre somptueuse résidence cossue ("gros batard, on aura ta peau"), aux têtes de cheval coupées que je retrouvais dans notre lit conjugal, aux poupées voudous à notre effigie lardées d'épingles placées régulièrement dans la maison sous les meubles. Mais, maintenant, c'est différent, puisque Séraphin est mort (oui, mon défunt mari s'appelait Séraphin... Je ne vois pas ce qu'il y a de risible...).
J'ai donc décidé de partir, mais je ne peux pas, car je suis tout pauvre. "Mais, triple buse, vous écriez-vous, que fais-tu de tes milliards de dollars ?". Et bien je ne peux pas y toucher, parce que c'est comme ça.
Heureusement, je connaîs votre grande générosité et votre grande bonté. Voilà comment m'aider. Pour débloquer le compte de mon défunt mari (paix à son âme grandiose), il faudrait que vous me fournissiez le numéro de votre carte bancaire, sa date d'expiration et le code au dos (les trois derniers chiffres). Ne vous inquiétez pas, c'est juste une formalité. Pour vous remercier de votre geste, je vous expédierai en retour (promis, juré, craché, si je mens, je me combustionne spontanément) la moitié de la somme contenue sur le compte en banque de mon général de mari, ainsi qu'une jolie photo dédicacée de moi, en tenue de cosmonaute.
Paix sur la terre, gloire à vous, et vive le petit salé aux lentilles,
Bien à vous
Estebàn
01 juillet 2006
Histoire de frisonner un brin
J'ai écrit cette nouvelle il y a une dizaine d'années. C'est elle qui a servi de base à mon roman "Avis de tempête". On y retrouve l'influence de Stephen King et de Howard Philipp Lovecraft, deux auteurs que j'aime beaucoup. Mais, Maupassant n'est pas non plus très loin...
Ciel
« - Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… Là-bas… »
BAUDELAIRE
L’étranger
Monsieur le Juge,
Le dossier ci-joint constitue la pièce principale de l’affaire Lucasse.
Cette affaire a été classée il y a trois ans. On n’a pu découvrir la moindre piste concernant le ou les assassins de ce jeune informaticien.
Les deux accidents d’avion de ces derniers mois m’ont rappelé certains détails non éclaircis du dossier Lucasse.
Malgré le délire évident de la victime, on est en droit de se demander comment elle a pu avoir accès, à l’époque, à certaines informations pourtant confidentielles.
Peut-être Lucasse faisait-il partie d’une nouvelle organisation terroriste. Peut-être que cette organisation agit toujours aujourd’hui. Je vous demande donc de bien vouloir m’autoriser à rouvrir cette première enquête.
Je vous prie d’agréer, monsieur le Juge, l’assurance de ma considération distinguée.
COMMISSAIRE DUPIN
Aéroport Roissy Charles de Gaulle
DOSSIER LUCASSE
PIECE N°1 : FICHE SIGNALETIQUE DE LA VICTIME
NOM, PRENOM : Lucasse, Isidore
AGE : 34 ans
SEXE : Masculin
ADRESSE : 85 Avenue des Gobelins, Paris, 75013
PROFESSION : Informaticien
ANTECEDENTS JUDICIERES : Néant
TYPE D’AGRESSION : Meurtre
LIEU DE L’AGRESSION : Toilettes Homme Aérogare 2B Roissy Charles de Gaulle
DATE ET HEURE ESTIMEES DE L’AGRESSION : Nuit du 12 au 13 mars 1994
OBJETS APPARTENANT A LA VICTIME : Un portefeuille contenant trois cartes de crédit – American express, Eurocard Mastercard, Gold – une carte d’identité, un permis de conduire, 200 dollars en chèques de voyage, 700 francs en liquide. Un attaché-case contenant des documents de travail ainsi qu’un bloc-notes dont les premières pages contiennent une histoire écrite par la victime peu de temps avant sa mort. Un sac contenant des effets personnels – trois chemises, trois cravates, trois slips, trois paires de chaussettes, un pantalon, une trousse de toilette.
ARME DU CRIME : Inconnue
CONCLUSIONS DU LEGISTE : Nombreux hématomes sur le thorax de la victime. Principaux organes vitaux – cœur, poumons, foie – perforés. Huit côtes brisées, trois côtes broyées. Fractures multiples sur les membres supérieurs et inférieurs. Décapitation post mortem.
PIECE N°2 : NOTE INTERNE DU 23 JANVIER 1994
DESTINATAIRE : Commissaire Dupin, responsable des services de police de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle
EXPEDITEUR : Ministère des affaires étrangères
CONFIDENTIEL
« Hier soir, à 21 H 04, heure locale, un appareil de ligne de la compagnie Korean Air Lines en provenance de Paris s’est écrasé alors qu’il effectuait ses manœuvres d’approche à l’aéroport de Séoul. Sur les 335 personnes à bord – 326 passagers et 9 personnels navigants – seules 42 personnes ont survécu. Il s’agit du troisième crash en deux mois sur cette ligne. Pour cette raison, la direction de Korean Air Lines demande expressément de ne pas ébruiter l’affaire.
Une couverture est prévue.
Le crash va être effacé.
Une forte indemnisation est destinée aux rescapés et aux familles des victimes. Veuillez éviter tout contact avec les médias. Un communiqué officiel suivra dans quelques jours. »
PIECE N°3 : EXTRAIT DU RAPPORT DE POLICE DU 12 MARS 1994
AFFAIRE HNOG
ENQUETE EN COURS
CONFIDENTIEL
« (…) Le corps d’Arthur Hnog, 23 ans, a été découvert par un employé du service de nettoyage dans le hangar 61 de la compagnie Air India. Le jeune homme était connu de nos services comme petit trafiquant et avait déjà été arrêté en possession de stupéfiants. Ses os ont l’air d’avoir été minutieusement écrasés. Le corps était gonflé et déformé. Sa mâchoire a été arrachée. On pourrait penser à un règlement de compte. (…)»
PIECE N°4 : ARTICLE DE JOURNAL
QUOTIDIEN LIBERATION
13 MARS 1994
« Disparition d’un appareil au cœur de l’Atlantique.
On est toujours sans nouvelle de l’Airbus d’Air France qui s’est envolé Le 10 mars dernier de Paris en direction de Montréal (Canada). Trois heures après le décollage, l’avion a disparu alors qu’il survolait l’océan Atlantique. Les experts pensent que l’avion a du amerrir d’urgence suite à un problème d’ordre inconnu. Néanmoins, rien ne permet de confirmer cette hypothèse. D’heure en heure, on est de plus en plus pessimiste sur la situation des 245 passagers à bord, personnel navigant compris »
PIECE N°5 : BLOC-NOTES D’ISIDORE LUCASSE
PIECE A CONVICTION DECOUVERTE DANS L’ATTACHE-CASE DE LA VICTIME LE 13 MARS 1994
Je n’ai guère le temps de me présenter. Mon nom ne vous dirait rien de toute façon. Aujourd’hui, je doute de ma santé mentale. Il vaudrait mieux pour la société que je sois fou.
Tout a commencé le 21 janvier. J’accompagnai un ami à l’aéroport. Je le laissai à sa porte d’embarquement et me dirigeai vers la plate-forme pour observer le décollage de son avion. J’aperçus son appareil et me remémorai tous les bons moments que nous avions passé ensemble. Un Boeing d’une compagnie coréenne était stationné tout à côté de l’avion de mon ami. Je me souviens bien de sa couleur bleue qui tranchait, ce jour-là, avec la couleur du ciel. Le soleil était masqué par d’épais nuages. Aucune ombre n’était projetée sur la piste. J’ai pourtant vu des formes noires et mouvantes autour de l’avion coréen. Leur nombre était difficile à déterminer. Il semblait y en avoir une dizaine, puis on n’en dénombrait plus que deux ou trois. Elles étaient plates. Je voyais tantôt des espèces de losanges, tantôt des sortes d’ovales irréguliers. Elles paraissaient danser. J’observais un moment ce phénomène.
Puis, soudain, elles se fondirent en une. La grosse tâche noire ressembla à une flaque de kérosène. Tout à coup, un éclair – ou un rayon, je ne sais pas – sortit de la chose et toucha la carlingue du Boeing. L’atmosphère changea comme si l’air se chargeait d’électricité. Il s’éleva un chuchotement, ou plutôt un ricanement. J’étais comme plongé dans un brouillard pourpre. Tous les objets autour de moi devinrent flous.
Et brusquement tout cessa. Tout redevint comme avant. Sur la piste, il n’y avait aucune trace de l’ombre. Je jetai un coup d’œil aux alentours. Apparemment, personne n’avait remarqué quoi que ce soit. Je décidai de rentrer chez moi. J’avais pris un peu de retard dans mon travail et devais effectuer des heures supplémentaires les jours suivants. Cela me suffit pour oublier toute cette histoire.
Au début du mois de mars, mon patron m’informa que je devais me rendre à Boston pour un séminaire. La veille de mon départ, je me couchais tôt. Ma nuit fut agitée. Un froid polaire sembla engourdir tout mon corps et mon esprit se débattit au milieu d’images dont je ne garde aujourd’hui aucun souvenir précis. Je sais juste que j’ai eu peur. Lorsque je m’éveillai, le lendemain, j’avais la bouche sèche. Il était 9h25. Peut-être n’avais-je pas entendu le réveil, peut-être n’avait-il pas sonné ? J’appelai un taxi, me saisis de ma valise et me ruai dans les escaliers. Malheureusement, lorsque j’arrivai à l’aéroport, l’embarquement était terminé. Je réservai une place sur le vol suivant, aux environs de midi. Je contactai ensuite ma secrétaire afin qu’elle avertisse, plus tard dans la matinée, les personnes qui devaient venir me chercher. Puis, je me rendis au bar de l’aéroport. Je m’assis à une table. J’étais devant une grande baie vitrée qui dominait les pistes. De là, je pouvais voir arriver et repartir les avions. Le serveur arriva avec ma commande. Je relus les dossiers présentant le séminaire. Le temps passa. A un moment, une ombre croisa mon champ de vision. Je relevai la tête. Au loin, un avion d’Air France s’apprêtait à partir.
Et je vis, j’en suis certain, les formes noires. Elles exécutaient une sorte de ronde tandis que l’avion roulait. Très vite, les choses se rassemblèrent et une lumière jaillit en direction d’un des réacteurs. L’avion s’envola. Une brume violacée s’éleva. Ensuite, des rires étouffés qui n’avaient rien d’humain. J’essayai de bouger mais je restai sur place. Malgré toute ma volonté, mes jambes refusaient de m’obéir. J’étais paralysé. A part ces gloussements, je n’entendis aucun autre bruit. Ni conversations de comptoir, ni percolateurs, ni tasses qui ne s’entrechoquaient. Le va-et-vient de l’aérogare paraissait figé. Nulle annonce au micro. Rien qu’un hideux silence. Alors, je hurlai.
La vie reprit son cours. Le garçon me secoua par la manche en me demandant si j’avais fait un cauchemar. Tous les regards se tournèrent dans ma direction. Je réglai rapidement mes consommations et quittai l’endroit. Une main s’abattit sur mon épaule. Je me retournai et me retrouvai face à un jeune homme d’une vingtaine d’années. Ses cheveux bruns étaient en désordre. Sous ses yeux, de grosses cernes trahissaient une fatigue de plusieurs jours. Son regard était fixe.
Lorsqu’il commença à parler, je me rendis compte que ce jeune homme était malade. Il bredouillait, bégayait et j’arrivais à peine à saisir le sens exact de ses paroles. Apparemment, il avait vu quelque chose qu’il surveillait depuis plusieurs semaines. C’était partout. Il pensait être le seul à voir mais, il m’avait entendu au bar. Il avait besoin d’aide car il ne se sentait pas de taille. J’étais de moins en moins à l’aise. Je m’enfuis littéralement à l’annonce de l’embarquement pour Boston. Il a crié en me voyant partir. Un cri de désespoir absolu. J’arrivai glacé d’effroi devant l’hôtesse qui m’indiqua ma place. Une fois installé dans mon siège, je tirai le rideau du hublot, n’osant jeter un œil à la piste.
Arrivé à Boston, j’essayai de mobiliser mon attention sur le séminaire. Malgré tous mes efforts, je n’y arrivai guère. La première nuit, je revis en rêve le jeune homme de l’aéroport. Il marchait dans ma direction. Il essayait de me dire quelque chose, mais rien d’intelligible ne me parvenait aux oreilles. Et puis, sa bouche devenait un cercle parfait. Un cercle noir. Opaque. Qui, petit à petit s’agrandissait et lui mangeait littéralement le visage. Son corps semblait se détendre, se dissoudre. Un râle lent s’élevait. Un cri de souffrance effrayant. Puis tout disparaissait pour laisser place à un hall d’aéroport complètement désert. Nulle vie n’était présente. Ni mécanique, ni organique. Un sentiment de solitude s’imposait à moi. Tout était neuf et pourtant tout semblait abandonné, comme après une attaque atomique. Et j’avais la certitude d’être l’unique survivant d’une race ancienne et éteinte. Je repris l’avion deux jours plus tard. En arrivant à l’aéroport de Boston, je cherchai mon vol sur les grands panneaux d’information. Mon avion n’étant pas encore affiché, je patientai un peu.
Je notai soudain la stabilisation inhabituelle de l’ensemble. Je baissai les yeux et, en face de moi, une chose était là. Je pensais aussitôt à un trou noir. Elle était ronde, mais ses contours restaient flous et changeant. Loin d’être opaque, mon image s’y reflétait en négatif. Elle n’était pas là par hasard. Elle était en train de m’observer, avait conscience de ma présence et me détestait. Tout reprit son déroulement normal lorsque j’esquissai un geste. Dans l’avion, pour la première fois de ma vie, je pris des calmants.
A Paris, je récupérai mon sac et me dirigeai vers la sortie. Je rêvai d’une douche brûlante et de plusieurs verres de whisky. Je voulais tout oublier. Passer l’éponge. J’étais presque parvenu aux portes coulissantes lorsque tout sembla s’immobiliser. Les choses et les gens ralentirent leur course avant de la stopper complètement. Moi seul était exclu du phénomène. Elles étaient plusieurs et m’attendaient. Leur chuchotement s’éleva… Elles communiquaient… Elles voulaient me supprimer. Cette idée s’imposa d’elle-même. Alors, paniqué, je compris qu’il fallait me cacher parce qu’Elles ne m’avaient pas encore trouvé. La brume pourpre, leurs murmures… Tout cela s’approchait. J’entrai sans réfléchir dans les toilettes des hommes. Je repris mon souffle et attendis. Je n’entendais plus rien, mais je savais, j’en avais l’intime conviction, qu’elles étaient toujours là, tapies, quelque part, à m’attendre.
Voilà. Mon histoire est finie. Je suis toujours dans les toilettes de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Ma montre est arrêtée. Le temps ne s’écoule plus, j’en suis certain. J’ai eu le temps de tout consigner par écrit. Maintenant, j’attends qu’elles me tuent. Je ne sais ce que sont ces choses ni ce qu’elles désirent. Ce que je sais, c’est que certains d’entre nous ont vraisemblablement la faculté de les voir. Ces gens errent dans nos vies et surveillent les choses noires. La plupart doivent tenter de les comprendre pour mieux les combattre. D’autres doivent certainement essayer de collaborer.
PIECE N°6 : EXTRAITS DU RAPPORT DE L’EXPERT PSYCHIATRE SUR LA VICTIME
CONFIDENTIEL
(…) Le sujet ne distingue plus la réalité de la fiction (ou du rêve, puisqu’il n’hésite pas à y faire référence), ce qui entraîne chez lui de nombreuses hallucinations par nature effrayantes. Cette tendance à confondre fiction et réalité peut avoir plusieurs causes :
- la prise de médicament à hautes doses ( somnifères, tranquillisants… )
- la peur d’affronter son quotidien
- un stress important, qui provoque un besoin irrépressible d’évasion
- la fatigue (privation de sommeil, cycles nocturnes interrompus…) (…)
(…) Le sujet présente de nombreux symptômes de type paranoïdes. Il désigne ses ennemis par « elles », « La chose »... L’emploi systématique de ce type de formules pour désigner un groupe ou une puissance inconnue est relativement fréquent chez les patients présentant ce type de pathologie. (…)
Cependant, même dans un délire paranoïaque, le sujet reste très lucide et très logique dans son discours (ce qui peut nous tromper et nous amener à fausser nos conclusions), aussi, est-ce à nous de distinguer le vrai du faux.



