17 septembre 2009
De l'art des étranges coincidences...
Alors là, messieurs, je dis chapeau bas. Non, vraiment... Je connaissais la justice à deux vitesses, celle pour nos amis les puissants, et celle pour la plèbe, dont je fais, à mon grand dam, partie (et je vous assure que fréquenter des pauvres tous les jours, c'est pénible, mais bon...). La France vient d'inventer une troisième vitesse, celle de la justice pour nos amis des sectes et tout particulièrement pour nos amis scientologues.
Pour ceux qui n'auraient pas suivi, la Scientologie, qui se proclame comme une religion, histoire d'échapper au fisc étatsuniens qui ne taxe pas les églises, est une espèce de salmigondi pseudo-scientifico-psychologique, qui part du principe que nous n'exploitons pas toutes les ressources de notre cervelle, et qui propose de booster tout ça, à grand coups de cours bien chers, de bouquins abscons pour mieux cacher leur vacuité, et d'appareils ridicules (vendus par la secte exclusivement) censés mesurer notre anxiété... Et cette merveilleuse religion a été mise au point par l'ami feu Ron Hubbard, vague auteur vraiment pas terrible de SF, à ses débuts, à qui ont doit l'extraordinaire "au bout du cauchemar" (que j'ai réussi à lire jusqu'au bout... et c'était un cauchemar... D'où le titre, probablement !) ou la grandiloquente saga "battlefield earth" (dont on peut clairement conseiller l'adaptation filmique, qui pulvérise les frontières du ridicule, avec ses maquillages hideux, ses décors qui font vraiment décors, ses acteurs qui sous-jouent, sa photo toute sombre et son cadrage systématiquement penché).
En juin dernier, en France, nos amis scientologues avaient été traînés, une fois de plus, devant les tribunaux. Et cette fois, ils risquaient gros : le parquet demandait purement et simplement la dissolution de la secte à Paris, puisqu'elle était accusée d'escroquerie en bande organisée... On attendait donc sagement la suite pour le mois d'octobre. Sauf que, miracle, les prières de nos amis sectaires ont dû être entendues par je ne sais quel dieu puisqu'un mois avant le procès a été votée une loi qui, justement, empêche de dissoudre une personne morale pour escroquerie en bande organisée.
Quelle coïncidence...
Il faut dire que nos amis adeptes de l'Hubbardisme n'en sont pas à leur premier miracle judiciaire. Déjà, par exemple, en 1998, une partie d'un dossier d'instruction bien dangereux pour la secte, disparaissait des locaux gardés du Palais de Justice de Paris. Là encore, un quelconque Dieu inconnu avait dû sûrement intervenir de son doigt divin. Aujourd'hui, donc, le même Dieu a dû souffler à quelques parlementaires zélés cette loi miraculeuse.
Mais alors, les médias français se sont-ils offusqués ? Y a-t-il eu des premières pages ? Et le gouvernement ? Et notre Nini adoré s'est-il fendu d'une déclaration vibrante qui allait arracher des sanglots à tous (sauf aux sales gauchos en sandalettes qui puent des pieds) ?
En fait, non. On en a vaguement entendu parler, mais que voulez-vous, on a d'autres chats grippés à fouetter... Et puis, on ne va pas faire une révolution pour si peu... Quand je pense que la Scientologie et ses lobotomisés se plaignent d'un harcellement médiatique... Tu parles... On est tous déjà en train de sombrer dans une douce amnésie bien confortable...
Tenez, tiens, ce matin, on nous a appris la mort d'un des trois membres de feu 2be3... ça c'est de l'actualité, coco, c'est du lourd...C'est vrai qu'après la disparition de Sim, ça me retourne tout ça... On parlait de quoi avant au fait ? Peu importe, ça ne devait pas être grave. Tiens si, Patrick Swayze a passé l'arme à gauche... Il jouait d'ailleurs un super gourou dans l'excellent Donnie Darko de Richard Kelly. Mais pourquoi je parle de secte moi ?
http://www.rue89.com/2009/09/15/comment-lassemblee-a-sauve-la-scientologie-de-la-dissolution
07 novembre 2008
De l'art de rendre heureux les simples d'esprits
Vous connaissez mon amour inconditionnel pour L. Ron Hubbard, ce rouquin bouffi d'orgueil, mythomane et mégalomaniaque créateur d'une pseudo théorie pseudo-scientifique appelée pompeusement la Dianétique, faite d'un salmigondi de psychologie de bazar, et à l'origine de la secte bien connue de l'Église de Scientologie.
Il faut vous avouer qu'à la suite de la lecture de l'excellent et extrêmement bien documenté "Ron Hubbard, le gourou démasqué" de Russell Miller (Plon), j'ai eu envie de lire un peu la prose de Roro (on est intimes, cherchez pas, et ne soyez pas jaloux!). Aussi, par l'intermédiaire d'un site marchand d'occasion, je me suis procuré deux bouquins du bonhomme. Le premier était un roman de SF intitulé "Au bout du cauchemar" (avant d'avoir trouvé son créneau sectaire, Ron Hubbard était un romancier et un nouvelliste), et, de fait, ce fut un cauchemar d'arriver au bout de ce livre. Il n'y avait donc pas tromperie sur la marchandise...
[Parenthèse. Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir un merveilleux extrait. Dans le passage cité ci-après, le narrateur est dans une sorte de dimension parallèle et parle avec une créature. Savourez la qualité et la profondeur du dialogue.
"- (...) Tu as un doux visage, James Lowry. Tu veux un conseil ? - Oui Mère. - Descends jusqu'au bas des marches et tu rencontreras un homme. Si tu dois mourir, demande-lui où tu as perdu ton chapeau. - Il me le dira ? - Il te le dira peut-être ou peut-être pas. Les chauve-souris sont des chapeaux gris qui sont des rats, qui sont des chats, et il n'est pas de soupe assez profonde pour s'y noyer. - Pour noyer qui, mère ? - Pour s'y noyer, c'est tout ! Tu as un doux visage James Lowry (...) Et ensuite après ce premier homme, tu rencontreras un second homme. Mais ni l'un ni l'autre ne sont des hommes. Ce sont des idées. (...) Et puis le second homme te dira qu'il te faudra descendre tout en bas des marches. Jusqu'au fond. Tout en bas, en bas, en bas... - Où se trouve le fond, mère ? - Le fond ? Mais il est en haut, bien sûr. (...)" p.87, éditions pocket. Fermons la parenthèse]
Le deuxième livre était déjà plus sérieux. Roro avait avancé grandement dans ses névroses. Cela s'appelle "Scientologie, les fondements de la pensée" et, pour le coup, c'est carrément illisible. C'est un grand classique de la secte : enfoncer des portes ouvertes et balancer des lieux communs dans un jargon proprement incompréhensible afin de faire croire à une grande profondeur de la pensée.
Malheureusement pour moi, si le roman avait été vendu par un particulier, le bouquin théorique était vendu par une des sections scientologues françaises. Et donc, je me suis retrouvé sur leur fichier et abonné à un somptueux petit fascicule prosélyte de quatre pages ... Dans un premier temps, j'ai été bien embêté. Et puis je me suis dit qu'après tout, autant leur faire dépenser de l'argent pour m'informer et me donner des armes pour les combattre.
C'est ainsi que j'ai reçu hier leur dernier opuscule qui m'offre gracieusement un extrait du livre de Roro "La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps". Et je ne peux, à mon tour, m'empêcher de vous livrer quelques bribes du machin, assorti de quelques traductions et commentaires personnels...
"La Dianétique, bien que simple, est et accomplit ce qui suit : [Notez ici, la subtile comparaison avec un organisme divin quelconque, avec l'emploi du verbe être qui donne un aspect sentencieux à l'ensemble]
(...) [la Dianétique] comprend une technique thérapeutique qui permet de traiter tout mal mental inorganique et tout mal psychosomatique organique avec l'assurance d'obtenir une guérison complète sur des cas qui n'ont pas été sélectionnés à l'avance [En gros, la Dianétique est une sorte de shampoing deux en un qui élimine les cheveux gras ET les pellicules. Vous êtes schizophrène, hop la Dianétique ; vous avez une verrue plantaire, hop la Dianétique !]
(...) La Dianétique révèle et démontre cliniquement et scientifiquement la source unique des dérangements mentaux. [Magie... Mystère... La Dianétique sait tout, voit tout et résout tout ! Roro, qu'est-ce que tu es fooooort ! Ou l'art de tout simplifier...]
(...) La Dianétique présente la théorie non microbienne des maladies qui vient s'ajouter à la biochimie et aux travaux de Pasteur sur la théorie microbienne pour embrasser ce domaine. [Allez, zou ! On cite Pasteur, ça ne coûte rien un argument d'autorité et ça fait tout de suite scientifique et sérieux... Et sans se dégonfler, on en profite pour se comparer à lui... Mais, au fait, c'est quoi une théorie non microbienne ? Et bien c'est une théorie qui pose le fait que, tous les jours, des gens attrapent des non-grippes ou des non-appendicites... Aaaahhh, d'accord... C'est tout de suite plus clair !]
(...) Grâce à la Dianétique, il n'est plus "nécessaire" désormais de détruire le cerveau au moyen de la chirurgie ou d'électrochocs visant à rendre les patients plus "dociles" et "normaux". [Il suffit juste de leur faire lire les bouquins de Roro et de les endoctriner un zeste pour obtenir le même résultat, en économisant le fric de la Sécurité Sociale !]
Et s'impose alors à nous l'image de ces bonimenteurs dans les foires qui nous vendent des machines incroyables qui coupent, râpent, réduisent en poudre, pressent, tranchent, hachent et compressent... Ou encore ces vendeurs du Far West qui vendaient des potions ou des lotions censées tout guérir...
Histoire d'enfoncer le clou et de prouver la véracité de la Dianétique, les rédacteurs du fascicule ont cru bon d'ajouter des témoignages. Et là, c'est le délire le plus absolu... On commence par le mystérieux LC (Ligue Communiste ? Lait Chaud ? Lépreux à Croûtes ?) qui nous explique simplement son engouement :
"Je constate en toute sincérité, qu'en avançant sur ce cours de Dianétique, je commence à obtenir une compréhension (simple) conceptuelle du mécanisme du mental réactif. Cette compréhension augmente mon contrôle face à mes propres restimulations et augmente aussi ma tolérance envers les autres et leurs aberrations. [C'est bien mon gars, ton cerveau a bien été lavé. On est arrivé à te faire croire que les non-scientologues sont des idiots! Et que tu es bon et grand de nous tolérer tout de même !] En fait je vois que KRC (Savoir-Responsabilité-Contrôle) et ARC (Affinité-Réalité-Communication) sont réellement imbriqués. [Fallait commencer par ça, LC, je suis soudain tout convaincu!]"
Mais voici le clou du témoignage. Celui qui est le plus... le plus... Comment dire... Non... Laissons plutôt la parole au sibyllin SN [Saignement de Nez ? Squale Nervuré ? Sarkozy Nicolas ?]
"Quel plaisir de pouvoir étudier la Dianétique. [Et pour une somme très modique... A peine quelques centaines d'euros pour commencer... Une paille !] Tout est logique et tout s'aligne. [Comme dans le jeu Tétris] Je me suis aperçu que j'avais une certaine forme de pensée réactive : quand un individu a peur des chiens, en fait il a peur d'un chien précis, à un moment donné [Moi c'est le Chiwawa à pointes, et toi ?]"
Voila les amis. Notre petit voyage chez nos amis qui essorent avec frénésie notre esprit est terminé pour cette fois. Mais, promis, on y reviendra. En attendant, soyez bien sages.
20 février 2007
Lettre à un Scientologue
Cher Ronny, mon Hubbardounet d'amour, mon laveur de neurones préféré, ma couillette...
Je sais bien que tu es mort en 1986 (quel drame et quelle tragédie pour l'humanité toute entière pour les siècles et les siècles à venir...), mais je sais aussi, mon Ronron, que de là où tu es, tu m'entends, car tu as vraisemblablement atteint un niveau spirituel tel, que tu es devenu immortel, comme Superman, Hervé Villard ou le Sergent Garcia.
Si je t'écris, Hubbard chéri, c'est pour te dire que, ça y est, je suis sorti des ténèbres nauséabondes de la démocratie suintante et purulente, pour entrer dans ton monde si grand, si beau, si vaste... J'ai enfin lu une de tes oeuvres qui constitue la pierre d'angle de toute la littérature mondiale, la quintessence de la beauté, j'ai nommé le Ô combien magnifique "Au bout du cauchemar".
Quel bouquin, ma crotte ! Mazette ! Bon, d'abord, le quatrième de couverture est alléchant. Il s'agit d'un type qui perd quatre heures de sa vie ainsi que son chapeau... Déjà, le suspense est délirant. Il faut savoir que le type en question est un professeur qui a écrit un article comme quoi les démons n'existaient pas... Et donc, on se dit que si, justement, le type en fait l'expérience. D'ailleurs, les démons se manifestent à lui.
Bien sûr, les vilains esprits, qui sont opposés à ta grandeur sur terre et dans les cieux, s'acharnent sur toi. Ils font exprès de pervertir les imprimeries, et ils soudoient tes éditeurs, afin de te desservir... Ainsi, dans son avant-propos, ton méchant et pervers éditeur, sous couvert de dire du bien de toi, veut nous faire croire que tu es sous-cultivé, puisqu'il écrit ceci :
"Parce que L. Ron Hubbard a réussi là où de nombreux auteurs ont échoué. Sans faire appel au surnaturel, aux loups-garous, aux vampires, sans intervention extravagantes, sans maison hantée, laboratoire secret, planète bizarre, sans non plus les protagonistes déments tels que Freddy Kruger de Vendredi 13 ou Norman Bates de Psychose."
Alors que tout le monde sait que le tueur de Vendredi 13 se nomme Jason Vooers (sauf dans le 1, où c'est la mère, et que le fils se nomme Jacky, mais ça n'a rien à voir...), et que Kruger sévit dans "Les griffes de la nuit" de Wes Craven. Mais peu importe. Ton éditeur est un incapable, contrairement à toi. Qu'il se consume donc dans une marmite de pu tiède.
Car, toi, Dieu d'apocalypse vénéré, tu sais écrire, nom de nom ! Allez, pour le plaisir, voici quelques extraits commentés par mes soins en italiques (les pages cités, mon Riri, sont issues de l'édition Presses Pocket n° 5543) :
" Quand ils étaient petits, Tommy et lui, on ne les autorisait pas à entrer dans cette pièce, sauf lorsqu'il y avait des invités auxquels ils devaient être présentés ; ensuite, l'air éteint, avec le sentiment d'être coupable de quelque crime, ils avaient le droit de s'installer le dos roide (tu aimes bien ce mot, Hubby, tu l'emploie une bonne dizaine de fois dans ton monument littéraire...) dans des chaises qui l'étaient encore plus (alors, donc s'ils ont le dos droit, les chaises doivent être penchées à 45° ! Mais quelle puissance métaphorique !) pour sombrer peu à peu dans un engourdissement douloureux" (p.40)
"Il alluma une cigarette, mais son regard s'attarda si longuement sur Lowry que l'allumette lui brûla les doigts et qu'il la lâcha brusquement avant de porter la main à sa bouche (en effet, les allumettes qu'il utilisait mesurait 2,5 mètres, ce qui expliquait le temps passé à regarder l'autre). Il oublia presque aussitôt la brûlure et réussit enfin à allumer sa cigarette. (il faut dire qu'il applique des techniques issus de vieux moines Tibétains tout flétris, ce qui lui permet de résister à la douleur...)" (p.41)
" - Tu es si belle ! s'exclama-t-il. tu es adorable, merveilleuse, superbe, et si je ne t'avais pas, je crois que je sauterai du haut d'une falaise.
- Tu ferais mieux d'y renoncer.
- Tu es la seule femme qui compte pour moi au monde; tu es si douce, si loyale, si bonne ! (mais quel dialogue d'anthologie, digne des plus grands Barbara Cartland. Notons au passage ces fabuleux rythmes ternaires, qui enjolivent si bien les compliments...) (...) Je suis navré que tu te sois inquiétée à cause de moi.
Elle haussa les épaules.
- Quand je m'inquiète de toi, je sais à quel point je t'adore (tiens, une preuve qu'on tente de te faire du mal. Regarde-moi cette vilaine syntaxe. Un coup de ton éditeur sans doute ! Qu'on le pende avec ses boyaux !)" (p. 55 - 56)
Allez, un dernier pour la route... c'est un moment dantesque où Lowry, ton héros, rencontre son premier démon, qu'il nomme "Mère" :
"- Tu veux un conseil, James Lowry ?
- Oui, mère.
- Les chapeaux sont des chapeaux et les chats sont des chats, et quand les oiseaux chantent quelque part, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche dans le monde. Les chauve-souris sont des chauve-souris et les chapeaux gris sont des chapeaux gris, et lorsque revient le printemps, le monde ne fait que se préparer à une autre mort. Les rats sont des rats et les chapeaux sont des chapeaux, et si tu ne sais pas courir plus vite, jamais tu ne seras un professeur émérite. (Mais quel dialogue ! Quelle puissance ! Je suis sûr que Beckett et Lynch t'ont tout piqué, tellement c'est bon)" (p.86 - 87)
Mon vieux et doux déchet, je ne veux pas te retenir plus longtemps. C'est vraiment ballot que tu n'écrives plus, parce que, vraiment, je pense que le monde aurait gagné en bonté et en grandeur. Heureusement que tu nous as laissé la Scientologie et la Dianétique, dont je parlerai, promis, juré, dans un post prochain.
Et que ceux qui pensent que ton roman est tout pourri s'enflamment sur l'instant...
FROUTCH
(bruit d'une combustion soudaine et spontanée)