Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

29 août 2007

Des images plein la tête...

La BD indépendante est, à mon sens, un haut lieu de création. On est loin des personnages plein de pouvoirs, des héros aux incroyables aventures, des détectives qui ont des vies autrement plus palpitantes que les nôtres. On parle de quotidien, de petits riens qui l'égraine, sur un mode à la fois léger et grave. Petite sélection, non exhaustive, de coups de coeur, dans ces autobiographies dessinées.

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Le Combat Ordinaire de Manu Larcenet (éditions Dargaud) raconte l'histoire de Manu, un photographe, qui s'installe à la campagne. On y trouve conté avec douceur sa relation amoureuse avec une vétérinaire qui va soigner son chat, ses interrogations face à la création, ses moments pas évidents avec ses parents, sa complicité avec son frère, et ses angoisses personnelles. Trois tomes à ce jour. Un délice d'intelligence, avec un trait de crayon magnifique, qui sait capter l'humour, la tendresse, mais aussi la tristesse et l'anxiété.

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Journal, de Fabrice Neaud (éditions Ego comme X), prend le pari difficile de tenir un journal intime en bande-dessinée. Fabrice est homosexuel. Il raconte ses amours d'une nuit, ses rencontres éphémères, ses histoires platoniques, ses remises en question de l'écriture et du dessin. Quatre tomes à ce jour, qui relatent son quotidien, de février 1992 à juillet 1996. L'auteur, que j'ai eu la chance de croiser en octobre 2005, du côté du festival de Mouans-Sartoux, et avec qui j'ai passé deux heures à discuter, me disait à l'époque, que ce projet s'arrêtait là pour l'instant... Son oeuvre est passionnante en tout cas, et certaines planches sont d'une beauté photographique impressionnante.

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Dupuy et Berberian sont deux auteurs assez uniques dans le monde de la bande-dessinée, puisqu'ils dessinent et scénarisent à deux. Impossible de distinguer vraiment qui fait quoi sur quelle planche... Papas de Monsieur Jean (un auteur d'une trentaine d'année avec ses histoires d'amour et d'amitié, et, fait assez rare, qui vieillit au fur et à mesure des albums) et d'Henriette (une adolescente disgracieuse qui tient son journal intime), ils se sont lancés, en parallèle de la création du tome 3 des aventures de Monsieur Jean, dans la tenue d'un journal intime. ça a donné Journal d'un album (éditions L'association). Véritable making-off passionnant, on entrevoit bien le travail d'auteur de bande-dessinées et son quotidien, fait de doutes, de repas de famille et de coup de bourre.

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Et sinon, faites un tour sur le blogue de Fafé, alias Madame Fa. Délicieux quotidien niçois, dessin à craquer. Un univers vraiment touchant.

http://fafe.m.free.fr/madamefa-blog/

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24 octobre 2006

Le combat ordinaire, de Manu Larcenet

combatordinaire_sJe connaissais Manu Larcenet depuis un moment. J'avais été, dans ma folle et intrépide jeunesse (j'avais alors des cheveux longs, un chopper, des bagues plein les doigts, et une cape rouge vif... quelle époque...), abonné au magazine Fluide Glacial.

Et puis, un jour, il n'y a pas longtemps, on m'a offert le tome 1 du Combat Ordinaire. ça a été une grande claque, et une belle découverte.

C'est l'histoire de Manu, un photographe de guerre qui en a marre de photographier la guerre, justement, et qui veut passer à autre chose. Manu vit à la campagne, retiré. Autour de lui, gravitent son frère, ses parents, une bien jolie vétérinaire, et accessoirement son psy. Parce que Manu a fréquemment des crises d'angoisse. Parce que son procéssus créatif est en panne, parce qu'il doit faire face à la vieillesse de ses parents, parce que son père est atteint d'Alzheimer, parce que la communication avec son frère, ce n'est pas toujours ça...

larcenet_03Alors, on le suit, Manu, et on s'y attache. Manu, c'est un personnage pétri de doutes et de certitudes qu'il ne cesse de remettre en cause.

Manu, c'est aussi un double du dessinateur. Parce qu'il y a évidemment une part autobiographique dans tout ça. Et on entrevoit, à travers son personnage, toute la fragilité et toute la sensibilité de Larcenet.

Dans cette fiction, on sent qu'il se livre au creux de ses coups de crayon, et c'est extrêmement touchant. Loin d'être égocentrique, cette quasi autobiographie est passionnante à lire. Parce qu'on aborde des questions comme la mort, la vieillesse, ou le processus créatif.

larcenet_01Manu Larcenet a aussi l'avantage d'être quelqu'un de productif qui ne nous fait pas attendre trop longtemps. En trois ans, il a fait paraître trois albums de sa série. Et pourtant, malgré le peu de temps qui sépare la parution de chaque album, on peut être fasciné par l'évolution de son trait. Manu, le personnage, prend de la chair, de la force au fur et à mesure.

Les doutes de Larcenet sont alors manifestes au sein même de sa création, puisque son personnage change, tout comme nous. Manu est désespérément humain, ce qui le rend encore plus proche de nous.

Les traits changent, et pourtant, ce n'est pas choquant, on s'en aperçoit à peine, à la première lecture, tellement les trois albums sont liés et fluides.

"Le combat ordinaire", c'est donc le combat que l'on mène tous les jours, pour se lever, pour avoir la force de continuer, mais c'est aussi celui d'affirmer nos idées et nos convictions politiques.

Et une fois que vous aurez lu cette BD, il vous faudra vous plonger dans "Le retour à la terre", plus optimiste, plus drôle, mais tout aussi intéressant. Promis, je vous en parlerai une de ces prochaines fois...

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Posté par esteban à 11:35 - La BD est ton amie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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