Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

29 octobre 2009

De l'art de faire de l'écologisme de salon...

Depuis une petite poignée d'années, le discours écologique est enfin entré sur le devant de la scène politique. Il faut dire qu'aujourd'hui, il faudrait être d'une formidable mauvaise foi pour croire encore un seul instant que la planète est un bien inépuisable dont on peut disposer comme bon nous semble, sans aucune conséquence.
Il y a donc une urgence. Et petit à petit, la population mondiale, en traînant les pieds, reconnaît qu'on ne peut plus jouer à Carpe Diem...
Depuis une petite poignée d'années, le documentaire est enfin reconnu et bénéficie de plus gros moyens financiers, de sorties et de distributions nationales.
Cette année, le documentaire écolo est à la mode, puisqu'on a eu pas moins de trois gros blockbusters qui ont débarqué dans l'hexagone, à savoir Home de Yann-Arthus Bertrand, Le syndrome du Titanic de Nicolat Hulot, et de The Cove de Louie Psihoyos.

Dans les deux premiers, on nous montre, image à l'appui, que la terre souffre et que nous courons à la catastrophe en continuant ainsi. Dans The Cove, on dénonce un superbe trafic de dauphins dans une baie japonaise. Bande-annonces :

 

 

 

 

On ne peut qu'abonder dans le sens de ces trois documentaires, et à la vision de chacun des trois, on ressort écoeuré avec un vilain sentiment d'impuissance, entremêlé d'une envie de faire la révolution et/ou de foutre le feu à deux ou trois endroits...

Et pourtant, je n'arrive pas à adhérer pleinement à ces trois oeuvres. Et ce pour deux raisons principales :
- La première, c'est justement la trop grande beauté des images. Dans Home, par exemple, on se croirait, à chaque instant, dans un catalogue Nouvelles Frontières. Bien sûr, c'est un parti pris. On veut nous montrer que la Terre est belle et fragile... ça peut marcher avec certains... mais pas avec tout le monde. C'est un peu comme si je voulais faire de la prévention routière avec seulement de superbes images de routes, de voitures de collection et de familles heureuses en train de pique-niquer sur des aires d'autoroute, le tout sur de la musique qui dramatiserait mon propos...
- La seconde, ce sont les moyens qui ont servis à financer ces trois films. Deux des trois (Home et The Cove) sont des productions Europacorp, autrement dit des productions Besson. C'est le même Besson qui arrose la planète de films ineptes au discours souvent limite (légitimation de l'auto-défense, misogynie, racisme ordinaire, discours anti-flics et anti-gouvernement, valorisation de l'individu au détriment du collectif...). Quant au Syndrome du Titanic, c'est, entre autre, TF1 qui s'y colle, la même chaîne privée qui veut libérer de la place dans notre cerveau pour y vendre du Coca Cola, comme nous le disait sincèrement, voici quelques années, un de ses dirigeants. Il y a là, il me semble, une certaine ambiguïté gênante.
Car, dans ces trois cas, les productions donnent l'impression de s'acheter une conduite...

Si ces trois documentaires alarmistes sont produits et distribués, c'est peut-être parce qu'il y a des gens sincères dans ces sociétés... C'est peut-être aussi parce que ces groupes de production et de financiers savent pertinemment qu'ils ont tout à gagner et pas grand chose à perdre dans tout ça. Ces films ont le rôle du bouffon qui peut tout dire au roi, mais qui ne change guère la conduite du monarque.

Alors, bien sûr, ces films sont mieux que rien du tout. Peut-être qu'après tout, je suis blasé ou déjà convaincu et que j'attends beaucoup plus. Possible... N'empêche que les trois films évitent soigneusement de pointer le véritable ennemi, à savoir la société de consommation et le libéralisme. Mais le peuvent-ils ? Peuvent-ils réellement cracher sur la publicité et ses conséquences délétères à tout point de vue ? Mord-t-on si facilement la main de celui qui nous nourrit ? Le point le plus ennuyeux du discours écolo, c'est qu'on ne peut pas sérieusement soutenir la société de consommation, et qu'il n'y a aucune demi-mesure... Imaginer un seul instant qu'il suffira de recycler trois déchets et de mettre des ampoules basse consommation pour sauver la planète relève de la douce illusion. Mais ça, évidemment, c'est délicat à affirmer quand on est financé par la publicité (le générique de Home, où des dizaines de marques se rassemblent afin de former le mot HOME, est sur ce point très parlant !)

L'ennemi de la planète c'est avant tout ce système économique suicidaire qui ne vise qu'à l'enrichissement personnel et à la domination à court terme, quelles que soient les conséquences humaines et écologiques. Mais, c'est sûr que, dit comme ça, c'est moins émouvant qu'un dauphin qui se vide de son sang dans des filets... Et ça a moins de chances de passer au 20 heures de TF1...

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19 octobre 2009

Le métro est ton ami (part 3)

kontroll_2Pour terminer notre parcours souterrain, voici un petit bijou qui n'a pas eu la chance de bénéficier d'une sortie nationale, malgré une sélection dans la section "Un certain regard" de Cannes en 2004, et que nous a heureusement déniché et édité Mad Movies en DVD, voici quelques mois. Il s'agit de Kontroll de Antal Nimrod.

C'est l'histoire de cinq contrôleurs dans le métro de Budapest, en Hongrie. On s'attache plus spécialement à l'un d'eux qui reste toujours dans les sous-sols, et ne va jamais voir le jour. Dans ce métro erre aussi un tueur mystérieux. Et au milieu de tout ça, va se tisser une bien belle histoire d'amour.

Passages hilarants (le contrôleur atteint de narcolepsie par exemple), photo de toute beauté (les errances sur les rails), moments poétiques et surréalistes (la présence du hibou ; la rave...), excellent scénario, réalisation alerte et rythmée, acteurs vraiment bons, bref, à ne surtout pas louper !

En fait, Kontroll ressemble à Subway, de Besson, mais avec un véritable réalisateur talentueux aux commandes...

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18 octobre 2009

Le métro est ton ami (part 2)

end_of_the_line_us_Maurice_DevereauxDeuxième mise en bouche de notre tite saga underground.

Cette fois-ci, c'est un film canadien à petit budget, mais de qualité : End of the line de Maurice Devereaux.

Un sympathique gourou, accessoirement prédicateur, annonce l'apocalypse imminente : les légions de Satan s'apprêtent à débarquer sur Terre. Le religieux frapadingue envoie alors ses hordes de fanatiques avec, pour mission, de tuer tout le monde afin de sauver les âmes des innocents.

Huis-clos étouffant dans le métro, le film, malgré un budget serré, bénéficie d'un scénario bétonné et d'acteurs très motivés. Coup de chapeau aux fanatiques, avec leur affreuse petite chanson entêtante "Brother, Sister, hear the Voice. Hope is God, and God is Love..."

Et, pour le coup, la fin du film est vraiment terrifiante !

(à suivre)

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17 octobre 2009

Le métro est ton ami (part 1)

Midnight_meat_trainLes couloirs du métro symbolisent probablement le royaume des morts tenu par le puissant Hadès.

C'est en tout cas ce que je me suis dit à la vision de trois films où les héros déambulent dans ce lieu labyrinthique.
Le premier, c'est donc Midnight meat train, de Ryuhei Kitamura. Un photographe en manque d'inspiration se retrouve face à une galeriste vacharde qui lui recommande d'insuffler plus de vie à ses clichés. Et voilà notre photographe qui va se retrouver à prendre les derniers métros, qui sont hantés par un terrible et implacable tueur.
Adapté d'une histoire de Clive Barker, le film, plutôt inventif (bien vues les caméras subjectives à l'intérieur des victimes ; pas mal aussi le (faux) plan-séquence à l'intérieur du métro...) tient ses promesses (malgré une bande-annonce un peu racoleuse) et bénéficie d'une photographie belle et soignée.

Dommage que la fin soit tout de même prévisible et trop démonstrative.
Dommage aussi que le titre soit aussi pourri et qu'il offre un spoiler de taille si on y prête un peu attention...

(à suivre)



 

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16 octobre 2009

De l'art de bien parler

La rhétorique, dans la Grèce Antique, était l'art de bien parler, de maîtriser le langage. On avait déjà compris, à l'époque, que celui qui maîtrise le langage peut contrôler le monde, pour peu qu'il ait, à ses côtés, une force brutale, prête à maintenir l'ordre.
Orwell, dans 1984, n'expose pas autre chose avec l'avènement du Novlangue qui, officiellement, simplifie le langage [on contracte tout (Novlangue = nouvelle langue), on simplifie la grammaire et on raye du dictionnaire tous les sens figurés et/ou philosophiques des mots tels que liberté ou égalité] et qui, officieusement, l'appauvrit, pour mieux contrôler les pensées et asservir les gens.

Les rhétoriciens avaient mis en valeur tout un tas de procédés destinés à mieux faire comprendre un discours. Ces procédés imagés, appelés figures de style ou de rhétoriques, se divisent en trois catégories : l'analogie (comparaison, métaphore...), l'opposition (oxymore, antiphrase...) et l'insistance (anaphore, répétition...).

Si on peut reprocher une relative inculture et une certaine capacité à nuire à nos amis publicitaires, force est de constater qu'ils ont parfaitement saisis ces procédés.

C'est ainsi qu'a germé, une fois de plus, au début de l'année, cette somptueuse campagne pour France Info...

PHOT0155Que voit-on ?

Sur cette affiche, une jeune fille ouvre un réfrigérateur. La lumière se fait sur elle. A sa gauche, un groupe de militaires embusqués est en mission, prêt à intervenir.

Une tite analyse ?

On est ici clairement sur la figure d'opposition : Cela évoquerait presque la célèbre photo de la jeune fille à la fleur (où une jeune hippie, pendant une manifestation pour la paix, dans les années 60 aux États-Unis, offre une fleur à des militaires sur-armés). Les oppositions : extérieur / intérieur ; homme / femme ; force / douceur ; singulier / pluriel...

On nous expose donc un certain ordre du monde basé sur une juste répartition des choses : l'homme fait la guerre, la femme est à la cuisine...

PHOT0160Jetons maintenant un oeil sur cette autre affiche faisant partie de cette même campagne...

Que voit-on ?

A droite un gardien de but lève les mains, pour arrêter un ballon ou pour célébrer une victoire. A gauche, un jeune noir lève aussi les mains. Il va certainement être arrêté, ou pire, vu le blindé derrière lui...

Une tite analyse ?

Encore une fois, on note les oppositions (et l'ordre juste des choses : les noirs en Afrique se battent tout le temps, nous, on sait rester sages et s'amuser...) : noir / blanc ; guerre / jeu ; vie / mort... Mais le geste commun des deux hommes appelle aussi la comparaison...

Et c'est sur celle-ci que repose tout l'argumentaire de cette campagne... Tout est équivalent, tout est mis sur le même plan... La guerre, la cuisine, le foot... On passe de l'un à l'autre, sans transition. Tout est livré en vrac. Le slogan "la vie en continu" est si proche de l'expression "la vie continue"... Show must go on, diraient certains... Et peu importe s'il y a des morts ou des arrestations arbitraires, on gommera tout ça par autre chose (car le sens de lecture de ces affiches va de gauche à droite... Logique !). Voilà donc le message de cette campagne. L'information est un produit comme un autre, peu importe son contenu...

Nos amis les requins du marketing ont réussi à vendre un message aussi odieux à l'état, à nous, et à nous prouver que le service public raisonne aussi en terme de productivité, de chiffres et d'amalgames...

Mais où sont les plumes et le goudron d'antan ? J'ai une furieuse envie de les utiliser...

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15 octobre 2009

religulous, de Larry Charles... Un film athée, sinon rien !

religulousJe sais, c'est facile. Mais tout de même, ça fait un sacré bien !

Il faut dire qu'ils ne sont pas pléthore les films de propagande athée...
Il est toujours intéressant de constater que les films religieux, ou à discours religieux sous-jacent, fleurissent bien plus facilement sur nos écrans. Je repense bien sûr à la plaisanterie boursouflée de l'ami Gibson La passion du Christ, où l'on suit la longue souffrance et la lente agonie de "celui-qui-endure-tous-les-péchés-du-monde-présent-et-à-venir" et, mon Dieu, que c'est pénible ! (Et que je te fouette au ralenti avec des fouets à petits piques ; et que je te fasse tomber sous le poids de ta croix dans des gerbes de sang...).
Mais on peut aussi analyser, à travers cette grille tout un tas de productions hollywoodiennes, comme Matrix, par exemple, où un messie (nommé Néo, pour ceux qui n'avaient pas compris) sauve le monde de son aveuglement après avoir séduit Trinity (Sainte Trinity, priez pour nous...) ou comme Vendredi 13, où un dieu vengeur, digne de l'Ancien Testament, dézingue tout un tas de fornicateurs et autres pêcheurs fumeurs de joints.

Bref, Religulous est un documentaire délicieusement impertinent avec tout un tas de cul-bénis. Et même si le film reste plus distrayant que pédagogique, ça fait du bien de voir nos amis juifs, chrétiens ou musulmans et autres croyants en prendre pour leur grade et s'empêtrer dans leurs contradictions. On retiendra, par exemple, ce Lunapark chrétien, au fin fond des États-Unis, où un Jésus d'opérette, évoluant dans une comédie musicale franchement mauvaise, se fait applaudir et filmer par un public fasciné, tandis qu'un romain le latte à grand coups de sandales...
On retiendra aussi, et c'est plus inquiétant, ces gens de pouvoir, comme ce sénateur élu, qui remettent en question les théories de l'évolutionnisme de Darwin ou ces musulmans qui justifient des actes de barbarie comme le meurtre en 2004 de Théo Van Gogh, le réalisateur néerlandais.

Bill Maher pousse ses adversaires dans leurs derniers retranchements. Parce qu'il les connaît les textes sacrés le bougre. Et qu'il veut se positionner comme un défenseur du doute, face à des gens pétris de certitudes. Et même si la fin est un peu pompeuse et démonstrative, on sort de la vision de ce documentaire à la Michael Moore avec un sourire immense et une foultitude d'arguments, qu'on a bien envie de tester auprès de nos amis béni-oui-oui...



 

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14 octobre 2009

Une bien étrange coïncidence...

J'aime bien la littérature jeunesse. D'abord parce que, contrairement à sa consoeur la littérature vieillesse, elle se prend moins au sérieux, ensuite, parce que j'y trouve plus d'audace et de dépaysement.

C'est ainsi que m'est tombé entre les mains, l'autre jour, un peu par hasard, l'histoire d'un jeune garçon, peu aimé par sa famille, qui se retrouve, suite à une missive magique, dans une école de sorcellerie où la plupart des professeurs sont des morts-vivants, des vampires, des sorciers ou des loups-garous.
Dans cette école, où les portraits peuvent vous suivre des yeux, notre héros sympathise avec une jeune fille et un autre garçon.
Et nos trois personnages vont sceller une alliance car une lourde menace plane autour d'eux...

Comment ? J'entends des discussions au fond... Vous connaissez ce livre ? Ah bon... Et vous dites qu'il est super célèbre ?... J'ignorai...

Moi qui pensais vous faire découvrir L'île du crâne de Anthony Horowitz...

l_ile_du_craneÉcrit au début des années 90, le bouquin a bien passé la rampe, avec une intrigue qui happe son lecteur, un humour souvent caustique et hilarant, et un personnage principal avec une vraie psychologie.

La suite (Maudit Graal) raconte la mise en place d'un terrible complot destiné à détruire l'école de sorcellerie. Et tout ça a rapport avec le Graal maudit  une coupe, qui doit être remis au meilleur élève...

Moins alerte que le premier opus, cette séquelle a le mérite de nous faire retrouver David, le héros, et c'est toujours un plaisir !

Deux livres jeunesse plutôt malins donc qui ne prennent pas le lecteur pour un gros niais. A recommander donc.

Comment ? Vous dites ? Harry... Potter ?

C'est quoi ça ? C'est vieux ?

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