Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

12 janvier 2009

De l'art de bien filmer des funérailles

Plan large, avec panoramique (caméra qui descend lentement). Une colonie de parapluies noirs s'agglutine frileusement. Une fine bruine baigne l'ensemble. Nous sommes au petit matin. Une légère brume laisse seulement deviner les contours des individus. Plusieurs silhouettes arborent des pardessus noirs et des pulls en cachemire noirs. En blanc, sous un parapluie tenu par un enfant de choeur ou un bedeau (au choix), un prêtre nous égraine son fameux "dust to dust", tandis que des mouchoirs se collent sur les faces. On voit, au premier rang une famille effondrée, brisée, qui sanglote à pierre fendre, sauf un des membres, qui garde sa dignité.

Une nappe de synthétiseur nimbe l'ensemble de la séquence. En arrière-plan, une colonne de voitures, noires, avec chauffeurs sous des parapluies, derrière le corbillard. Près du cercueil, un gros chêne. Le cimetière est vaste et boisé, la pelouse est bien verte. Au royaume des morts, point de surpopulation.

Séquence suivante, plan moyen. les convives s'en retournent à leurs occupations, non sans avoir serré la loupe de la mère éplorée et du fils qui sait se contenir, tout en murmurant un "mes condoléances", entre deux reniflements de la dite mère... coupez, c'est dans la boite, elle est bonne, Coco, c'est du lourd, on va faire pleurer dans les chaumières, et décrochez un Oscar...

On a tous vu ces merveilleuses séquences lacrymogènes de films étatsuniens. On les connaît par coeur. elle ont modelés nos imaginaires, à tel point qu'on est tous persuadés que les cimetières étasuniens sont plein de place et de chênes...

fils

"La chambre du Fils", de Nanni Moretti aborde le délicat sujet du deuil de son enfant. Nanni Moretti joue ici le rôle d'un psychiatre, heureux, avec une belle vie de famille, qui, brusquement, perd son enfant.

Après une première partie où on découvre et où on s'attache à ce père de famille, on se retrouve à vivre avec lui la mort de son fils, et à affronter ce drame. Un film étatsuniens n'aurait pas hésité. A grand coups de violon, on nous aurait infligé les deux séquences décrites ci-dessus. Mais ici, Nanni Moretti prend le complet contre pied. L'enterrement se résume à une mise en bière de l'enfant, au bruit de la visseuse électrique dont les croque-mort se servent, et à une (brève) messe où le prêtre utilise une métaphore foireuse, qui, dans la séquence suivante, horripile Nanni Moretti.

Ici, on est loin du mélo. On est avant tout dans le réalisme, dans la dureté quotidienne de la vie, sans ajout. On ne voit pas la mort du fils, on nous la décrit simplement, et on se retrouve, comme cette famille, dans l'incompréhension et dans cette terrible volonté de vouloir changer le cours du temps, pour pouvoir tout empêcher.

Très beau film donc, qui reste délicat et intelligent, qui marque nos esprits tout en finesse, avec juste une petite ritournelle au piano, obsédante et belle. Un film à voir, donc, et qui, probablement, mérite bien sa Palme d'Or...

Posté par esteban à 14:17 - Le cinéma est ton ami - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


07 janvier 2009

Lettre à Emilie Simon

EmilieSimon_Coccinelle01Chère Émilie Simon,

On ne se connaît pas, et, probablement que jamais nos chemins se croiseront, sauf, peut-être (sûrement) le temps d'un concert.

J'ai intercepté, il y a peu, un de tes premiers concerts. C'était sur France Inter, une Black Session, organisée par le génial Bernard Lenoir, un type qui donne ses lettres de noblesse au service public, qui fait un vrai boulot de découvreur de talents, fan de rock, et à qui je dois pas mal de coups de coeur et de plaisir.

C'était ton cinquième concert (c'est Bernard qui l'a dit) et, depuis plusieurs jours, ce live squatte mon MP3, mes oreilles et mon cerveau.

Émilie, donc, sans le savoir, tu m'as encore accompagné au boulot ce matin. Tu es avec moi, sur mon vélo, ou dans le tramway, comme ce matin, parce qu'il pleuvait. Et je dois avouer qu'à chacune de mes écoutes, je tombe un peu plus sous ton charme. Il faut dire que tes influences, qui vont de Björk à Kate Bush, en passant par monsieur Pop (Iggy de son prénom), ne vont pas pour me déplaire, bien au contraire.

Émilie, j'aime ta voix, toute douce, pleine de gentillesse et de finesse. J'aime tes textes acidulés et intelligents. J'aime tes orchestrations qui lorgnent toujours vers l'expérimentation. Un régal.

Pour être honnête, Émilie, je t'avais déjà découvert grâce au clip "Flowers", absolument génial, que Tim Burton devrait adorer s'il le voit (mais peut-être est-ce déjà fait ?).

Merci donc pour te balader dans mon quotidien. J'espère que tu passeras un de ces jours pas trop loin de chez moi, histoire de partager en direct ta musique. Merci pour tout en tout cas. Prends bien soin de toi.

Pour écouter "flowers" et savourer ce chouette clip :

http://fr.youtube.com/watch?v=z_1MR2XOjz4&feature=related

Et sinon, faites un saut du côté de la chanson "il pleut", qui me fait fondre, à écouter de préférence, justement, un jour de pluie (pas d'affolement, c'est une image fixe avec la musique derrière ! Tant mieux, vous vous concentrerez plus sur les paroles et la musique !) :

http://fr.youtube.com/watch?v=dLS2JH0pnz4&feature=related

Tant qu'à faire, sautez dans les flaques, avec "To the dancers in the rain" (le clip est-il le clip original ? Pas sûr, mais on s'en fout !) :

http://www.youtube.com/watch?v=7Sfy9uZSQVE&feature=related

Terminons par une reprise délicieuse et succulente de monsieur Pop, avec "I wanna be your dog", en live, s'il-vous-plaît :

http://fr.youtube.com/watch?v=4NKq1RLdZbE&feature=related

Posté par esteban à 20:15 - La musique est ton amie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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