Je sais, c'est mal de se réjouir du malheur d'autrui. Mais comment résister ? Il faut dire aussi que j'ai la rancune tenace... En 1998, il m'avait fallu supporter avec patience les cornes de brume, les drapeaux aux fenêtres et les hurlements avinés des aficionados. Plus rien ne comptait à l'époque. La planète aurait bien pu crever, on s'en footait...

J'avoue que j'ai lancé une prière au début du mondial... Je ne me suis pas adressé à Dieu, assez surbooké depuis pas mal d'années. Non, je m'étais tourné vers le Père Noël, qui est en RTT 364 jours par an. Et bien le calcul a été bon, puisque le résultat est bien au delà de toutes mes espérances.
Non seulement on est débarrassé de la frénésie footbalistique, mais en plus on nous offre un spectacle des plus réjouissants, lorsqu'on imagine Quick mâcher avidement ses affiches de pub, Adidas brûler ses maillots de l'Équipe de France, le Credit Agicole faire fondre ses cartes de crédit ou encore TF1 qui s'offre le luxe de perdre la modique somme de 10 millions d'euros en recettes publicitaires...

Cela dit, il est tout de même fascinant de voir combien le football est une parfaite illustration du libéralisme, avec sa culture faite de fric et de winner.

Et c'est là toute l'importance du football : il permet insidieusement de faire passer des idées incroyablement injustes auprès de l'opinion publique. Car on est bien dans le culte de la personnalité, de l'individu qui prime au détriment de la collectivité, dans l'encensement des plus forts et dans le lynchage des plus faibles (quelles que soient les conséquences psychologiques pour les uns ou pour les autres), dans l'idée qu'un individu (un joueur de foot en l'occurrence) peut s'acheter et se vendre comme un simple produit consommable, que la prostitution est une chose communément admise (on se souviendra de cette immense maison close ouverte juste avant le Mondial en Allemagne en 2006, ou, plus récemment des déboires de Zaïa offerte comme cadeau d'anniversaire à Franck Riberi...), que la traçabilité des produits dérivés du football (ballons, maillots de l'équipe, drapeaux...) importe peu pourvu qu'on s'amuse, nous, les supporters...

Le plus effarent reste cet immense lavage de cerveau voulu et orchestré par les princes qui nous gouvernent et des médias à leur botte, car le foot rassemble tout le paysage politique, y compris les gens qui, en temps normal, combattent ces idées libéralistes. Et même les plus progressistes d'entre nous se retrouvent à traiter de pisse-froid et d'extrémistes tout ceux qui remettent en cause leur sport favori...

Le foot, véritable fils de pub, est une impeccable machine à fabriquer de la pensée unique qui sait très bien, à grand coup de fric, faire taire les opposants.
Amis anti-foot, profitez bien du petit bol d'oxygène qui nous est offert. Parce que dans deux ans, on remet le couvert avec la coupe d'Europe...