Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

13 juin 2008

De l'art de dire non !

En mai 2005, la France devait voter pour ratifier le traité de Rome. On nous avait bien prévenus : seuls ceux qui allaient voter OUI étaient de vrais pro-européens. Les vils gueux qui oseraient voter NON étaient en revanche des gens qui n'avaient rien compris du tout, et qui n'étaient que de vils passéistes rampants aux ongles sales, aux cheveux longs et gras... Et on nous avait bien avertis : si le NON l'emportait, ce serait une catastrophe, qui mettrait un coup de frein terrible à la construction européenne, et qui nous ferait sombrer dans les ténèbres sombres de la noirceur...

Les résultats tombèrent : il y eut près de 70% de votants, et le NON l'emporta à plus de 54%... Quelques jours après, les Pays-Bas firent de même.

Deux ans plus tard, on nous sortit d'un chapeau le Traité de Lisbonne. Échaudé par le référendum de 2005, notre Chef Spirituel et néanmoins Grand Prince parmi les Grands décida de passer par la voie constitutionnelle pour ratifier le machin, ce qui se fit. Merveille des merveilles, le nouveau traité fut donc ratifié. Et notre Grand Vizir a eu raison de le faire passer ainsi... Parce que le traité de Lisbonne est un faux jumeau du traité précédent, et qu'il aurait probablement essuyé un nouveau NON par une voie plus démocratique. Voici ce que le quotidien Le Monde daté du 26 octobre 2007 en disait :

" (...) Les juristes n'ont pas proposé d'innovations. Ils sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d'amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992). Le traité de Lisbonne se présente ainsi comme un catalogue d'amendements aux traités antérieurs. Il est illisible pour les citoyens, qui doivent constamment se reporter aux textes des traités de Rome et de Maastricht, auxquels s'appliquent ces amendements. Voilà pour la forme.

Si l'on en vient maintenant au contenu, le résultat est que les propositions institutionnelles du traité constitutionnel - les seules qui comptaient pour les conventionnels - se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérés dans les traités antérieurs. (...)"

Et ce joli texte n'est pas signé d'un obscur gauchiste mais de Valéry Giscard d'Estaing lui-même, auteur du traité de Rome, et plutôt pro-libéraliste ! On peut donc lui faire confiance au vieux machin (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2007/10/26/la-boite-a-outils-du-traite-de-lisbonne-par-valery-giscard-d-estaing_971616_3232.html).

Hier, le traité de Lisbonne fut soumis à la voix des urnes en Irlande. On les avait prévenus : si le NON l'emportait, cela allait nous plonger dans un âge de Pierre terrible... ça ne les a pas effrayés ! Les résultats sont tombés : avec un taux de participation de plus de 50%, les Irlandais ont voté NON à 53,4% !

Il faudrait peut-être que les princes qui nous gouvernent cessent de prendre les peuples pour des paillassons. Il faudrait peut-être même qu'ils s'interrogent sur le pourquoi de ce NON qui ne cesse de tomber lorsqu'on laisse la parole à ces mêmes peuples...

Peut-être qu'il faudrait que les traités soient écrits en langage compréhensible pour tous, et qu'on cesse de nous faire croire que lorsqu'on est pour l'Europe, on doive forcément voter OUI, sans même lire le contrat préalablement.

Ce NON Irlandais me réjouit, parce qu'il me prouve qu'il existe encore des prises de conscience et des refus de manipulation...

Et en plus, l'équipe de France a encore perdu son match de l'Euro ce soir... Décidément, aujourd'hui est une excellente journée.

Posté par esteban à 22:46 - La chronique est ton amie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 mai 2008

De l'art de s'intéresser au monde...

Cela fait des mois et des mois que les médias français traitent de la politique étatsunienne et de ses multiples rebondissements. On nous avait déjà fait le coup il y a quatre ans, on nous remet le couvert. Comme d'habitude, les médias français, allez savoir pourquoi, sont plutôt du côté démocrate si on compte le nombre d'articles, de chroniques et de reportages qui parlent de ce camp.

Si on connaît le nom du Républicain (il faut dire qu'avec un nom de frites, ça se retient), on serait bien en peine de citer les autres candidats du même camp qui ont tenté d'obtenir l'investiture. Inversement, le combat entre Hilary Clinton et Barack Obama déchaîne les passions des journalistes. Un sondage est favorable à l'un ou à l'autre, hop, un article ; une élection pour l'investiture, zou, un reportage ; une déclaration acerbe de l'un ou de l'autre, paf, une analyse en direct...

Mais honnêtement, qu'en avons-nous à faire ? A-t-on informé nos amis étatsuniens des primaires socialistes pour l'élection présidentielle de 2007 ? Je vois bien nos amis texans, devant un tee-bone de 2 kilos, et une bonne Budweiser, la casquette à moitié vissée sur le crâne, regarder, à l'époque, en sous-titré, au fin fond d'un bar enfumé, les débats entre Ségolène Royal, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn...

A la limite, qu'on nous informe sur le futur président étatsuniens, pourquoi pas... Mais ce n'est pas obligé non plus... Et là, j'entends des voix s'élever, en me disant combien mes propos sont scandalisatoires, et combien il est essentiel de connaître la politique de la première puissance économique du monde... Et celle des quatre suivantes, ce n'est pas essentiel ? Et la politique des pays où d'épouvantables dictatures règnent, c'est inintéressant ? (sauf quand, bien sûr, un chouette cyclone ravage le pays... ça c'est bon, coco ! On va se faire de bonnes images bien racoleuses... allez, filme le cadavre qui moisit là-bas.. Parfait ça, pour le vingt heures...) Et même la dernière puissance économique du monde, même celle-ci, ne contient-elle pas des hommes et des femmes qui méritent notre intérêt ?

Parce que ne nous voilons pas la face... John Mac Cain sera probablement le prochain président étatsunien parce que ce pays est en grande majorité conservateur. Et quand bien même Barack Clinton ou Hilary Obama serait élu, qu'est-ce que ça va concrètement changer ? Parce que, malheureusement pour nos amis étatsuniens, la différence entre démocrates et républicains est tellement ténue qu'on serait bien embêtés de dire concrètement en quoi elle consiste... Chez les républicains comme chez les démocrates, on est croyant, pratiquant, pas trop opposés à la guerre en Irak, et pas franchement anti-OGM ou anti-4X4...

A ce propos, je vous conseille les méthodes originales de Michaël Moore dans "Dégraissez-moi ça" pour élire un nouveau président. (page 36, "Ne votez pas, ça les encourage à continuer"). Il propose par exemple une course de 35 tonnes où le premier arrivé gagne, un concours de magie, où David Cooperfield arbitrerait et où on attacherait les candidats dans une caisse hermétiquement close qu'on jetterait dans l'eau. Le premier qui se délivrerait gagnerait... ça me plaît bien tout ça...

Posté par esteban à 06:03 - La chronique est ton amie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2008

De l'art de jouer avec les mots

40 ans se sont écoulés depuis la révolution de mai 68. Il nous reste encore des acquis, bien sûr, mais cette célébration prend parfois des allures de campagne marketing pour vendre des pavés souvenirs en mousse, des compilations des Papa's et des Mama's et des tee-shirts à l'effigie du Che.

En 40 ans, la droite française a changé. A l'époque, persuadée qu'elle serait éternellement aux commandes du pouvoir, la droite ne faisait guère d'efforts et se permettait d'être ouvertement réactionnaire. A l'inverse, la gauche incarnait des forces de progrès sans trop de difficultés puisque l'adversaire était aisément reconnaissable. Mais voilà qu'un jour, il y a eu, en France, une vraie alternance, et nos amis de droite ont pris une bonne baffe dans la figure. Ils se sont dit, un peu tard à l'époque, qu'on ne les y reprendrait plus. Quelques décennies plus tard, ils ont tenu parole...

Mais comment ont-ils fait ? Simple. Ils ont regardé comment leurs amis créatifs et publicitaires vendaient leurs produits. Et ils ont bien retenu la leçon. L'important n'est pas dans le contenu d'un programme mais dans la manière qu'on a de le faire passer. Et ils ont appris à communiquer, tout simplement. Et pour bien communiquer, il suffit d'avoir quelques mots de vocabulaire et de savoir jouer avec les mots.

Ce matin, sur France-Inter, une radio (encore) publique, on pouvait entendre au journal de sept heures le leader d'extrême gauche, Olivier Besancenot, déclarer que ce mois de mai 2008 avait un parfum de mai 68, avec toutes les manifestations à venir. Juste après, on entendait un leader de l'UMP, notre droite préférée du monde, dire que la différence avec mai 68 résidait dans le fait qu'aujourd'hui c'était la gauche qui était conservatrice puisqu'elle restait accrochée à ses acquis, alors que la droite incarnait (comme les ongles... Non, pardon, je m'égare) les forces de progrès puisqu'elle n'hésitait pas à réformer à tout va...

Passé l'instant où j'aurais volontiers étranglé cet homme pour lui faire ravaler ses propos, et celui où j'ai eu envie de mettre le feu à ma radio (ce qui aurait été idiot, puisque je ne dispose d'aucun extincteur dans mon appartement), je restais admiratif devant le glissement sémantique du mot "réforme". La réforme, selon mon gros Larousse est un "changement important, radical, en vue d'une amélioration". Le problème est d'interpréter ensuite le terme "d'amélioration".

Un mot n'a de sens qu'avec la pensée qui l'englobe. Je m'explique. Si je raconte une grosse blague raciste bien dégueulasse, cela n'aura pas le même sens si je suis un militant antiraciste ou si je suis un adhérent d'extrême droite. Et pourtant les mots seront strictement les mêmes. Une "réforme", à la base, n'est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend la pensée politique de celui qui l'énonce. Un changement peut être, selon le point de vue, une excellente ou une très mauvaise chose.

Ainsi, l'important n'est pas de juger un gouvernement au nombre de ses réformes, mais plutôt au contenu de ses réformes.

Je ne doute pas un instant de la sincérité des princes actuels qui nous gouvernent. Je ne peux pas croire que nous ayons à faire face à un groupe de personnes de mauvaise foi qui aime faire souffrir le peuple. De la même manière que je ne peux pas croire que le progrès ne réside que dans le peuple de gauche (même si, je l'avoue, cela m'arrangerait). Il existe des gens intègres dans toutes les formations politiques, et ces gens ont chacun leur conception du bonheur collectif qui peut ou non, rejoindre ma propre conception des choses.

Mais cessons de nous faire avaler que notre prince actuel affublé de son cortège de ministres soit la meilleure chose qui ne nous soit jamais arrivée. Cessons de vouloir nous faire avaler l'idée que refuser une réforme qui nous semble dangereuse est un acte de frilosité. Débattre, c'est écouter l'autre, et construire ensemble, de manière coopérative. Alors bien sûr, avec cette optique, la démocratie devient quelque chose de beaucoup plus complexe que de glisser un bulletin de vote dans une urne lorsque les princes nous le demandent. Mais c'est seulement à ce prix qu'on ne se retrouve pas dans une société où le paraître est plus important que l'être, où l'individuel prend le pas sur le collectif et où les communicants se la jouent strass et paillettes en permanence...

Posté par esteban à 20:38 - La chronique est ton amie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 avril 2008

De l'art de mériter des baffes

Imaginez un peu... Vous avez, en bas de chez vous, un boulanger qui fait un excellent pain, de délicieux croissants et des gâteaux à lécher sa vitrine, tout en répendant des petites flaques de bave. Ce boulanger (ou cette boulangère, ne soyons pas sexiste...) est, en plus, affable, gentil(le), prévenant(e), et n'hésite jamais à vous glisser une tite brioche en plus de temps en temps. Vous êtes un client connu et apprécié à sa juste valeur (et Dieu sait qu'elle est grande, puisqu'on parle de vous, tout de même, et vous n'êtes pas n'importe quel fifrelin de bas étage !). Et puis, une période d'élection arrive, et tandis que vous épluchez nonchalamment les professions de foi, vous découvrez avec stupeur que votre boulanger(e) est tête de liste d'une liste d'extrême droite... Quelle va alors être votre attitude à partir du moment où vous savez clairement les idéaux défendus par ce commerçant, qui, en plus, va afficher en grand, l'affiche officielle de sa campagne dans son magasin, et qui mettra, bien en vue, des tracts bien racistes tout près de la caisse ? Allez-vous continuer à donner votre argent à cette personne, en sachant clairement que vous alimentez un réseau d'idéaux nauséabonds ? Arriverez-vous à ignorer cette propagande, au nom de la qualité de ses baguettes et de ses pains au chocolat ?

L'ami Tom Cruise est très bien placé au sein de la scientologie, secte bien connue, qui propose des pseudo thérapies assorties de théories fumeuses sur les vies antérieures, matinées de science-fiction de bazar avec des extra-terrestres qui seraient nos ancêtres ultimes. La dangerosité de cette secte n'est plus à prouver. Pratiquant le lobbying, cette secte n'hésite pas à employer tous les moyens, y compris ceux qui sont illégaux, pour faire taire tous ses détracteurs. Si Tom Cruise restait discret sur ses engagements il y a encore quelques années, il ne se cache plus aujourd'hui et fait clairement étalage de ses convictions. Il devient donc évident que toutes les recettes de ses films, dont il est souvent producteur ou co-producteur, vont directement dans les poches de la scientologie...

A partir de là, doit-on continuer à ignorer ce phénomène, sous prétexte qu'il fait d'excellents films d'action ? N'est-ce pas une manière de l'encourager dans son prosélytisme en continuant, malgré tout, à rejoindre les salles obscures pour savourer ses oeuvres au son du pop-corn ?

Dès que j'affiche mes opinions, je teste peu ou prou mon auditoire. Et si mon auditoire ne réagit pas plus que ça, n'est-ce pas une manière de me conforter dans mes opinions ? Allez, rêvons un peu, et si on faisait à Tom Cruise le même coup qu'à Didier Barbelivian ? Et si on désertait un petit peu les salles ?...

Posté par esteban à 06:52 - La chronique est ton amie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 avril 2008

De l'art de supporters les supporters

Finale de la coupe de la ligue au Stade de France. Une banderole se déploie du côté des supporters parisiens : "Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les ch'ti". Et les médias de s'offusquer, et les politiques de reprendre en choeur (ou le contraire, je ne sais plus...).

Mais, c'est tout simplement SCAN-DA-LEUX ! Que dis-je SCANDALISATOIRE, même ! Vous vous rendez compte ? Mais j'ose à peine le dire... Il y a  (mon dieu, quelle horreur !) des... racistes et des crétins parmi les supporters de football... Non, là, vraiment, les bras m'en tombent... Fichtre, remettons-nous vite ! Allez, hop, une tite pastille Vichy et ensuite, je file chez Poilane et chez Fauchon... Et moi qui ne m'étais douté de rien...

Il y a une dizaine d'années, j'ai assisté, au stade vélodrome de Marseille, à une rencontre de football. C'était Marseille contre Monaco. Des amis m'avaient convaincu de venir "pour l'ambiance". Il faut dire aussi que la place valait, à l'époque, 50 francs. Évidemment, pour ce prix, j'ai eu droit à une place derrière les buts. Faut-il préciser que la vue était médiocre ? N'empêche que je n'étais pas tout seul. Je me souviens de ce chauffeur de supporters, qui tournait le dos au match pour nous encourager nous, et qui, avant le match, nous incitait à acheter une splendide écharpe ornée du slogan sublime "Paris on t'encule" (je me voyais déjà arpenter les rues de la capitale, engoncée dans ce tissu d'un goût très sûr) ; je me souviens de ce brontosaure cette femme qui, tout près de moi, d'une voix rauque, vociférait des insultes à l'équipe voisine ; je me souviens de la demande de mise à mort de l'arbitre par la foule, lorsqu'il sifflait une faute qui ne convenait pas aux supporters... Effectivement, "l'ambiance" des stades, c'est quelque chose...

Arrêtons de jouer aux vierges effarouchées. Le football est, régulièrement, émaillé d'incidents. Combien de matchs ont été joués tandis que des hordes de CRS sécurisaient les alentours des stades ? Combien d'insultes et d'actes racistes voit-on au sein des stades ?  Combien de Heysel (1985 : des affrontements entre les supporters de Liverpool et ceux de la Juventus de Turin firent 39 morts), combien de Sheffield (2000 supporters avaient tenté de forcer l'entrée pour assister à la demi-finale très attendue de la Coupe d'Angleterre opposant les équipes de Liverpool et de Nottingham Forest. Bilan : 95 morts) devront-nous supporter ?

Le football, sport populaire par excellence, a remplacé les jeux du cirque de l'Antiquité romaine. Il a donc, pour une société, une fonction catharsique et idéologique évidente. Catharsique parce qu'on va au stade pour se défouler, et qu'il vaut mieux que les princes qui nous gouvernent nous offrent des endroits pareils (ça fait moins désordre que dans la rue, non ?) ; idéologique, parce que ce sport (comme d'autres, mais à une échelle plus grande) est une splendide vitrine libéraliste, où le fric domine tout, et où seul le gagnant est encouragé, jusqu'à ce qu'il soit détrôné. J'exagère ? Alors, comment expliquer l'existence et la tolérence républicaine envers des clubs de supporters tels que les Boulognes boys (PSG), Les Ultras de Marseille (OM) ou encore Brigade Sud (OGC Nice), où l'extrémisme et la morale guerrière sont plutôt monnaie courante ? Oui, mais ça, me diront certains, ce sont des exceptions, parce que le football est surtout composé de gentils supporters...

Alors, oui, il doit bien y avoir des gentils supporters, respectueux, et tout et tout... De la même manière qu'il doit y avoir des records sportifs décrochés par des sportifs non dopés... Mais la question que je me pose, c'est de savoir si ces camps-là sont vraiment majoritaires...

Posté par esteban à 07:52 - La chronique est ton amie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 mars 2008

De l'art d'être naïf

Horreur, malheur... Notre présiroi Nicolas 1er a encore chuté dans les sondages. Double catastrophe puisque nous sommes à quelques heures des résultats des élections municipales et cantonales. Et nos quotidiens de souligner que la gauche risque fort de l'emporter dans des tonnes d'endroits en France. Bon, bien sûr, même s'il y a un raz-de-marée rose et rouge dans l'hexagone, ça n'atteindra pas notre bonne vieille ville de Nice, faut pas trop pousser... Gardons quelques délicieux bastions de droite... Mais ceci est une autre histoire...

Dix mois ont passé depuis les élections présidentielles. Dix mois que notre beau et ravissant pays, que le monde entier nous envie (et comme on les comprend tous ces étrangers jaloux et laids. N'oublions pas qu'on nous doit des films aussi puissants que Astérix, Taxi ou Les Bronzés ; n'omettons pas le fait que nous possédons des auteurs aussi grandioses que Guillaume Musso ou Marc Lévy ; revendiquons haut et fort nos Johnny Halliday, Mireille Matthieu, Obispo et autres Barbelivien...), dix mois donc, disais-je qu'une révolution bleutée est passée puis a stationné sur notre douce contrée, puisque, rappelons-nous en, nous sommes passés d'un régime de droite à un régime de droite (oui, en France, on n'hésite pas, on n'a peur de rien !).

Et là, une question me taraude : où est passé l'électorat de droite ? (enfin, à part à Nice, bien entendu...). Où sont passés tous ces gens qui étaient tout contents d'élire, en mai dernier, notre Sérénissime Altesse ? Sont-ils tous devenus, subitement, de gauche ? A moins, bien sûr, qu'on parte du principe qu'un complot, incluant le FBI et la CIA, a été organisé pour truquer les élections ? Ou encore que des tonnes de gens de gauche ont été capturés et manipulés psychiquement par d'ignobles créatures venant d'outre espace afin de mettre un bulletin de vote de droite dans l'urne, et que ces victimes ne se réveillent que maintenant, découvrant avec horreur l'ultime cauchemar qui s'est emparé de la France ?

Plus sérieusement, à quoi peut-on s'attendre en votant à droite ? Loin de moi l'idée de dire que la gauche est un lieu de bien-être où règnent des esthètes nus venant, à tout instant nous masser le dos au son de la lyre, et d'affirmer que la droite est le terrain du grand Satan en personne où des femmes bardées de cuir nous forcent à regarder des séances diapos interminables des dernières vacances à Saint-Sanson-la-Poterie de nos voisins, monsieur et madame Pinchon...

Mais tout de même... Nicolas Sarkozy, tout comme Jacques Chirac, sont des gens qui défendent le libéralisme, avec sa valse boursière et ses licenciements économiques au profit des actionnaires. Ils sont honnêtes l'un comme l'autre, dans leurs convictions, comme le sont d'ailleurs n'importe quels femme ou homme de droite. En gros, la loi du marché est un acquis, et il est impossible de faire autrement. D'ailleurs, la preuve est que le communisme s'est effondré... Il ne peut donc pas y avoir le moindre changement de politique. Et tant pis si ce système engraisse une partie de la planète, tout en faisant crever le reste. C'est comme ça. Le pauvre et le miséreux ont toujours existé. Il n'y a aucune raison que ça s'arrête.

Pourtant, et malgré cette évidence, des gens continuent à voter à droite, et à s'étonner ensuite que les gens de droite appliquent leurs idées. Je n'ai pas, malheureusement de solutions toute faite. J'aimerais. Sincèrement. Mais je n'arrive pas à ne pas me dire que les gens qui votent à droite et qui se plaignent ensuite font preuve d'une sacré dose de naïveté... Ou d'amnésie...

A moins que, en définitive, ce soit eux, les vrais rêveurs, les véritables utopistes...

Posté par esteban à 15:36 - La chronique est ton amie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2008

Un excellent article D'Owen

Une fois de plus, notre prince qui nous gouverne, Nicolas 1er, à travers Emmanuelle Mignon, sa directrice de cabinet, adopte une attitude extrêmement ambiguë vis-à-vis de l'Église de la Scientologie. Owen, sur son blogue, avait écrit un excellent article à propos de Ron Hubbard. Je vous le livre tel quel.

Ron Hubbard, dianétique et scientologie 

Est-il encore besoin de répéter qu’il faut se méfier des sectes et de leurs méthodes insidieuses ? Il existe une abondante littérature sur ce sujet. Pourtant, nombres d’entres elles sont encore florissantes à notre époque, recueillant en leurs seins des âmes égarées en quête d’un sens à leur vie. L’une d’entre elles, la scientologie, est tristement célèbre, de par son histoire mouvementée, ses ramifications partout dans le monde et le crédit que leurs apportent certaines stars comme John Travolta ou Tom Cruise. Pour en savoir un peu plus sur le sujet, je vous invite à plonger dans ses origines au travers de la vie de son génial créateur L. Ron Hubbard.

*** L.Ron Hubbard, la version de la scientologie
Le jeune Ron était un enfant prodige, né dans une famille aristocratique très ancienne. Il était très courageux, un peu justicier et fut un glorieux héros au cours de la seconde guerre mondiale. Brillant étudiant, il participa à de nombreux voyages et expéditions scientifiques. Il était également un écrivain de génie, très productif, et un scénariste dont « Hollywood se souviendrait »

*** L.Ron Hubbard, la version alternative
« Disons que 99% de ce que mon père a écrit sur sa propre vie est faux. » Ces paroles d’un des fils de L. Ron Hubbard sont assez représentatives du personnage. Il a passé sa vie à rouler le monde, à tricher en affaire et à esquiver des poursuites judiciaires. A côté de lui, le personnage de ‘Catch me if you can’ fait figure d’enfant de cœur. « Depuis plus de 30 ans, l’église de scientologie s’évertue à promouvoir l’image de L. Ron Hubbard, son fondateur, sous les traits d’un audacieux découvreur doublé d’un philosophe inspiré. (…) Le plus risible, dans cette imposture, c’est que la véritable histoire de Ron Hubbard est infiniment plus extravagante et plus invraisemblable que le plus éhonté de ces mensonges. » En fait, dès le début, Ron Hubbard était un mégalo-mythomane qui entretenait des rapports assez fantaisistes avec la réalité. Il possédait néanmoins une imagination hors du commun. C’était un conteur né, un baratineur de talent, capable de passionner et convaincre son auditoire.
Enfant d’origine modeste, il était considéré comme plutôt lâche mais incroyablement vantard et bonimenteur. Bien qu’ayant pas mal voyagé (en touriste), le jeune Ron ne semblait pas particulièrement brillant dans ses études. Il fut refusé à l’académie navale et échoue lamentablement à l’université. Il se lance alors dans la carrière d’écrivain de science fiction, il commença en écrivant des romans de gares et terminera par des gigantesques sagas futuristes (par exemple, Battlefield Earth, adapté au cinéma il y a quelques années avec … John Travolta).
Adulte, Ron Hubbard ressemble étrangement à Monsieur Reilly, le héros de ‘La conjuration des imbéciles’, trapu, roux, il parle trop et s’invente une vie. Il passe souvent les bornes, franchissant allégrement les limites du ridicule, comme en témoigne un dialogue entre Ron Hubbard et un dénommé Gruber :
- « Au fait, Ron, vous avez bien 84 ans, n’est-ce pas ?
- Qu’est-ce que ça veut dire ? s’enquit Ron sèchement. »
Gruber brandit le calepin sur lequel il avait pris des notes au cours de la soirée :
- « Voyons : vous dites avoir passé 7 ans chez les Marines, avoir été 6 ans ingénieur civil, être resté 4 ans au Brésil, 3 en Afrique, avoir tourné 6 ans avec votre équipe de voltige aérienne – et j’en passe … Si on additionne, cela donne 84. »
Escroc à la petite semaine, Ron rêve de grandeur : « Dieu devait se sentir sarcastique quand Il a crée l’Univers. Il faut qu’un homme se dresse tous les quelques siècles pour Lui faire ravaler son rire » ou encore plus révélateur : «Hubbard était manifestement un imposteur et un mythomane – mais pas un imbécile, loin de là : il avait l’esprit vif, un réel don de conteur et il était capable de charmer n’importe qui… (…) Il était toujours fauché et essayait d’emprunter de l’argent à tout le monde… Quand nous parlions de ses problèmes d’argent, il disait souvent que le moyen le plus facile d’en gagner consistait à fonder une religion. »

*** La dianétique
Son destin va bousculer avec la sortie de son premier succès commercial : le livre ‘La dianétique : la science moderne de la santé mentale’. Basé sur des expérimentations imaginaires, cette nouvelle science promet par des méthodes simples de guérir toutes les maladies mentales non liées à des lésions. La dianétique arrive au bon moment et devient une phénomène de mode : « Le début des années 50 était le moment idéal pour lancer la dianétique. L’explosion de la bombe atomique, la terreur d’une guerre nucléaire provoquait une atmosphère de désespoir… Là dessus, Hubbard est arrivé en disant que si nous parvenions à améliorer un peu la santé mentale des hommes, le problème serait résolu. Ce n’est donc pas étonnant que les gens aient eu envie de l’écouter. »
Au delà du phénomène de mode, les critiques commençaient à fuser. Selon les scientifiques, la dianétique n’était « qu’une mouture ultra-simpliste de psychothérapie ordinaire épicée d’une dose d’hypnose. May se demandait si l’auteur ne se moquait pas du monde, car on cherchait en vain des critères scientifiques à l’appui de ses théories saugrenues. Des livres comme celui-ci sont nocifs tant par les promesses illusoires qu’ils font miroiter aux personnes désemparées que par leur simplification abusive des problèmes psychologiques. »

*** La scientologie
Sentant le vent tourner, Hubbard passa à une étape supérieure : la scientologie, née des ruines fumantes de la dianétique. La scientologie étant un prolongement logique de la dianétique : elle permettait de s’occuper de l’esprit après avoir pris soin du corps. Les fondements de la scientologie sont dignes d’un des plus mauvais livre de science fiction de Ron Hubbard : elle gravite autour de l’idée que « le véritable moi de l’individu était une entité immortelle, omnisciente et omnipotente, à laquelle Hubbard donnait le nom de Thétan. Préexistants au commencement des temps, les Thétans occupaient et rejetaient des millions de corps humains depuis des milliards d’années. Manipulant l’univers pour leur plaisir, ils s’étaient pris à leur propre jeu au point d’en arriver à se croire rien de plus que le corps qu’ils habitaient. La scientologie se donnait pour but de rétablir les capacités du Thétan de chaque être humain à son niveau d’origine, celui de Thétan Opérant, ou ‘OT’. »
Vous pouviez dès lors, revivre vos vies antérieures (jusqu’à des vies avant l’existence de l’homme, les tristes angoisses d’un bivalve par exemple), et ne plus être limité par votre corps. Ces techniques mènent logiquement à l’immortalité puisqu’il vous suffit de retrouver un réceptacle pour votre Thétan après votre mort. D’autre part, un ‘OT’ est à l’abri de toutes les maladies puisque capable de parfaitement maîtriser son corps.
C’est sur ces bases, quelques peu bancales, que s’est installé ce qui allait devenir une des sectes les plus puissantes de tous les temps. De science, la scientologie allait devenir une véritable religion : « La scientologie adoptait les caractères d’une secte religieuse, qui offre le salut à ses fidèles grâce à des connaissances secrètes dont le chef détient le monopole. (…) La loyauté aveugle qu’inspirait Hubbard à ses fidèles procédait d’un véritable lavage de cerveau. Depuis la guerre, la scientologie prospérait dans un contexte d’instabilité et de contestation où les jeunes, qui cherchaient à donner un sens à leur existence, étaient en quête de nouvelles croyances auxquels adhérer et de nouvelles structures auxquelles s’intégrer. » Ron Hubbard répondait à toutes leurs attentes. Il ne promettait rien de moins que la réponse à nos origines, la vie éternelle, tous les grands secrets de l’univers, un monde en paix dépourvu de maladie. L’absurdité évidente de ces réponses ne semblait pas déranger les adeptes.

*** L’église de scientologie
L’église de scientologie se structure et devient une inépuisable source de revenu pour son gourou qui peut ainsi donner libre cours à ses délires mégalomaniaques les plus fous. Il apparaît rapidement chez Ron des indices de graves problèmes psychiatriques : paranoïa, schizophrénie, mythomanie maladive, sadisme, cruauté, une grave difficulté à faire la différence entre ses mensonges et la réalité.
Face à la critique, l’église de scientologie se pose en martyr, exacerbant les délires de persécutions de Hubbard. Il se met alors en tête d’échapper au gouvernement qui le pourchasse et entreprend une vie de nomade sur terre et en mer. Au cours de ces pérégrinations, Hubbard délire de plus en plus. Il prétend par exemple avoir visité le paradis il y a plusieurs milliards d’années et en donne une vision plutôt saugrenue. Il devient également de plus en plus despotique et cruel avec son entourage. Il instaure divers régimes disciplinaires avilissant. A la fin de sa vie, délirant, déprimé, couvert d’or, Ron Hubbard vit entouré par une garde rapprochée, les messagères, des petites filles en débardeur et mini short, complètements endoctrinées. L’œuvre de sa vie, l’église de scientologie, est devenu un véritable monstre. Exploitant de nombreuses personnes, ayant des ramifications dans tous les milieux politiques et gouvernementaux. On se souviendra, par exemple, de l’opération blanche neige. Celle-ci consistait à investir les organisations gouvernementales américaines (par exemple, l’IRS) pour détruire tous les documents susceptibles de porter atteinte à l’église ou à son représentant. Cette gigantesque conspiration a finalement été démantelée par le FBI suite à la trahison d’un des membres de l’église, mais bien trop tard. La toute puissance de l’église est assurée par des méthodes de désinformations, de discrédit. Ils possèdent des réseaux d’informations qui recherchent des éléments compromettant permettant de faire chanter les personnes qui les dérangent. Les exactions de l’église entraîneront la mort de plusieurs personnes, dont le propre fils de Hubbard. La disparition de L. Ron Hubbard en 1986 à l’âge de 74 ans n’a malheureusement pas sonné le glas de la secte et les successeurs du gourou n’ont rien à lui envier.

*** Conclusion
La vie de L. Ron Hubbard, c’est l’histoire d’un clown qui se transforme en ogre. « A la fois Charlot et Hitler », il a eu un destin extraordinaire et est certainement le « plus impudent et le plus pittoresque des escrocs de ce siècle. » Mais son bébé, l’église de scientologie, se porte on ne peut mieux. Alors, restez vigilant !

*** Pour en savoir plus

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ‘Ron Hubbard. Le gourou démasqué’, une biographie non autorisée du journaliste Russel Miller (dont sont extraites les citations ci-dessus). Il s’agit d’une reconstitution fascinante, bien écrite, et qui a nécessité plusieurs années d’enquête à haut risque. Cela se lit comme un roman d’aventure. « Un livre qui commence comme un thriller et qu’on referme le dos glacé ». Le destin d’un homme hors du commun et qui semble si formidable qu’il ferait sourire la plus crédule des scénaristes. Cette biographie diverge autant que possible de la version romancée et très imagée proposées aux adeptes par les biographes officiels de la secte. La méthode de l’auteur est subtile puisqu’il tourne en dérision la mythologie absurde qui entoure Ron Hubbard en confrontant la version scientologie aux faits provenant d’enquêtes administratives, des recherches dans les journaux et de nombreux témoignages.

Retrouvez Owen sur son blogue : www.owen.monblogue.com

Posté par esteban à 17:25 - La chronique est ton amie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 février 2008

De l'art de dépénaliser

Dans les Lettres Persanes, de Montesquieu, deux persans du XVIIIème siècle partent à Paris et affrontent le choc des civilisations. Entre autre rencontre, ils font la connaissance de Lecomte, français qui maîtrisent plus ou moins leur langue, et qui leur sert d'interprète. A un moment donné, ce dernier leur explique pourquoi les Espagnol sont toujours enrhumés : c'est parce qu'ils passent leur temps à chanter la sérénade sous les balcons des femmes, quel que soit le temps qu'il fait. Un espagnol qui n'est pas enrhumé passe pour n'être pas galant dans ce pays.

Nous avons tous notre cohorte de lieux communs et de clichés sur les peuples et les sociétés, et si nous avons tous plus ou moins conscience que cela mène toujours vers le racisme, on ne peut pas s'empêcher de globaliser pour mieux appréhender le monde. Combien de fois n'avons-nous pas énoncé (ou entendu) qu'on avait fait un pays, tout cela parce qu'on y était resté trois semaines ?... Et de déclarer, d'après cette expérience, que tel ou tel peuple savait faire la fête, construisait de belles maisons, ou encore était très raciste...

J'ai mis longtemps à me décider à aller à Amsterdam. Peut-être à cause de la réflexion qui se fixe sur toutes les lèvres si vous avez le malheur de le dire aux gens. Le nom d'Amsterdam n'est pas fini d'être prononcé qu'on vous prend déjà pour un fumeur de joints, post-soixantuitard, et adolescent attardé en plus de ça.

Pourtant, s'il y a bien un phénomène qui m'a paru minoritaire au regard de mes trois jours à Amsterdam, c'est bien la question de la drogue. Soyons clairs. S'il l'on peut acheter et consommer légalement de la marijuana, du cannabis ou des champignons hallucinogènes, il faut bien avoir conscience que tout cela est réglementé. On fume principalement son joint dans le cadre des coffee-shop, et pas ailleurs.

Et c'est grâce à ce (court) séjour que je suis aujourd'hui convaincu de l'urgence de dépénaliser la consommation du cannabis en France. Parce qu'il faut cesser cette immense hypocrisie.

Posons d'abord les choses de manière simple : que le cannabis soit légal ou non, celui qui veut s'en procurer s'en procurera.

Alors, bien sûr, les adversaires à la légalisation avancent deux points : un point d'ordre moral et un point de santé publique. Du point de vue de la morale, la drogue, c'est (le) mal. Un gouvernement ne peut que proscrire une telle pratique. Du point de vue de la santé publique, les adversaires avancent que la légalisation entraînerait invariablement une propagation et un envahissement de la pratique du joint, qui mènerait à la décadence de la société...

J'éviterai de souligner plus qu'il ne le faut que les adversaires à la légalisation du canabis sont souvent des gens qu'on retrouve à fricoter avec des milieux un peu réactionnaires, opposés à l'avortement, au mariage homosexuel, voulant le rétablissement de la peine de mort... Restons en là, et regardons nos deux arguments.

Ces deux arguments sont parfaitement réfutables. Avancer qu'il y a des pratiques qui pervertissent l'individu et lui font renoncer à sa pureté originelle est un vieux fantasme qui court dans toutes les religions. On retrouve cela chez Adam et Eve par exemple. Arrêtons ces vieux délires : fumer un joint, tout comme boire un verre de vin, ne rend pas mauvais, ou monstrueux. Il n'y a rien de bon ou de mauvais dans tout cela. Fumer est un acte, tout comme conduire une voiture, ou aller faire ses courses. Quant à l'argument de santé publique, il est bien évident que légaliser le cannabis devrait ABSOLUMENT s'accompagner de mesures strictes, d'une interdiction de vente aux mineurs et d'une grande campagne de prévention de santé publique. Il n'est pas question de légaliser comme ça...

Légaliser le cannabis aurait en effet les avantages suivants :

- On casserait des réseaux mafieux entiers qui s'engraissent en exploitant des gens (il faut bien récolter et entretenir les plans, non ?).

- On empêcherait des centaines de jeunes de revendre et donc de goûter à l'argent facile.

- On permettrait aux fumeurs de fumer quelque chose de moins nocif et de contrôlé.

- On viderait un peu les prisons de ces terribles délinquants qui revendaient quelques grammes et qu'on criminalise.

- On éviterait que des très jeunes vendent et se fassent arrêter, puis relâcher, parce qu'ils sont trop jeunes pour avoir un casier judiciaire (ce qui crée un sentiment d'invulnérabilité et d'impunité).

- On créerait des emplois légaux.

Bien sûr, dans l'absolu, la drogue ne devrait pas exister. Faut-il pour autant rejeter les consommateurs ? Et ne peut-on pas faire des nuances entre les drogues dures et les drogues douces ? Est-il si effrayant de se remettre en question, de discuter, de réfléchir ? Argumenter est-il nocif pour la santé ? Qu'est-ce qui empêche les princes qui nous gouvernent d'ouvrir le débat ? Parce qu'une démocratie se doit de toujours dialoguer. Non pas pour gommer toutes les différences et arriver à un consensus molasse, mais pour que toutes idées s'expriment et que chacun puissent se déterminer... C'est si révolutionnaire d'affirmer cela ?

Posté par esteban à 16:31 - La chronique est ton amie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 février 2008

Légère pause

Deux mots. Je reprends mon p'tit sac à dos et mon argentique, pour aller traîner un peu du côté d'Amsterdam. On se retrouve la semaine prochaine. Soyez sages d'ici là.

Posté par esteban à 09:14 - La chronique est ton amie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 février 2008

De l'art d'imaginer d'autres sociétés

Si l'on devait avancer une des grandes idées progressistes de ce siècle, il faudrait, à coup sûr, citer l'idée des congés payés. Cette idée, proprement révolutionnaire, partait d'un paradoxe tout simple : si un individu se repose, il peut être d'autant plus productif dans son travail ensuite.
Bien sûr, en 1936, en France, alors que l'on découvrait les merveilles du travail à la chaine chez nos amis étasuniens, l'idée des congés payés en fit frémir plus d'un. Comment, en effet, le repos d'un individu pouvait-il garantir la richesse d'une entreprise ?

S'affrontaient déjà ici deux idées communes, deux visions du monde, relativement incompatibles : la vision à court terme et la vision à plus long terme.

Effectivement, envoyer un individu en vacances pendant deux semaines le fait manquer à l'appel. L'usine tournera donc avec un homme en moins, et donc la production ne peut qu'en pâtir. Bien sûr, on peut toujours engager quelqu'un, mais il faudra former cette personne, et elle sera moins efficace. ça c'est du court terme.
En revanche, si l'on part du principe qu'un individu reposé travaille mieux qu'un individu exténué, et qu'il y a beaucoup plus de risques d'accidents ou de maladie chez un individu harassé, on comprend vite qu'on a tout intérêt à laisser du temps de repos aux individus.

Lorsque la gauche, il y a un peu plus de dix ans, proposait les 35 heures, il y avait cette même idée révolutionnaire, à savoir qu'un travail ne doit occuper qu'une partie de la vie d'un individu, et que c'est à ce prix, et à ce prix seulement, qu'on peut construire une société plus tolérante et plus ouverte.

Parce qu'imaginer qu'un être humain puisse choisir un travail, qu'il puisse s'y épanouir, qu'il puisse progresser et aussi, en parallèle avoir du temps, se cultiver, est une vraie idée pour laquelle nous devrions nous fédérer et nous battre. C'est tout de même autrement plus motivant, reconnaissons-le, que de se battre pour le pouvoir d'achat (du fric, du fric, du fric !) ou contre l'immense perte de liberté que constitue la mise en place de radars sur les routes ou l'interdiction de la clope dans les lieux publics. Et la meilleure preuve que cette idée est une idée essentielle et révolutionnaire, c'est que nos amis libéralistes font tout pour la mettre à bas.

Avant-hier, en France, on a eu une première : la grève des caissiers et caissières des supermarchés et hypermarchés qui a été bien suivie. Caissiers... Voilà une profession qui fait rêver : une précarité et une flexibilité incroyable, des contrats à temps partiel tout pourri, une considération limitée au minimum, des salaires mirobolants (c'est sûr, 800 euros par mois, ça fait rêver...), des vagues pauses de temps à autre... Bien sûr, quand on voit ça, on est loin d'une certaine idée du travail digne et respectable. Pourtant, soyons clairs, cette profession reflète parfaitement ce à quoi aspire le libéralisme : avoir un vivier d'esclaves dociles et peu payés.

Prenons garde, et soyons solidaires de toutes les professions possibles. Ce qui arrive aux cheminots, aux profs, aux cassiers, ne sont que des galops d'essai de ce qui nous attend tous.

Gardons nos utopies, et n'ayons pas peur de les appliquer. Et je pense toujours à ce film fabuleux de Jean-Michel Carré "Charbons ardents", où des mineurs du pays de Galles rachetaient leur mines et la faisaient fonctionner de manière coopérative. Un documentaire nécessaire, qui devrait être obligatoire à l'école...

charbons

 

Posté par esteban à 12:18 - La chronique est ton amie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »