Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

29 octobre 2008

De l'art de faire du vent

Sondage crétin pour le magazine français tout pourri VSD (Vieux Sale et Débile je suppose ?) : si la France votait aux élections étasuniennes, Obama obtiendrait 81 % de suffrage. TREMBLE John Mac Cain ! Les français ont un grand, que dis-je, un colossal, un terrible, un titanesque, un cyclopéen pouvoir aux élections de ton pays !

Voilà un sondage bien inutile (pléonasme). D'autant que lorsque le peuple français vote pour du vrai, il élit Sarkozy... C'est dire...

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11 juin 2007

De l'art de maîtriser le langage

Le langage est un pouvoir extraordinaire. Nos amis les créatifs publicitaires l'ont compris depuis longtemps. Tout est dans la manière de dire, de présenter les choses. Le contenu d'une action est donc aussi important que son emballage. Et de votre packaging dépend votre action.

Regardez nos amis conservateurs face au code du travail en France. On ne parle pas de remise en question du droit de grève, on parle de l'instauration d'un service minimum dans les services publics. On ne dit pas de la fin des 35 heures, on explique qu'on va les assouplir. Présenter bien. Cela rappellerait presque la Marquise de Merteuil dans Les liaisons dangereuses de Laclos : on peut faire les pires horreurs, on peut tromper, mentir, pourvu que nous gardions un vernis impeccable. Hypocrisie sociale écoeurante mais obligatoire...

Une élection en chassant une autre, on est donc passés aux législatives. Taux record d'abstention. Près de 40 % des gens ne se sont pas déplacés. Faillite claire et nette de la démocratie. Un prince, ou un aspirant prince, honnête, intègre, dirait qu'il faudrait peut-être se remettre en question. Et peut-être aussi s'interroger sur le rôle des médias qui, les premiers, n'ont pas fait de grands efforts pour nous intéresser à tout ça. Comme s'ils n'y croyaient pas vraiment, comme s'ils avaient réalisé qu'il n'y avait aucun projet réel chez les candidats. Car, contrairement aux présidentielles, ici, on disait, au choix, je suis POUR l'action présidentielle, ou je suis CONTRE. Les débats d'idées, ceux qui ont agité la France pendant un an, les vraies argumentations, ont disparu.

Au lieu de ça, on nous explique deux choses : 1- les électeurs de gauche sont démobilisés (ah bon ? Pourquoi ça ? Sont-ils donc incapables de mener un combat de fond à moyen terme ?) et sont responsables du taux d'abstention (salauds de gauchiss', va !) 2- le gouvernement est porté par son idée de rupture et va pouvoir entamer une grande action de fond.

La vérité, c'est que les princes qui nous gouvernent se foutent de l'abstention, et que beaucoup se frottent les mains. L'abstention, c'est la certitude de ne jamais être destitué par les urnes. Le rêve d'un prince. Et c'est aussi la possibilité de faire frémir les votants en agitant ce spectre qui peut, soit disant, tout faire basculer.

Il fut un temps où les révolutions amenaient un changement en profondeur. Nous, en France, on est en train d'inventer un nouveau concept : la Révolution allégée. L'assemblée était à majorité conservatrice. Elle va devenir à majorité conservatrice. Impressionnant... Oui, madame, oui, monsieur, mais, là, elle sera encore plus de droite, avec encore plus de morceaux... Avant, quand il y avait une loi de droite à voter, elle était votée. Et bien maintenant, elle sera encore plus votée... Un changement en profondeur... ça, c'est sûr... L'art et la manière de présenter les choses, je vous dis...

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20 avril 2007

Un zeste de fascisme et une piqûre de rappel.

Je me l'étais promis, je m'étais motivé, j'avais même prévu une cravate, parce qu'avec une cravate, on passe partout. Et puis, je n'ai pas eu le courage.

le_pen_d_chir_

Notre merveilleux candidat d'extrême droite passait hier soir à Nice. Je m'étais dit qu'il fallait aller voir. Je me suis dégonflé. A 18 heures, je suis passé devant la salle où il était programmé. Des cars de police étaient là. Le quartier était quadrillé. Des militants aussi. Jeunes en bombers, docks coqués, cou tatoués et crânes rasés parlaient entre eux. On sentait leur jubilation. Des costumes cravates aussi. Et puis des adultes, avec talkies-walkies. Ambiance lourde et pesante. Les télés se préparaient. La force m'a quitté.

J'ai préféré rejoindre la manif des antis. Je me sentais plus à mon aise.

manif_1

On était 20000 en 2002. l'extrême droite était passée au second tour. Ici, c'est différent. La maladie n'est pas encore déclarée, alors, on est entre 200 et 300 personnes. Tant pis, on fait avec. La marche est joyeuse, les slogans classiques. L'accueil, sur le trajet, est plutôt bon. Je retiens l'image de cette femme noire qui ouvre sa fenêtre et qui s'enthousiasme sur notre passage. Elle rit de bon coeur, et puis elle s'exclame qu'elle vient nous rejoindre. La fenêtre se claque et elle descend. Bien agréable.

Une petite rangée de CRS nous attend à une centaine de mètres de la salle. On le savait, on reste calmes. Petit seeting et prises de parole. Moi, je repense aux "effacés", la chanson de Lonah sur l'album "Pièces" (www.jamendo.com). "Refusons l'oubli" dit le refrain.

19h30. Le soleil s'étire à l'horizon. Sentiment de devoir accompli. On repart dans le calme. Et on file affuter nos bulletins pour dimanche...

le_drapeau   

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20 mars 2007

De l'art d'entrevoir d'avenir

ça y est les amis ! Sabrons le champagne, sortons les boudoirs et les cigarettes russes pour aller avec ! On a nos candidats à la présidentielle ! Même qu'on en a 12 ! ça vous en bouche un coin, hein ! Bien, bien, bien... Bon, alors bien sûr, ils n'ont pas tous les mêmes chances d'être élus. Seuls quatre d'entre eux auront, peut-être, la chance d'accéder au second tour... Quatre scénarios possibles pour un quinquennat, en France. Quatre nouveaux mondes, donc...

5 mai, 20h00. Les journaux télévisés attaquent. Sur la mosaïque apparaît le visage du nouveau président. Et c'est... Nicolas Sarkozy. Première mesure : D'abord Nicolas mettra un masque noir, ainsi qu'une cape, et respirera fort. Il acquerra des supers pouvoirs, pourra déplacer des objets à distance, et mettre des claques de loin. Il aura un sabre laser pour couper son beurre le matin (et ça coupe hyper bien ce truc !). Toutes les personnes de plus d'un mètre soixante devront apprendre à se déplacer à genoux. Un nouvelle industrie florissante fera jour : les chaussures pour genoux. La France deviendra un Big Brother géant, avec des caméras partout. TF1 deviendra la chaîne unique de communication. On passera aux 66 heures de travail hebdomadaires avec des contrats à durée indéterminée de deux jours reconductibles. L'école sera sponsorisée par de grandes marques, et les profs auront sur eux, comme les cyclistes ou les conducteurs de Formule 1, des combinaisons avec plein de marques.

5 mai, 20h00. Les journaux télévisés attaquent. Sur la mosaïque apparaît le visage du nouveau président. Et c'est... François Bayrou. Tout deviendra centriste et égalitaire. La France deviendra moelleuse et confortable. Comme un gros pouf tout mou. On créera un ministère du flan (qui organisera la semaine du flan au oeuf à l'école, avec comme support la merveilleuse exposition "Le flan aux oeufs à travers les âges"). Toutes les nourritures difficiles à mâcher seront interdites : on vivra de vache qui rit, de brioche, de purée et de yaourts au goût bulgare. On devra aussi devenir ambidextre.

5 mai, 20h00. Les journaux télévisés attaquent. Sur la mosaïque apparaît le visage du nouveau président. Et c'est... Jean-Marie Le Pen. Après quelques réjouissances dûes à l'élection de notre président adoré (concours de tonte de juifs, ratonnades musicales...), on adoptera une réforme de la durée du mandat présidentiel : sera inventé le quinquennat de mille ans. Sinon, tout déplacement à pied devra se faire au pas de l'oie (difficile au début, on verra vite qu'il a l'avantage de muscler nos cuisses et de nous transformer en surhomme). TF1 deviendra la chaîne unique de communication. On pourra dénoncer nos voisins par simple mail.

5 mai, 20h00. Les journaux télévisés attaquent. Sur la mosaïque apparaît le visage du nouveau président. Et c'est... Ségolène Royal. Alors là, disons-le tout net, c'est l'apothéose. Il pleuvra régulièrement du miel. Les récoltes seront fertiles. De beaux, forts et robustes enfants naîtront. On travaillera 2 heures par mois, payées 140 mensuelles. La pollution sera réduite à néant. On aura des voitures volantes. Des cacatoès chanteront à nos fenêtres. La pauvreté sera éradiquée. On portera tous des capes.

Voilà... Maintenant vous êtes prévenus. Alors, faites le bon choix, amis français, et vous, amis du monde, admirez notre jolie démocratie, qui illumine l'Univers tout entier.

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19 février 2007

Carnets de campagne 1

Dans un soucis toujours plus grand d'information objective sans parti pris aucun... non, je déconne ! Je recommence... Dans un soucis de te satisfaire, Ô lecteur magnifique de ce blogue rampant, j'ai donc décidé d'assister à des meetings politiques, puisqu'ils sont de saison.

Bien sûr, je compte me rendre dans le plus de meeting possibles. La seule condition est que le candidat, ou la candidate, à l'élection présidentielle soit là.

Hier, donc, je me suis rendu au tout premier rassemblement de ma vie : celui d'Arlette Laguiller, dirigeante de la Lutte Ouvrière. Plongée dans l'extrême gauche, donc...

Les frimas d'un léger hiver se font sentir. Armé de mon bonnet, de mes mitaines et de mon cuir, je me dirige d'un pas certain vers le lieu de rendez-vous. J'aperçois, de loin, les drapeaux rouges sang, rouge révolution, rouge passion. Et déjà, on me repère... Une jeune femme de Radio Nostalgie me tend son micro. Ce n'est pas souvent que je me retrouve à intervenir. Mon heure de gloire a sonné. Je vais enfin pouvoir donner ma pensée géniale, et ma vue du monde extraordinaire... Bon, elle me bride en me posant des questions, la coquinette ! Casse la tienne ! (et la mienne, par la même occasion !) Je réponds gentiment, en lui faisant tout de même remarquer que l'une de ses questions est orientée. Elle ne se fâche pas. C'est bon signe. A peine détaché du micro, un vieux militant fond sur moi. Il me demande mon prénom.

- Estebàn, glissai-je d'un air détaché, et néanmoins jovial.

- Dépêche-toi, Estebàn ! Arlette a dit qu'elle ne commençait pas son intervention sans toi. elle a dit : "je ne commence pas sans Estebàn !".

Je souris. Je ne me croyais pas si connu... mais le militant est déjà parti vers d'autres, à qui il fait le même coup. Bon, tant pis. Un bref instant, j'y avais cru... Après tout, Arlette pouvait être une lectrice de ce blogue...

Arrivé dans la salle, ça a effectivement commencé. C'est une militante qui dresse un portrait de la Côte d'Azur. On applaudit. On s'échauffe. Et puis, enfin, Arlette se place à la tribune. 

Personnage modeste, elle entame son discours d'une voix posée et agréable. On retrouve tous ses thèmes de prédilection : le grand capital, le patronat, la bourgeoisie, la lutte... ça se tient. Un point me gène pourtant : elle tape plus souvent sur la gauche que sur la droite. Dans son argumentaire, la gauche a trahi le peuple, puisqu'elle s'est alliée avec la bourgeoisie. A partir de là, la gauche est équivalente à la droite, voire même pire... Deux petits vieux derrière moi se régalent. Ce sont des convaincus, des purs, des durs de durs... ils commentent tout. J'ai alors la curieuse impression, à certains moments, de me retrouver avec un son THX dolby Surround 5.1

ARLETTE : Et Ségolène a trahi le peuple...

LES DEUX VIEUX : Oh, oui, alors...

ARLETTE : Elle n'est pas mieux que Sarkozy...

LES DEUX VIEUX : Entre la peste et le choléra, on ne choisit pas...

Impression d'assister en direct au Muppet's show. Petite madeleine de Proust.

A la fin, on peut poser des questions. J'en profite. Ma voix tremble un peu. C'est tout de même impressionnant. J'expose doucement mon point de vue. Je me permets de dire que je trouve dangereux de dire que la droite et la gauche sont identiques, que c'est faire un amalgame un peu simpliste, et que non, tout de même, on a eu des acquis sous la gauche. Il me semble qu'on se trompe d'ennemi, et que l'ennemi, c'est la droite... Des potes m'applaudissent (merci les amis). Quelques autres aussi. ça me rassure.

Arlette ne me répondra pas vraiment. Ce n'est pas grave. A la sortie, le militant qui avait fait son gag à répétition, comme quoi Arlette m'attendait, me réarponne. Il veut élargir ce que je dis. Il arrive à avoir mes coordonnées. Pourquoi pas en rediscuter , pourquoi pas en effet... Mais, en même temps, un léger malaise me gagne : il dodeline du chef à tout ce que je dis, il semble être de mon côté. Et je repense aux sectes, qui agissent de même... Une déformation professionnelle sans doute. On me demande aussi d'acheter le journal, des bouquins et puis de donner de l'argent pour la campagne d'Arlette.

Je n'ai rien sur moi. J'ai quand même droit à un autocollant. Sympa. On y voit Arlette en couleur, avec un vague sourire genre Joconde pincée. Et puis un slogan en Noir et blanc "Qui d'autre peut se dire  sincèrement dans le camp des travailleurs ". Un brin austère tout de même, l'autocollant... Difficile à mettre sur un sac pour l'égayer.

Tant pis, c'est le geste qui compte.

Posté par esteban à 11:04 - Les élections sont tes amies - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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