Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

29 août 2009

Un zeste de 80's revisité...

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Grands airs dans les hautes-Alpes

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20 août 2009

De l'art de l'insistance

Avant-hier, je parlais de l'art de nos amis publicitaires qui s'accrochent aux idées majoritaires et souvent bien conservatrices afin de vendre au plus grand nombre leur drogue dure. Il faut bien reconnaître que, du côté des puissants, les moyens mis à leur disposition sont bien supérieurs à ceux mis à la disposition de la résistance et de la contradiction.

Il faut aussi intégrer le fait que résister est souvent désespérant et épuisant, surtout lorsqu'en face, on a l'impression d'avoir un interlocuteur qui est inébranlable et qui sait qu'il triomphera à plus ou moins long terme.

Pour mieux comprendre ce phénomène, il suffit de se pencher sur le portable et la télé-réalité, deux instruments d'oppression parfaitement représentatifs de la société de consommation, qui ont fini par s'imposer, alors même qu'ils avaient suscités, il y a une dizaine d'années, une forte résistance.

Le portable est un objet qui renforce notre orgueil et notre égocentrisme. En effet, il part du principe que nous pouvons/devons être joint partout et tout le temps par n'importe qui. Un portable qui sonne beaucoup est signe d'action, de mouvement et surtout un signe que nous sommes beaucoup appréciés. Un portable qui sonne fait passer au second plan tout le reste, même si cela doit mettre notre vie en danger, si on est au volant par exemple... Objet de culte, le portable est devenu un confident qui nous relie au monde par le biais d'internet, qui nous permet de photographier, de lire, de jouer à des jeux vidéos... Pourtant, au début, combien était-on à résister, à nous moquer des accrocs au portable qui hurlaient dans la rue, à comparer le portable à un objet phallique et/ou transitionnel ?... Mais les puissants ont bien vu la manne qu'il y avait, et ils ont fait appel à des publicitaires pour transformer les inconvénients du portable en avantages. Et on a fini par tous y croire aux forfaits ILLIMITÉS qui nous rendait LIBRES, alors qu'en réalité, on s'attachait un boulet au pied et on se réjouissait d'être un esclave aux ordres d'un simple objet... Tout comme Dieu, le portable est partout, et permet de tout faire ou presque, et d'avoir, enfin, après tous ces siècles, le sentiment d'être omnipotent et omniprésent... Et paradoxalement, le portable nous a rendu trouillards comme pas deux. Dès qu'on n'arrive pas à joindre quelqu'un, c'est qu'il est forcément arrivé quelque chose. Impossible de sortir de chez nous sans prendre notre portable... Au cas où... Les parents en offrent à leurs enfants pour mieux les pister. Et nous sommes toujours ravis de l'avoir au cas où nous soyons un jour coincés, en panne, dans une forêt isolée et lointaine (alors que, franchement, ça vous est arrivé souvent, vous, ce cas de figure ?... En plus, si vous regardiez un peu plus souvent des films d'horreur, vous sauriez qu'il n'y a JAMAIS de réseau quand on en a besoin au fin fond d'une forêt, justement).

La télé-réalité contient tous les éléments du libéralisme triomphant : oppression et humiliation des candidats les plus faibles au profit des meilleurs, enrichissement des puissants à grands coups de publicité et de SMS surtaxés, sélection des candidats bien pire encore que dans les grandes écoles ou les concours de la fonction publique, flicage et surveillance permanente des candidats avec des caméras partout, illusion de croire que la télé peut se mêler de tout et résoudre tous nos problèmes, banalisation de l'intimité et de la vie privée, manipulation des images à grand coup de montage... Autant d'idées que les plus humanistes d'entre nous rejettent. Lorsqu'en juin 2000 a débarqué sur nos écrans LOFT STORY, on a assisté à une véritable levée de boucliers. Qu'en est-il aujourd'hui, neuf ans plus tard ? La télé-réalité a été banalisée et a convaincu les plus acharnés d'entre nous que c'était finalement rigolo et tendance... Le message gerbant s'est gommé au profit d'un premier degré bien empaqueté et nous conforte dans cette idée que nous sommes drôlement intelligents nous, puisqu'on ne participe pas à de telles émissions, qu'on se contente de regarder des gens idiots... Sans réaliser que ce sentiment de supériorité qu'on éprouve est le même que celui des puissants à notre égard. Volontairement, une fois de plus, nous sommes devenus des esclaves...

Résister c'est arriver à garder son esprit critique. Résister, c'est aussi savoir s'entourer et passer le témoin, afin que les combats et la vigilance d'aujourd'hui soient toujours entretenus. Résister, ce n'est pas combattre des moulins. Nous sommes beaucoup plus forts que nous le croyons... Sinon, pourquoi les puissants passeraient-ils leur temps à nous endormir, à nous faire croire que c'est comme ça, et qu'on y peut rien ? Entretenir le dialogue, diffuser des idées autres à notre échelle, interroger clairement des aspirants princes sur leurs motivations, acheter et consommer autrement, s'engager au sein d'associations, voter... Tout ça est à notre portée... Ne l'oublions pas... L'amnésie est le grand fil rouge des régimes totalitaires. Et ceux qui sont avides de pouvoir sont parfaitement au courant...

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18 août 2009

Chacun à sa place et les moutons seront bien gardés...

Petite démonstration publicitaire croisée, qui démontrera, une fois de plus, que 40 ans de combats pour les libertés de la femme peuvent être balayés d'un revers de la main par des gros blaireaux incultes...

PHOT0012Voici ce qui ornait joyeusement nos abri-bus il y a quelques mois à Nice. Les vendeurs de rêves pour pauvres ont imaginé cette somptueuse campagne. On y voit des hommes, virils à souhait, habillés d'une tenue de ville décontractée, s'adonner aux joies du poker... Enfin, aux joies, c'est vite dit, lorsqu'on voit leur mine confite de vieille poire à l'eau de vie chez une grand-mère sourde un dimanche de pluie.

Que me dit-on dans cette merveille artistique qui nous emmène dans des tourments d'extase ? D'abord que le poker est sous aucun doute une affaire sérieuse et une affaire d'homme. Pas question que des gonzesses mal intentionnées viennent fourrer leur nez là-dedans... D'ailleurs, on a crée, à l'attention de l'homme viril adepte de poker, non pas un lieu, mais un espace, carrément ! C'est titanesque ! C'est cyclopéen ! C'est grandiose ! (magie des mots... Un "espace poker", ça signifie une sale table pour trois pauvres gars, toute engoncée au milieu de bruyants bandits manchots, avec, en plus, tous nos amis pauvres qui nous matent...). En tout cas, appréciez la qualité de la concentration de nos amis masculins. ça sent la testostérone. Les neurones au bout des doigts, l'homme, encore une fois est le maître de la gestion et de l'argent...

PHOT0032Dans les mêmes semaines, toujours à Nice, d'autres publicitaires aux dents longues et aux crânes suintants d'avoir réfléchi aux manières délicates de dépouiller le chaland, nous ont infligé, en 4 par 3, cette délicieuse campagne. Histoire de nous faire croire à leur immense culture, les crétins décérébrés se sont appuyés sur de vagues connaissances latines avec la légende de Remus et de Romulus, puisque le produit est italien. Que voit-on ? Une femme, à quatre pattes, qui tient une tasse à café, avec, dessous, deux bambins replets. L'un regarde la tasse  l'autre les seins de la donzelle. Le message est, là encore, très clair : la femme est une louve (c'est une variante de la grosse chienne), qui est là pour élever les enfants, pour nous préparer notre café et pour se faire prendre à quatre pattes (d'où son maquillage d'allumeuse et son regard de braise). Notons aussi l'aspect toujours inquiétant de la femme (c'est une louve) que l'ami Besson aime tant entretenir, soit-dit en passant.

Les années passent, et pourtant, ce sont toujours les mêmes ficelles qui sont utilisées. Il y a vingt ans, de telles publicités auraient encore suscitées de belles levées de boucliers. Mais les combattants d'hier se sont fatigués, et n'ont pas pensé à passer vraiment le témoin. Moralité, plus personne ne semble très surpris de ce genre de message. On est blasés ou indifférents... Et, pendant ce temps, la société libéraliste s'affirme encore et toujours un peu plus, avec ses messages réactionnaires et ses idées pénibles...

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15 août 2009

La fiche bricolage du jour

Hier, grâce à un ami pirate des grands chemins, j'ai pu voir la dernière merveille de Stephen Sommers, à savoir G.I. Joe, le réveil du cobra... Mazette ! Que voilà un film gonflé à la testostérone où l'explosion fait figure de fil conducteur ! Il faut dire que l'ami Sommers n'a jamais fait dans la dentelle. On lui doit, entre autre, les trois aventures de La momie (dont l'ultime volet, dont il n'est que scénariste et producteur, est bien poussif, avec un Jet Li tout vieux) et un Van Helsing plutôt amusant. Mais c'était de la gnognotte pour adolescentes pré-pubères. G.I Joe est donc un film viril plein de militaires, de musique pompeuse, de cascades improbables et de flash-back ineptes et inutiles, avec un scénario qui pompe là où il peut. On passe donc son temps à noter ici ou là les références. Merci donc à Matrix (j'évite les balles au ralenti en me contorsionnant), à Star Wars (je me bats avec des doubles sabres lasers, et, si je suis méchant, je me mets sur le visage un masque à la Darth Vador, pour respirer fort)...

Mais, le plus intéressant est la présence de deux bases secrètes (d'habitude, dans les films, on n'en a qu'une... Mais ici, non !). Les gentils sont donc du côté du Caire, près des pyramides (merci Transformers 2), parce qu'il fait chaud, tandis que les méchants ont construit la leur au fin fond des glaces de l'arctique (merci X-Files le film et Superman), parce qu'il fait froid.

C'est là que je me suis dit que, moi aussi, j'aimerais bien avoir ma base secrète. Mais comme je ne suis pas chien, j'ai pensé que ça pouvait en intéresser quelques uns d'entre vous. Aussi, voici quelques conseils simples pour fonder votre base.

- Réunissez d'abord une horde autour de vous, afin de vous aider. On ne construit pas une base tout seul, ne soyez pas idiot : votre base doit être grande et somptueuse, surtout si vous aspirez à devenir un maître (ou une maîtresse) du monde.

- Multipliez les pièces et les étages, quitte à inclure plusieurs salles de sports et autres salles d'entraînement. Pour ça, la vision de la base des G.I. Joe est nécessaire : on y voit une piscine cyclopéenne où des sous-marins se tirent dessus, puis, juste en dessous, un champ de bataille titanesque avant d'arriver, enfin à la salle des ordinateurs. Évitez, en revanche, les musées d'arts Modernes souterrains, les salles multiplexes, les théâtres... ça va vous coûter un fric fou, et personne ne viendra jamais, puisque, je le rappelle, votre base est SECRÈTE ! (soyez attentifs, que diable).

- N'hésitez pas, en revanche, à coller, un peu partout, des machines qui clignotent, des ordinateurs compliqués, des boutons de toutes les couleurs, des gyrophares qui tournent. C'est du plus bel effet. Engagez aussi des gens qui manipuleront ces bidules. Les frères Bogdanov ont fait ça du temps de leur émission Temps X. C'est super sympa.

- Collez un peu partout des grosses portes blindées. C'est cool. ça donne un aspect encore plus secret et mystérieux.

- Inutile d'engager des gens chargés du ménage. Une base est, par définition, toujours propre. Ne gaspillez pas vos deniers dans de l'inutile. Laissez tomber aussi les WC. ça ne sert à rien. On ne va pas aux toilettes lorsqu'on aspire à dominer le monde. Laissez ça à la plèbe.

- Ayez à votre disposition un aérogare, où moult machines volantes atterriront et décolleront. ça impressionnera vos ennemis. Mettez aussi de grands ascenseurs transparents, pour qu'on puisse admirer la beauté de votre base.

- Prévoyez un sous-marin. C'est toujours agréable de pouvoir s'enfuir en sous-marin lorsque vos ennemis attaquent et détruisent votre base. Prévoyez aussi un micro pour communiquer avec vos ennemis et leur envoyer un grand rire diabolique que vous aurez préalablement préparé (soyez organisés, que diable !).

- Pensez à mettre au point un mécanisme d'auto destruction de votre base secrète, doublé d'un compte à rebours super angoissant. Le charme de votre base n'en sera que plus grand.

Voilà les amis. Je compte sur vous pour m'envoyer, au plus vite, une souscription pour financer ma base secrète personnelle. Si vous avez d'autres conseils, mettez-les dans les commentaires, je serai ravi de les lire. Soyez sages d'ici là.

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14 août 2009

De l'art de chier joyeusement sur la planète...

Lorsqu'on entre en résistance contre la société de consommation, on a deux choix très clairs qui se posent à nous. Soit on s'extrait complètement de cette société, on en crée une nouvelle, plus petite, sous forme de communauté, et on tend vers un mode de vie autre. On va devoir donc trouver tout un tas de filières capables de pallier certaines exigences : filières bio, électricité propre, véhicules non polluants, vêtements respectueux de l'environnement, refus du portable... Mais, même si notre modèle est conforme à notre conscience, on s'est tout de même retiré du monde dominant, et en cela, il sera beaucoup plus difficile de le combattre.

La deuxième solution est plus confortable, puisqu'elle consiste à rester au sein du monde ultra-libéraliste, et à le combattre avec ses propres armes. Mais alors, il faut accepter des compromis avec sa conscience et choisir ses combats en en mettant d'autres de côté pour s'en occuper plus tard. Ainsi, par exemple, le fait même d'écrire ce post cautionne, pour l'instant, l'utilisation du nucléaire pour me fournir de l'électricité. J'ai beau être un farouche opposant du nucléaire, je suis obligé de reconnaître que des décisions politiques françaises prises au moment où je naissais ont cloisonné des choix et ont bloqué, à la base, toute opposition. Même si je le pouvais, il me serait impossible, aujourd'hui, d'éteindre toutes les centrales d'un seul coup, puisque, non seulement, je créerais un chaos incroyable qui mettrait en danger des populations, mais, en plus, ces saloperies atomiques continueraient à tourner un sacré moment, puisqu'on ne peut pas arrêter une fission nucléaire en appuyant sur un simple bouton...

J'adore le voyage. J'estime que c'est une véritable école de vie qui nous permet d'échanger et de mieux appréhender notre société. Malheureusement, certains voyages sont impossibles à faire sans pollution. Aussi, comme beaucoup, j'utilise l'avion, un des moyens les plus polluants créé sur cette planète (soyons clairs, le lancement dans l'espace d'un quelconque bidule est bien plus polluant, puisqu'il faut atteindre la vitesse de 11km/seconde pour s'arracher de l'attraction terrestre, ce qui nous donne une bonne consommation de carburant...). Pour l'instant, je m'arrange avec ma conscience et, ça fait chier, mais je ferme les yeux. D'aucun pourront appeler cela de la lâcheté. Ils n'auront pas tort. Alors, j'essaye, à mon niveau de dénoncer quelques trucs qui m'énervent, en espérant que ça fasse avancer tout de même un peu les choses.

Voici, intercepté sur le net, une petite campagne pour Air France, censé nous encourager à utiliser l'avion encore plus.

EBFR_336x280_AF_300409Que voit-on ? Sur un fond de jolies couleurs pastelles et de formes tout en rondeur, qui suggèrent clairement la douceur, des mains de femme fabriquent une sorte de collier de perles avec la terre.

Rien d'agressif donc dans cette campagne. Tout est doux, tendre, et montre qu'on peut jouer tranquillement avec notre planète, sans autre conséquence que de créer de l'art et de la beauté.

Mais, et c'est là que le message devient parfaitement ambigu, cette femme n'est-elle pas en train d'enfiler la planète ? De plus, on notera le nombre de Terre. Il y en a quatre en tout, soit le nombre moyen de planètes qu'il faudrait par habitant de l'occident pour continuer à lui fournir les ressources nécessaires à son train de vie incroyable.

Une fois de plus, sous la fallacieuse façade artistique de la publicité, se cachent des messages bien plus agressifs et réactionnaires qu'il n'y paraît au premier abord. Et, une fois de plus, une envie de couvrir de goudron et de plumes les responsables de cette campagne me saisit...

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13 août 2009

Revolutionary Road, de Sam Mendès

PosterRevolutionnaryRoadAnnées 50, États-Unis. Lui travaille pour des assurances, elle est une femme au foyer. Franck et April Wheeler ont deux gentils enfants et habitent une maison de banlieue, du côté de Revolutionary Road. Comme chantait Charlélie Couture, "Tout est bien comme il faut, dans un p'tit pavillon tristounet, chez des gens sûrs, sur qui l'on peut compter". Et puis, les fêlures apparaissent, et voilà que tout va voler en éclats, et que les Wheeler se rendent compte qu'ils sont bien éloignés des rêves qu'ils ont eu. Cette vie ne leur convient pas. Et s'ils repartaient à zéro ? Et s'ils recommençaient leur vie du côté de Paris ?

Idiotement traduit par Les noces rebelles (qu'on tonde le traducteur, qui n'avait visiblement rien compris au double sens du titre anglais ! Est-il lié avec celui qui a traduit le titre du bouquin qui a inspiré le film et qui a été transformé en "La fenêtre panoramique" ?) le nouveau film de Sam Mendès est passionnant à plusieurs titres. D'abord parce qu'il est une véritable chronique de la lâcheté ordinaire, celle qui nous fait renoncer à nos envies profondes et qui nous fait croire que le confort et la sécurité sont plus importants que la passion. C'est d'ailleurs la même thématique que l'on retrouve dans American Beauty, mais, ici, il n'y a pas d'humour, juste une réalité bien pesante, bien monotone, avec les voisins charmants et bienveillants, qui vivent de la même manière que nous, et qui ne font que nous conforter dans nos mensonges personnels de ces vies illusoires qui ne résonnent pas en nous.

Il faut aussi reconnaître la grande qualité des interprètes. Le couple mythique de Titanic compose, ici, un couple ordinaire, tellement proche de ce qu'on est ou de ce qu'on a pu être... Très bien dirigés, les acteurs campent superbement ce couple, incapable de véritablement communiquer, et qui préfère se réfugier derrière les apparences et le mensonge social. On retiendra aussi Michael Shannon (qu'on avait déjà vu dans Bug de Friedkin ou dans 7h58, ce samedi-là de Sydnet Lumet), dont le personnage, qui a fait un long séjour en hôpital psychiatrique, se révèle être la conscience du couple.

Enfin, l'ensemble est baigné par la toujours enivrante et délicate musique de Thomas Newman, le compositeur d'American Beauty et du générique de la géniale série Six feet under.

Un film somptueux et nécessaire donc, à savourer en couple, histoire de se remettre un peu en question...

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12 août 2009

Tout doit disparaître, de Mikaël Ollivier

toutdoitdisparaitre2Décidément, c'est en littérature jeunesse, une fois de plus, que je trouve de l'audace littéraire ! Et ça fait du bien !

Hugo a une dizaine d'années. Il vient de terminer son CM2. Ses parents, enseignants, décident alors de partir pour au moins deux ans du côté de Mayotte. C'est ainsi que Hugo, sa petite soeur et ses deux parents se retrouvent à l'autre bout du monde sur une île dont ils ne connaissent pas grand chose finalement. Tant bien que mal, Hugo parvient à s'adapter à la vie insulaire. Mais c'est lorsqu'il regagne la métropole, quatre ans plus tard, qu'il se rend compte à quel point ses valeurs ont changé : la société de consommation, dont il avait été protégé jusque là, lui apparaît soudain comme quelque chose d'insupportable...

Ami militant, ou apprenti militant, ce livre est pour toi. Clairement engagé, ce livre est un véritable petit pamphlet anti capitalisme, et pointe du doigt une société qui nous met toujours en état de manque, pour mieux nous faire acheter ce dont on n'a aucun besoin réel.

Le livre fourmille de références anti-consuméristes. On y parle en vrac des chaussures éco-responsables Blackspot (www.adbusters.org/campaigns/blackspot), de l'organisation casseurs de pubs (www.casseursdepub.org), de littérature subversive et/ou intelligente (Christian Bobin, Mendiants et orgueilleux d'Albert Cossery, Ravages de Barjavel, IGH de James Graham Ballard). Bref, ce livre est un guide de survie et d'initiation à une certaine lucidité face à une société libéraliste.

C'est peut-être d'ailleurs là où se situe la seule limite de ce livre, qui fleurte joyeusement avec la propagande dans sa deuxième partie (le retour en France métropolitaine)... Mais, après tout, c'est de bonne guerre. Et mettre en lumière d'autres valeurs, des idées différentes, quitte à être prosélyte, peut être une démarche intéressante. Et ici, c'est plutôt bien fait.

Mais le livre est, à mon avis, surtout passionnant dans sa première partie, du côté de Mayotte où l'auteur croque avec habilité les "expats" qui se comportent, parfois malgré eux, et inconsciemment, comme des colonisateurs un zeste arrogants :

"Tu vas vite comprendre qu'il y a deux catégories d'expatriés : les nouveaux et les autres. Et les nouveaux, dont ta famille est le plus frais arrivage, sont toujours accueillis à bras ouverts parce qu'ils permettent aux autres de passer pour des durs à cuire" dit Françoise, la documentaliste du collège à Hugo. "(...) En tenant bon un an ou deux à Mayotte, ils ont gagné le droit de parler à tort et à travers de l'île, de ses rites, de ses contrastes, de la difficultés à s'y adapter... En fait, ils commencent tout juste à comprendre ce qui est écrit sur leur guide touristique !" (pp.34-35)

Et surtout, surtout, on retiendra toute la relation amoureuse de Hugo avec Zanaïba, jeune Mahoraise de sa classe, déjà maman. L'auteur touche là à toute la délicatesse de l'adolescence, cet âge des possibles et des rêves, avec ses doutes, ses peurs, ses angoisses, ses passions...

Un livre à dévorer rapidement et à offrir à ses jeunes frères et soeurs, histoire de...

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11 août 2009

Lettre à un disparu...

Bon, comme d'habitude, j'ai laissé traîner. On en est tous là. On se dit qu'on a l'éternité devant nous, que rien ne presse, qu'on pourra toujours le faire plus tard, qu'on a des trucs plus urgents, que ce n'est pas grave, qu'on va déranger. Jusqu'au jour où, alors qu'on s'y attend le moins, ça nous tombe dessus. Et là, on se sent tout démuni, tout orphelin...

Comment ça avait commencé entre nous déjà ? C'était l'été 2003. Je m'en souviens parce que c'était la canicule, la fameuse. A l'époque, je traînais toujours avec la même bande de copains. On louait des gîtes et on se fabriquait un communauté pendant une semaine. Quelques années auparavant, on parlait d'ouvrir un bar associatif, avec scène de théâtre, cave à vin et à fromage et musique tous les soirs. On avait, sans l'énoncer à haute voix, revu nos ambitions à la baisse. On n'avait pas vraiment d'explication pour avoir abdiqué, juste chargé notre quotidien et nos vies de bosser pour nous, de nous faire croire que c'était comme ça, finalement, que ça marchait. A 20 ans les rêves de grandeur, à 30 ans la prise de conscience et l'acceptation d'un ersatz amical.

C'était un jour où il n'y avait pas grand chose à faire, sinon à attendre qu'il fasse moins chaud. Tu as débarqué un peu par hasard, et tu m'as raconté une sacrée histoire, bien glauque, bien poisseuse, surgie tout droit de ton imagination. Je suis resté suspendu à tes mots. Il faut dire que tu avais un sacré charisme, et que tu savais manier la langue française.

J'ai tout de suite accroché à ton univers, bien sombre mais, en même temps, terriblement humaniste. A chaque histoire que tu me racontais, j'étais fasciné par la densité et la richesse de tes personnages. Souvent c'était des gens à l'histoire chaotique, des gens en recherche d'identité, des paumés, des clochards allumés, des flics fatigués, des handicapés, des éclopés, des écorchés...

On en a passé des heures ensemble, où plus rien ne comptait d'autre que ce que tu avais échafaudé. Je me souviens de cette tétraplégique décidée à se venger du docteur qui était responsable de son état, de ce type qui avait tué sa femme et qui vivait dans l'accumulation de ses ordures ménagères, de cet adolescent en dérive habitant la banlieue parisienne et qui n'avait comme seul but que de passer le temps qui semble si long quand on n'a aucun avenir...

Tous ces moments qu'on a passé ensemble... Et je n'ai jamais pris le temps de te dire que j'adorais ce que tu me racontais. Mais à quoi bon ? Tu étais là pour raconter, moi pour écouter. Les rôles étaient définis ainsi... Et puis, qu'est-ce que je t'aurais dit que tu ne savais déjà ? Bien sûr, mes compliments t'auraient fait plaisir, mais en même temps, je n'aurais pas été le premier qui te l'aurait dit... N'empêche... J'aurais aimé mieux te connaître, aller au delà de l'écrivain, boire une bière au coin d'un bar, parler littérature, cinéma ou théâtre. ça ne s'est jamais fait, monsieur Jonquet... Je regrette un peu. Comme lorsque Jean-Claude Izzo a cassé sa pipe... J'ai le même sentiment. Une oeuvre s'arrête, et moi je me retrouve tout bête... Il me reste tes livres, dans ma bibliothèque. Et je continuerai à les conseiller aux copains, parce que c'était du grand art.

Ma sélection à moi dans l'oeuvre de Thierry Jonquet : Mygale / Mémoire en cage / Le manoir aux immortelles / La bête et la belle / La vie de ma mère ! / Moloch / Jours tranquilles à Belleville

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Photo non datée de l'écrivain Thierry Jonquet (AFP J. Sassier)

http://www.liberation.fr/culture/0101584662-jonquet-fait-table-rase

Posté par esteban à 12:06 - Le livre est ton ami - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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