Depuis quelques années, et particulièrement depuis que Nini Premier est devenu Roi du Monde, les Princes et aspirants Princes qui nous gouvernent ont l'art de lancer des pavés dans la mare, sous le fallacieux prétexte de débattre, alors que le fond est beaucoup moins honnête, puisqu'il s'agit plutôt de préparer les esprits à des changements prévus et planifiés. On a ainsi eu droit, il y a peu, à une merveilleuse réflexion sur l'ouverture des magasins le dimanche (en employant sans vergogne l'idée de la "liberté" des travailleurs) ou encore à une superbe interrogation sur la possibilité de reculer la retraite du côté des 67 ans...

C'est un député-maire de gauche (comme quoi, la pratique de Nini contamine tout le monde) qui, soudainement, nous a pondu une résolution "tendant à la création d'une commission d'enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national".

Soyons clairs : le voile est effectivement une chosification de la femme. ça n'est pas nouveau. Dans toutes les religions, la femme n'a jamais vraiment été considérée comme un être à part entière. Il faut dire que son cerveau, nettement inférieur au notre, la dirige naturellement vers la danse, l'éducation des enfants, le maniement de l'aspirateur et l'investissement des cuisines tandis que le notre possède des neurones spéciaux, qui nous font aimer la bière, le foot, les 4x4, les gros fusils de chasse et les chips. Dans toutes les religions, donc, à plus ou moins grande échelle, on retrouve deux figures féminines omniprésentes (comme chez Luc Besson, soit dit en passant) à savoir la femme pure et vierge, mère et protectrice, et la tentatrice insupportable, qui suinte la luxure et le stupre par tous les pores.

A partir de là, les différents dogmes ont adopté, vis-à-vis de la femme, des postures qui, à peu de choses près, reviennent au même. Le voile n'est donc que l'expression d'une domination masculine parmi tant d'autres... Mais suffit-il d'ôter un voile pour accéder à une liberté pleine et entière ? Une catholique traditionaliste, une femme amish, une hindouiste sont toutes trois, me semble-t-il, soumise à l'homme, et contrainte de se plier au mariage arrangé... Mais, certes, la marque de la domination est moins visible. Est-elle pour autant moins scandaleuse ?

Parce qu'à mon avis, le vrai débat est là. Or, une fois de plus, on déplace le problème sur une minorité. Honnêtement, combien de femmes, en France, portent le voile ? Ce nombre (qui doit, je n'en doute pas un instant, avoisiner les dizaines de millions) nécessite-t-il une loi ? Ne serait-il pas plus intéressant de se pencher sur la place des femmes dans la société en général (y compris dans la religion, mais pas seulement...).

Et une fois de plus, les princes qui nous gouvernent montrent leur volonté de vouloir légiférer tout et n'importe quoi, sous le prétexte que créer une loi est synonyme d'agissement...

Lutter contre l'obscurantisme et la bêtise demande, bien sûr, un appareil législatif adapté. Mais cela demande aussi, et surtout, des moyens pour que les individus puissent s'éduquer, se cultiver et apprendre à vivre ensemble. Les Encyclopédistes du XVIIIème ne pensaient pas autrement.

Et il est toujours navrant de constater qu'aujourd'hui le spectaculaire prime sur le long terme, les idées discriminatoires et réactionnaires se métamorphosent en débats de société, et les Princes qui nous gouvernent, sous couvert de réflexion et d'ouverture, ne font que prendre des températures pour savoir si la plèbe est prête à être encore plus encadrée et policée...