"Quelle expérience de vivre dans la peur. Voilà ce que c'est que d'être un esclave". C'est Roy, l'humanoïde répliquant dans Blade Runner, de Ridley Scott (probablement son meilleur film, soit dit en passant) qui le dit à Deckard (Rudger Hauer face à Harrison ford, dans, probablement aussi, leurs meilleurs rôles).
Notre Nini premier, à qui on a certainement dû souffler cette citation, se l'est, à coup sûr, faite sienne, et c'est ainsi qu'on a vu, ces dernières semaines, apparaître une mystérieuse et angoissante menace terroriste, avec des voyants rouges qui clignotent (mais, entre parenthèses, où sont ces voyants rouges ? Y a-t-il une salle secrète, sous l'Élysée, pleine de machines qui font bling et qui font blang, et avec des lumières qui s'allument et qui s'éteignent ?).
Malheureusement, l'idée n'a pas vraiment pris, malgré une immense bonne volonté de France 1 et de TF2.

Et voilà qu'une vague de grévistes gauchisants à sandales et gilets en peau de mouton déferle sur la France.

Fidèles à leurs idées (en fait, il n'y en a qu'une seule, à savoir qu'ils ont raison et que, si on n'est pas d'accord, c'est parce qu'on est bêtes, ou qu'on ne fait pas beaucoup d'efforts, et qu'on a mal compris), les Princes qui nous gouvernent parient sur le pourrissement et l'essoufflement... Bon, pourquoi pas ? C'est une tactique comme une autre...

Tant que les manifestants sont composés de cortèges de lycéens branleurs, plus occupés à sécher qu'autre chose, de professeurs ravis de se la couler douce et de vilains syndicalistes irresponsables complètement inconscients des réalités de la vie, les Princes se permettent d'être narquois ! Mais voilà que le conflit touche soudain aux raffineries pétrolières, et là, ça sent un peu le roussi.

L'essence, c'est sacré, pas touche, c'est même très vilain de bloquer... Alors nos admirateurs de Nini le Grand,  dans une grande tradition de propagande, et plutôt que de se taire (sont-ils bêtes ?!) ont commencé à nous expliquer que ça ne servait à RIEN de toucher aux raffineries, que, de toute façon, toutes les raffineries n'étaient pas en grève, et qu'on avait tout plein de réserves, et qu'on pouvait tenir des mois... Alors, bon, amis branleurs grévistes, laissez tomber, on s'en fiche, na !

Jusqu'ici, je m'étais toujours dit qu'aller faire un plein de toute urgence, alors même qu'il me restait un quart de réservoir, et que je ne fais qu'une trentaine de bornes par semaine, relevait de l'idiotie pavlovienne de la société de consommation, qui repose avant tout sur le règne de la bagnole toute puissante... Mais voilà que l'Élysée veut jouer au mépris... Et une délicieuse idée a germé dans mon cerveau malfaisant : Si nos Princes semblent tellement inquiets de la tournure que prennent les événements, ça vaudrait peut-être le coup d'en profiter.

Du coup, je suis allé faire un joli plein d'essence : 55 euros de bon gros gasoil bien gras en moins chez BP...

Allons-y les amis, siphonnons les stocks d'essence, soyons solidaires des grévistes. Aller faire son plein d'essence devient pour la première fois un véritable acte de lutte, de civisme et de solidarité !

Quant à ceux qui voudraient que le conflit cesse (amis de l'UMP, par exemple), faites aussi le plein : un gouvernement ne peut pas se permettre de faire pourrir un mouvement si l'économie (la sacro-sainte) est mise à mal. Vous allez, grâce à votre geste simple, contribuer à la remise en ordre du pays, en donnant les moyens, à tous, de négocier rapidement...

Comme quoi, finalement, une sortie de crise, ça peut se plier en deux, deux...