Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

19 juin 2008

De l'art d'être bien clair, pour ceux qui n'auraient pas encore bien compris, et ils sont nombreux, il me semble...

Contrairement à ce que le mot pourrait nous faire croire, il n'y a de créatif chez les créatifs publicitaires que le nom. Parce qu'il faut bien comprendre que l'avant-gardisme, ici, n'est pas de mise. On n'est pas là pour choquer ou déstabiliser le public, on est là pour le caresser dans le sens du poil, afin qu'il consomme de plus belle. Les publicités les plus novatrices ont toujours été celles qui se sont cassées la gueule.

Il n'y a qu'à voir les publicités pour les lessives. Rien de plus ringard et de plus convenu...

Pourtant, il y a eu des essais... Dans les années 80 (et, oui, lecteur adoré, tandis que certains d'entre vous n'étaient qu'une lueur lubrique dans l'oeil de leur parents, j'étais bel et bien né...), je me souviens d'une publicité en forme de comédie musicale à la Jacques Demy pour la publicité Skip. Un chercheur trouvait une nouvelle formule pour la lessive. Et là, tout le monde se mettait à chanter "Il a la formule / formule toute nouvelle" (on savait écrire, dans le temps, tout de même !)... Morale de l'histoire : la campagne a rapidement été interrompue, et on est revenu aux bonnes vieilles recettes où deux idiotes comparaient les taches sur les vêtements de leur homme ou de leur progéniture et se demandaient quelle était la meilleure lessive du monde...

En publicité, on ne créé pas, on se contente de copier, de piller et de photocopier tout ce qui a marché un jour, non seulement dans le domaine de la publicité (pourquoi se gêner ? Autant voler les idées des copains, puisque si ce n'est pas vous qui le faîtes, ce seront eux qui piqueront les vôtres !) mais, plus largement dans tous les domaines. Un exemple ? La dernière campagne de la marque de vêtements : Le temps des cerises. Bon, il faut dire, déjà, à la base, que le nom de la marque, en lui-même, révèle une belle tendance au plagiat... Mais passons... Voilà donc la campagne incriminée du jour...

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A moins d'avoir vécu dans une grotte humide et sombre (ce qui est souvent le cas pour les grottes) et de vous être nourri de lichens faméliques et pâlots sans jamais sortir pour arpenter la société, il n'est pas difficile de reconnaître Les dents de la mer de l'ami SpibounounetSpibounounet (oui, nous sommes très intimes Spiby et moi depuis que j'ai encensé son dernier chef-d'oeuvre Indiana Jones et le royaume du compte en banque qui se remplit !), clairement cité dans le texte. Mais quel est l'intérêt de cette campagne ? Pourquoi nos amis les créatifs se sont-ils dit, en tapant joyeusement leur petit poing dans leur paume opposée : "Bon sang, mais cette idée est carrément novatrice et génialissime ! Allez, zou, on file à la reprographie finaliser tout ça !" A cela, deux réponses possibles :

- La première est simple : on crée une complicité entre le produit et le consommateur, puisqu'on fait clairement comprendre que tous deux ont des valeurs communes (le film en l'occurrence). Par la même occasion, on flatte le chaland, puisqu'on le fait passer pour un être cultivé, qui a reconnu, en un seul coup d'oeil, un classique du cinéma... Que tu es fort, Ô public adoré...

- La deuxième est plus horrible, et on reconnaît bien là le cynisme propre à cette profession qui a tout vu, qui est revenue de tout et à qui on ne la fait décidément pas... Avant de lever le voile, observons bien notre affiche. Nous sommes dans une station balnéaire. Deux jeunes gens, bien propres sur eux, tout à la mode, tentent de fuir. Lui est au second plan, l'air vaguement effrayé ; elle, est au premier plan, vêtue d'un tee-shirt "Je t'aime", et se précipite vers nous. Pourtant, nous, on l'a compris, vu la taille du squale, à l'arrière-plan, on sent bien que ce soir, c'est côtelette d'humains au menu... Mais alors, vous écriez-vous, le requin va nous débarrasser de ces jeunes décérébrés hypnotisés par la dernière fringue à la mode ?... Meuh non, point du tout, bandes de candides... Le bestiau ne symbolise pas une quelconque idée de révolte ou de rébellion... Au contraire, il serait plutôt la métaphore d'une société de consommation à laquelle on ne peut décidément pas échapper, et nos amis publicitaires, toujours prêt à collaborer, ne se gênent pas pour nous le rappeler... 

Mais, finalement, on pourrait aussi voir cette affiche comme une parabole sur leur métier où les requins rôdent et où la loi du plus fric règne en maître... Allez, soyons fous et généreux : cet hiver, préparons des petites assiettes avec du beurre et des graines, pour ne pas que ces gentils gens meurent de faim... Vous verrez, ils viendront picorer à nos fenêtres et lèverons ensuite de grands yeux humides vers nous... Et nous y lirons une profonde reconnaissance... Et nous nous sentirons un peu meilleurs dans ce monde si laid et si cruel...

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29 mai 2008

De l'art de briser les idéologies...

S'il y a une chose dont manque cruellement nos amis publicitaires, malgré les apparences, c'est d'humour... Et ça n'est jamais si évident que lorsqu'ils ont à faire face à la contradiction. On se rappelle en effet combien les militants de casseurs de pub (www.casseursdepub.org) se sont faits épingler par la justice, pour avoir oser peinturlurer, dans le métro parisien, leurs jolies affiches 4 x 3. Les activistes voulaient juste, par leur action, montrer combien la publicité envahissaient notre quotidien, à grand coup de vulgarité et d'images réactionnaires et sexistes...

Et s'il y a bien une chose que nos amis créatifs ne supportent pas, ce sont toutes les idéologies qui ne prônent pas le libéralisme et le libre échange. Bon, bien sûr, il faut les comprendre : on ne mord jamais la main de celui qui nous nourrit. Il n'empêche que, non contents de dénigrer toute idée qui va à l'encontre de leur système, nos amis n'ont de cesse de se réapproprier tous les grands symboles anti-capitalistes pour, au choix, donner une bonne image de ce qu'ils vendent ou caricaturer à outrance et ridiculiser les contradicteurs.

Les exemples de cette semaine :

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Adecco, une boite d'intérim' a besoin de se refaire une belle image. A la base, le travail intérimaire est un travail précaire. Si certains y voient des possibilités de carrière et d'épanouissement personnel, ou encore une preuve de leur grande adaptabilité dans des missions de tout genre, tant mieux pour eux, mais il faut appeler un chat un chat : Adecco offre du travail précaire. Dit comme ça, bien sûr, ça fait tâche... Pour redorer son blason, on va chercher un symbole d'intelligence et de culture : Gandhi. Et, pour enfoncer le clou, on veut nous faire croire que l'entreprise Adecco est une entreprise de droit (Gandhi était avocat), aimant l'esprit des Lumières (Gandhi était philosophe), éprise de liberté (Gandhi était résistant) et de paix (Gandhi était gardien de la paix... Il n'était pas flic, hein, attention... Notez le subtil jeu de mots... Il gardait vraiment la paix...). La question se pose alors : pourquoi a-t-on pris un grand homme de gauche, pour défendre des idées libérales ? Car, après tout, on pouvait prendre un intellectuel de droite... ça existe : Céline, Malraux, Jean-Marc Sylvestre, Philippe Bouvard (euh... Non, là, je m'égare, pardonnez-moi !). La réponse est simple : parce que, profondément, les idées de Gandhi sont dangereuses (il s'est tout de même opposé à un état colonisateur...) contrairement à celles d'un libérale. Alors, vite, abattons ces idées et faisons croire que tout est pareil, que la gauche, c'est pareil que la droite, et que, même Gandhi avait tout de même un fond libéral (la preuve, il participe au système capitaliste sur cette affiche !)...

Et quand on ne peut pas assimiler, on caricature et on vide de son contenu :

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La beat generation, aux États-Unis, a donné des oeuvres d'une importance considérable. Relisons, par exemple, pour nous en convaincre, Sur la route de Jack Kerouac. Réécoutons les musiques de Woodstock. Revoyons Hair, ou Harold et Maud.  Les hippies avaient une véritable philosophie alternative qui voulait repenser le monde. On peut ne pas être d'accord, mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître les apports sur notre vie présente. C'est grâce à la Beat Generation (pas seulement, mais entre autre), que, dès les années 60, on a repensé la place de la femme et des homosexuels ou qu'on s'est opposé concrètement à la guerre du Vietnam... Mais, là encore, nos amis créatifs ne supportent pas ces idées trop avant-gardistes anti libérales et préfèrent largement les tourner en ridicule. Les hippies deviennent donc des gens sales et chevelus, qui parlent du nez, fument de la drogue et sentent des pieds. Quant aux années 70, elles se réduisent à des tubes disco pourris, et à une police de caractère psychédélique...

Et le pire, c'est que, parfois, j'ai l'impression qu'il n'y a que moi que ça agace et qui ait envie de rouler tous ces margoulins publiphiles dans du goudron et dans des plumes... Un doute m'enserre... Serais-je un écorché vif ?

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13 mai 2008

De l'art d'analyser une publicité, en toute objectivité, bien entendu...

Tandis que je rentrai l'autre soir sur les coups des deux heures du matin dans mon antre, voici qu'une somptueuse publicité se dressa face à moi. N'écoutant que mon courage, et estimant qu'elle ne devait pas polluer seulement mon espace visuel à moi personnellement, je dégainai mon appareil et pensai à vous, lecteur adoré... Voici donc la bestiole du jour :

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Que découvre-t-on sur cette merveille ? A gauche de l'image, un homme, la trentaine, au premier plan, avec une barbe de deux jours. Derrière lui, une femme, un poil plus jeune, qui s'appuie sur lui. Il nous regarde, elle non. Ils sont au milieu des dunes d'un désert de sable. A droite de l'image, une grande étendue avec de l'eau. Le photographe a, cette fois, opté pour un plan large. On voit nettement trois zones se dessiner à chaque tiers de l'image : le ciel nuageux (avec la marque LAFUMA) / le ciel bleu (avec le slogan ÉCOUTONS RESPIRER LE MONDE) / la terre humide.

Quelle analyse peut-on en tirer ? Notons d'abord qu'on a une image très classique des rapports homme / femme : l'homme est devant, son regard est franc. Il affronte. Il est celui sur qui on peut compter, sur qui on peut s'appuyer (et la femme ne s'en prive pas). Il reste une part de mystère en lui (ses cheveux, ses yeux et sa barbe sont noirs) mais il est néanmoins terre à terre puisqu'il nous regarde directement. Inversement, la femme reste dépendante de l'homme, elle s'efface à son profit. Son regard de côté insiste sur le fait qu'elle est rêveuse (ou fuyante ?). Comme toute femme, elle sait facilement exprimer ses sentiments : elle sourit, elle est heureuse (contrairement à l'homme qui reste un être neutre). Remarquons enfin l'aspect complémentaire de nos deux êtres : l'un est en rouge (le feu, la passion, la violence), l'autre est en vert (la nature, la douceur, l'espérance).

Toute l'affiche joue d'ailleurs sur la symétrie inversée, sur les correspondances : ainsi d'un côté on a le ciel clair et sans nuage, de l'autre on a un ciel chargé. D'un côté l'eau, de l'autre, le feu. D'un côté des couleurs plutôt chaudes, de l'autre, des couleurs froides. D'un côté un plan américain (on s'intéresse aux personnages, à leurs émotions), de l'autre un plan d'ensemble (on s'intéresse au paysage, à sa grandeur, à sa beauté). Et on retrouve, à peu de chose près, le Yin et le Yang (A gauche, l'homme est omniprésent, mais on a une touche de nature à l'arrière-plan ; à droite on a une nature immense, avec quelques traces de présence humaine au bas de l'affiche).

Le slogan "Écoutons respirer le monde" est aussi dans une optique bienveillante : l'impératif présent nous inclut dans le discours et sous-entend clairement la nécessité de vivre en harmonie avec la nature ; la personnification du monde (qui "respire" tout comme un être vivant) rappelle bien toutes les philosophies indiennes ou animistes...

Alors, une réussite, cette publicité ? Pas vraiment... Outre l'aspect traditionnel des rapports homme / femme qu'elle entretient, et son idéologie très "Nature et découvertes" (la chaîne de magasins des citadins qui veulent croire qu'on fait de l'écologie lorsqu'on achète une boussole, des étoiles phosphorescentes à coller au plafond ou un laser de chants d'oiseaux...), on peut s'interroger sur son slogan. En effet, à une lettre près, le mot MONDE devient le mot MODE. Et lorsqu'on regarde nos deux spécimens d'humains, on ne peut nier qu'ils sont vraiment bien habillés (notez qu'en plein désert, notre homme ne sue pas... Mais un héros ne transpire jamais, il faut dire...).

Sans compter qu'entre la MODE et le MONDE, il n'y a que N (haine) entre eux... Et oui, amis créatifs, vous voyez, votre inconscient vous joue des tours... 

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06 mai 2008

De l'art d'être obsédés

S'il est une seule caractéristique qui définit parfaitement cette période bénie et merveilleuse qu'est l'adolescence, c'est bien la frustration, à tout point de vue, d'ailleurs. L'adolescent a soif de liberté, d'évasion, bien sûr. Mais surtout, chez l'adolescent garçon, on trouve un manque caractéristique de sexe qui se double d'une terrible angoisse existentielle sur sa propre normalité. Aussi, le garçon passe son temps à grappiller, comme il peut, la moindre information sur le sexe. Mais comme ce n'est pas évident, et qu'il est délicat et/ou gênant de poser des questions à ses parents et peu intéressant d'interroger ses potes (qui en savent autant que le garçon pré-cité), il n'est pas rare de voir des garçons ressasser leurs angoisses dans leur coin et attendre que ça passe (Mon sexe est-il trop petit ? Comment on met une capote ? Est-ce que je bande bien ? C'est normal de se masturber ? Suis-je homo ? ...).

Lorsqu'on pense tout le temps à quelque chose, il est logique que cette chose ressorte souvent dans nos conversations. Ainsi, si l'on filmait des garçons entre eux, on verrait clairement que la sexualité occupe tout de même une place relativement importante dans leur discours. Bien sûr, cela apparaît sous forme d'insultes, de grosses blagues bien grasses et bien salaces, ou de provocation. Mais c'est logique, en définitive. A partir du moment où l'on est frustré, l'objet de notre frustration devient pour nous une obsession.

Virgin vient de lancer une jolie campagne publicitaire...

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Que voit-on ? Tous les clichés du film pornographique de base : le beau pompier bien chaud et bien galbé (faut-il rappeler que le "pompier" est une manière de désigner une fellation ?), la grosse infirmière blonde salope, avec sa grosse piqûre. On notera qu'on mange à tous les râteliers : l'icône gay (allons-y dans les clichés : le décor à paillettes rouge passion en fond, le petit chien à sa mèmère et, surtout, la jolie petite trace de cambouis sur la pommettes. L'homosexuel est un être sensible et viril à la fois...) et l'icône hétéro (qui n'a pas fantasmé sur ce fameux lieu commun qui dit que les infirmières ne portent rien en dessous ?).

Et tout ça pour me vendre quoi, les amis ? Un quelconque salon de l'érotisme ? Un préservatif nervuré ? Un sex toy amusant ? Que nenni ! Ici, on nous propose un forfait de téléphone. Quel rapport avec le sexe ? Aucun, me direz-vous. Sauf si on capilotracte (on tire par les cheveux... Capillus, le cheveux, et tracter...) à mort, et qu'on va chercher un symbole phallique dans le portable (Encore que, j'ouvre une parenthèse, mais on peut le trouver, ce symbole phallique. Je me souviens d'une pub tchèque d'il y a une dizaine d'années, où on voyait un type, nu, allongé, et qui tenait son portable devant son sexe).

Si j'ai une relative tolérance envers un ado frustré, je suis, en revanche, très agacé par ces créatifs qui sont infichus d'avoir une vie sexuelle ne serait-ce qu'un minimum épanouissante, et qui ne trouve rien de mieux que de nous afficher en 4 mètres sur 3 le résultat de leur misère sexuelle. Vous vous voyez, vous, coller dans la rue, sur de grandes affiches, vos fantasmes secrets ?

Qu'on crée d'urgence une association caritative pour aider ces pauvres gens. On ne peut pas les laisser souffrir comme ça... Il faut les piquer...   

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30 mars 2008

De l'art de bien faire comprendre qui est le patron...

Le café est une boisson d'homme. D'ailleurs, la preuve, c'est que le mot est masculin. Le café, c'est fort, c'est costaud, c'est corsé. Comme un homme, quoi...

Partant de ce principe de base, nos amis publicitaires déclinent les mêmes poncifs dès qu'il s'agit de faire une campagne sur le café. Le café, c'est noir, et le noir, c'est le mystère, mais aussi la séduction extrême. En définitive, boire un café, c'est comme déclencher une furieuse montée d'hormones et de phéromones. Dès qu'on en consomme, la femme s'incline devant nous et ronronne à mort, tel un gros animal félin, qui n'a de cesse que de se frotter sur tout ce qui passe.

Démonstration :

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Chez "Carte Noire", on ne lésine pas, depuis qu'un décérébré a refilé à la marque ce mauvais slogan "Un café nommé désir". En se référant au film d'Elia Kazan ("Un tramway nommé désir"), le produit prend à la fois un aspect culturel et un délicieux parfum érotique (on revoit aisément le jeune Marlon Brando vêtu de son marcel et sa troublante partenaire Vivian Leigh). Donc, depuis, on nous fait le coup du puissant aphrodisiaque à chaque campagne : femme brune, maquillée, avec des lèvres pulpeuses, un vêtement suggestif, noir, lui aussi, et surtout, un nom de café qui signifie non pas "boisson caféïnée" (comme certains naïfs pourraient le croire) mais plutôt "femme en chaleur". Essayez... Susurrez donc "Amaïta"... Vous y êtes ? Incroyable non ?

Mais, on peut, toujours avec le café, être plus vulgaire, ou plus direct, c'est selon... Démonstration :

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C'est limpide. Boire un café en dosette Lavazza, c'est comme aller voir une pute... Sauf que, bon, histoire de mettre un vernis de culture sur tout ça, on nous montre une catin tout droit sortie du XVIIIème... Et là, évidemment, c'est tout de suite plus classe.

Voilà, voilà... Sinon, petite anecdote qui m'a fait bien sourire. En haut, vous verrez une affiche que j'ai découverte mercredi matin dernier à 7h20 en allant au boulot. A 12h15, quand je suis repassé devant, il y avait une petite différence... A mon avis, des stagiaires et des imprimeurs ont dû se prendre des lignes à copier et des conjugaisons à apprendre... Bien fait !

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21 mars 2008

De l'art de laver les cerveaux

Simple et magnifique reflet de la société de consommation, la publicité ne peut absolument pas se permettre d'être autre chose que ce qu'elle est, à savoir une prostituée. Elle vend à des individus du rêve en toc, de l'ersatz d'amour, qui fait croire, un bref instant, au bonheur. Elle est là pour nous refourger des objets qui seront bientôt cassés et/ou obsolètes, afin de les remplacer par d'autres objets de la même trempe.

C'est la raison pour laquelle la publicité est souvent très belle ("Regarde la belle photo que je t'offre, Ô mon spectateur... Tu as vu comme il est joli l'objet que je te présente ?") et/ou joue sur l'humour ("Tu as vu, Ô mon public, comme je suis drôle et spirituelle ? Tu as vu comme je te fais rire ? Tu as noté comme nous sommes complices tous les deux ?").

Mais pour réussir ce petit tour de passe-passe, il faut absolument qu'elle veille à ce que tout ce qui nous distingue des animaux, à savoir l'humanisme, la réflexion, la raison, bref toutes ces notions qui pourraient nous éloigner du libéralisme, soient annihilées.

C'est la raison pour laquelle, dès qu'ils le peuvent, les créatifs s'emparent de tout ce qui pourrait s'éloigner de leurs idéaux, pour mieux le souiller et l'abîmer, afin de le détourner de son sens premier. On se moque de la beat generation en la caricaturant et en la réduisant à un amas de babas-cools imbéciles et dépassés, puant des pieds et élevant des chèvres. On recycle les affiches et les slogans de mai 68 pour les transformer en de vulgaires campagnes d'affichage pour hypermarchés...

C'est ainsi que, depuis plusieurs années, la publicité se régale à reprendre les grandes figures marquantes de notre société, pour les réduire à de simples produits. La preuve en image...

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Ici, c'est le défunt humoriste Coluche qui en fait les frais. Lui qui avait crée les Restos du Coeur pour combattre la précarité de la société, le voici, vingt ans plus tard, le fer de lance d'une agence d'intérim, qui est le symbole même du libéralisme sauvage qui encourage la flexibilité. Et oui, le temps a passé... Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont vite fait oublier que l'intérim était illégal, en France, dans les années 60. Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont fait admettre l'exclusion comme un mal nécessaire à notre petit confort.

Je me demande pourquoi ils n'ont pas pris une photo d'Adolf Hitler ? Après tout, le célèbre dictateur a fait plusieurs métiers lui aussi...

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20 mars 2008

De l'art de recycler tout et n'importe quoi

J'essaye, je cherche, mais rien... Rien de rien... La publicité ne produit que des images laides et idiotes (au mieux) et recycle faute de la moindre idée, sous couvert d'humour, tout et n'importe quoi... La preuve encore dans nos villes avec cette somptueuse et magnifique campagne pour Eden Park.

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Il est beau, il est viril, il est jeune, il a de la gueule, c'est un mec, un vrai, un qui en a. Son regard est franc et clair. Il nous fait face, il nous affronte, et surtout, de son index, il nous désigne. Oui, c'est toi, jeune spectateur que je veux... C'est toi, et pas un autre. Parce que tu es unique... Impressionnant... Sauf que cette affiche est un recyclage à peine déguisé d'une autre, une américaine, lorsqu'on était en pleine propagande, pour encourager l'effort de guerre, et qu'on recrutait à tour de bras.

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De deux choses l'une. Soit c'est une simple coïncidence, ce que j'ai du mal à croire, mais ce qui nous prouverait le manque total de culture de nos amis créatifs ; soit la campagne est un pompage pur et simple. J'opterai aisément pour la seconde solution, à la vue du slogan de la campagne Eden Park : "Merci de porter nos couleurs". Parce que ce slogan possède un délicieux double sens (porter les couleurs évoque le sport et le patriotisme guerrier. C'est un deux en un, comme l'affectionne tant nos amis créatifs).

Et alors ? dirons certains. Où est le mal ? Après tout, l'affiche original n'était pas un chef d'œuvre, et l'affiche d'Eden Park a, au moins le mérite d'être moins "meurtrière".

Certes. Mais je trouve surtout cette opération terriblement cynique. Parce qu'elle avoue sans conteste que la société de consommation prône des valeur qui s'apparentent tout de même à la guerre.

Sans compter qu'aujourd'hui, ça fait cinq ans tout juste que l'armée Etatsunienne s'est engagée dans un conflit imbécile. De là à penser que cette campagne rend hommage à cet anniversaire...

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17 mars 2008

De l'art d'être bien chez soi

Bon, c'est vrai, je suis un peu moins sérieux qu'avant, et mes posts deviennent moins fréquents... Flemme ? Fatigue ? Vie over-bookée ? Lèpre soudaine ? Un peu de tout ça sans doute... Mais, bon, à un moment ou à un autre, ça revient. Il suffit, par exemple de croiser une affiche de publicité pour que, soudain, j'ai envie de la critiquer, de tondre un annonceur, d'ébouillanter un créatif pour l'éplucher plus facilement ensuite.
ça tombe bien... ça m'est arrivé pas plus tard que ce matin...

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Que voit-on sur cette merveilleuse réalisation du XXIème siècle ? Une femme, âgée, qui présente toutes les caractéristiques de la vieille acariâtre, écarte prudemment et mine de rien, son rideau blanc immaculé tout frais sorti de la machine. Chez elle, tout évoque la vieillesse et l'ennui : cela va du papier peint (avec ses olives improbables) au fauteuil marron, en passant par la table pseudo aristocratique. Comme toute vieille dame qui se respecte (et qui ne respecte pas les autres) elle porte un délicieux chemisier vieux rose et un tout aussi délicieux châle bleu passé et tricoté main il y a au moins deux décennies. L'humour de la chose veut qu'elle ait avec elle une grosse paire de jumelles, ce qui lui permet, comme toute bonne vieille, d'espionner ses voisins, puisqu'elle n'a rien d'autre à faire de ses journées (alors, autant aller faire chier les autres...).
Et le slogan, de nous dire qu'il est aisé, grâce à www.consommeàbloc.com, de trouver un nouvel appartement. Et c'est là que le bât blesse... Parce que cette publicité est très gênante, à plusieurs niveaux.

D'abord, et on le note immédiatement, cette publicité, pour faire rire, ne peut pas s'empêcher d'user de la caricature : la vieille (et accessoirement le vieux) a toujours un goût de chiotte et est là pour rendre notre vie la plus pénible possible. La raison est qu'il a une vie tellement vide et inintéressante qu'il se rabat sur la vie des autres. Or, on le sait, cette tendance est universelle et n'est aucunement une question d'âge. Sinon, cela ferait bien longtemps que les magazines comme Closer ou Gala auraient cessé de vendre... On peut être jeune et aigri, vieux et dynamique. Il n'y a pas de règle en la matière. Mais ça, c'est déjà trop subtil pour un créatif...

Ensuite, et c'est sûrement le plus dérangeant, cette publicité est très ambiguë : A qui s'adresse le slogan "Changez de voisins" ? A nous, qui sommes embêtés par le fait que notre vieille voisine toute sèche nous mate, ou bien à cette vieille dame, et plus généralement à ceux, qui sont bien ennuyés par certains de leurs voisins, trop jeunes, trop bruyants, ou à l'odeur trop forte ? Doit-on voir, dans cette photo, si amusante, un appel à la délation ? Après tout, imaginons un instant que le gouvernement de Vichy, en 1942, ait utilisé cette photo...

Une fois de plus, au delà du message très premier degré (achête, consomme, sois heureux) , la publicité, on le voit ici, possède toujours un vieux fond réactionnaire qu'elle ne peut pas s'empêcher d'afficher. Parce que le conservatisme est encore la valeur la plus universellement partagée dans notre monde. Et lorsqu'on doit vendre, on ne s'encombre pas de considérations humanistes...

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07 janvier 2008

De l'art de muscler ses gros muscles...

Il fut un temps, pas si lointain, où tout n'était que ténèbres. Il fut un temps où tout était laid. Il fut un temps où tout était frustre. Il fut un temps où l'Homme rampait, telle une salamandre, au fin fond du marécage de son intelligence molasse (impressionnant mes phrases, non ? C'est pas vous qui seriez capables d'en faire autant... Vous êtes jaloux, hein ?).

Ce temps-là est révolu, sachez-le ! Fini le marasme humain ! Terminé la bêtise ! Adieu la connerie épaisse ! Aujourd'hui, la grandeur de l'Espèce illumine l'Univers. Oui, Madame ! Oui, Monsieur ! Et tout ça en un clin d'œil ! Comment le sais-je ? Et bien, lecteur avide et vampirique, admire la merveilleuse information qui décore les abri-bus niçois. Admire et incline-toi...

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Tu en restes comme deux ronds de flanc (aux œufs !), n'est-ce pas ? Et oui, Ô mon lecteur, il est loin le temps où les actrices ne s'occupaient que de leur physique et nous vendaient des crèmes hydro-énergético-stimulante à l'huile d'oursin vierge des îles Hawaï. Maintenant, il est temps de rajeunir notre cerveau ! Car notre cerveau se fripe telle une chips en plein air avec le temps... Mais voilà la solution : le lifting interne !

Admirez la Nicole toute fraîche, toute pimpante, et toute crédible, dans sa tenue impeccable en train de tripoter sa Nintendo DS. Voyez ce sourire simple digne d'une Joconde des temps modernes, jouant admirablement avec le clair-obscur (ses vêtements / la console de jeu...). Soyez subjugué par cette assurance (tout risque !) affichée par la donzelle...

nintendo_2Et voilà le responsable de son bonheur : le docteur Ryuta Kawashima. On l'aura compris, Ryuta n'est que la caution scientifique du bidule. Il est là pour confirmer le sérieux du truc. Oui public, tu DOIS acheter ce nouveau produit. Car, non seulement il a été tout spécialement conçu pour les stars (dont tu ne feras JAMAIS partie, même si tu as encore la naïveté de le croire...), mais en plus, un SCIENTIFIQUE a vendu son âme trahi la cause collaboré à l'élaboration du machin.

Mais qui est ce docteur Kawashima ? On apprend, sur Wikipédia (http://en.wikipedia.org/wiki/Ryuta_Kawashima), que non seulement ce type existe, mais qu'en plus, il a fait quelques recherches sur le cerveau (mais, bon, on ne nous garantit pas le sérieux du bonhomme... Faut pas trop en demander...).

nintendo_3 Et voilà la dernière info distillée sur l'affiche, le dernier argument massue qui nous cloue le bec (de lièvre). Nicole Kidman est née le 20 juin 1967. Elle a donc soufflé récemment ses 40 bougies... Oui mais voilà ! Son cerveau, lui, mesdames, messieurs, n'a que 24 ans !!! Et peu importe sur quels critères se base cet argument ! On s'en fout ! D'ailleurs, il ne peut qu'être vrai, puisqu'on l'a calligraphié pour l'occasion ! C'est pas une preuve, ça ?

Voilà les amis. Alors, n'hésitons plus, rajeunissons nous aussi nos bulbes rachidiens et nos hémisphères. Il est plus que temps. Et n'hésitez pas à abuser du truc ! Parce que dès que vous aurez atteint l'âge cérébral de 10 ans, vous serez en état de consommer joyeusement encore plus et mieux. ça tombe bien, dites donc. Mercredi, c'est les soldes ! Et dire que vous risquiez de passer à côté du fait de vous jeter à corps perdu dans la consommation. ça aurait été balaud, non ?

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19 décembre 2007

De l'art de créer une société lisse et sécuritaire

dolceVoilà les jolis affiches qui tapissent nos rues en ce moment.  Que voit-on ?  Un homme (ou une femme, car on a la version féminine) en plan rapproché, rasé de près, voire quasi glabre, impeccablement coiffé, coupé de près, en costume et cravate, arbore une superbe paire de lunettes qui lui couvre un tiers du visage et cache ses yeux.
A l'arrière-plan, les décors sont bleus et froids. Tout est impeccable. Pas le moindre grain de poussière.

Alors bien sûr, ici, le message est clair. Dolce et Gabbana est la garantie d'une hygiène irréprochable. Avec cette marque, vous devenez un être parfait, froid, efficace.

Face à cette affiche, on ne peut pas ne pas penser au film de
Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca (1997).
Grand film de science-fiction, ce film raconte comment un héros, aux gènes imparfaits, arrive à contourner les règles d'une société parfaite qui contrôle complètement la généalogie et l'ADN et qui a condamné la fécondation in vivo au profit de la fécondation in vitro.
gattaca3 Même photographie, même lumière, on voit bien, encore une fois combien la publicité recycle plutôt qu'elle ne crée.
Bien sûr la filiation avec le film est tout de même troublante. Dolce et Gabbana semble ici être attiré par une société où le concept de sentiment a disparu...
Mais n'est-ce pas, finalement, le rêve de tout publicitaire, qui fantasme toujours sur une société d'humains robotisés qui ont abandonné leur raison au profit d'une consommation effrénée...

L'image choisie par la marque est aussi une image symbolisant le pouvoir et l'uniformité.
Comment ne pas penser aux organisations gouvernementales secrètes ou non d'ailleurs (le FBI, les Men in Black...) et aux images de différents dictateur (Pinochet, par exemple, adorait les lunettes noires) ?

sarko_raybanBon, bien sûr, si j'étais de mauvaise foi, je ne me gênerai pas pour faire le parallèle de cette campagne avec les photos de notre Délicieuse Altesse Sérénissime... Mais, bon, heureusement, notre Big Boss à nous possède encore une certaine pilosité.
Me voilà rassuré...

Posté par esteban à 07:07 - la publicité est ton amie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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