Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

29 novembre 2008

De l'art de faire une jolie campagne jumelée.

Tandis que le milieu des enseignants tente, comme il peut, de se mobiliser pour faire prendre conscience que les princes actuels qui nous gouvernent ont entrepris, depuis un moment une véritable destruction de l'éducation publique, on voit une recrudescence d'entreprises privées qui tentent de se tailler une part du lion. C'est ainsi que, la semaine dernière, semaine de grève et de mobilisation de l'Education Nationale, on a vu fleurir, dans nos abris bus, cette jolie et charmante affiche de la part de nos amis d'Acadomia...

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Que voit-on sur cette merveille d'intelligence et de bon goût ? Notons d'abord qu'on s'adresse uniquement à un type de population : une population urbaine, parisienne (vous noterez l'immeuble Haussmanien à l'arrière-plan) et blanche. Le signe de la réussite (qui semble si proche) est marquée par une jeune femme qui porte des lunettes (la réussite est donc quelque chose d'intellectuel... Faisons fi des métiers manuels, faits pour les "pue la sueur") et par une voiture plutôt urbaine. On peut aussi s'intéresser au triangle arc-en-ciel, qui flotte dans les cieux, juste au dessus du bâtiment d'Acadomia et qui n'est pas sans évoquer la représentation symbolique traditionnelle de Dieu (les trois segments évoquant le Père, le Fils et le Saint-Esprit). La couleur dominante reste bien entendu, dans cette affiche, le blanc, qui évoque clairement la pureté et la virginité... Le travail, la réussite, la famille, Dieu... Que du lourd au bon parfum d'antan sur cette affiche...

Face au chaos du service public, réfugions-nous dans les fantastiques valeurs du privé qui, comme chacun le sait, glorifie les valeurs humanistes et philanthropiques de ce monde, alors que le public n'est qu'un ramassis de branleurs gauchistes...

Quant à moi, je vais tenter de retrouver les responsables de cette campagne afin de les tondre. Juste par méchanceté... ça va me détendre...

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25 novembre 2008

"le jour où la terre s'arrêta" de Robert Wise

affiche_Le_Jour_ou_la_terre_s_arreta_The_Day_the_Earth_Stood_Still_1951_1 Années 50. Une soucoupe volante survole à plus de 6000 km/h la surface de notre planète et en fait plusieurs fois le tour avant de se poser (devinez où ?) chez nos amis étasuniens. [parenthèse : ils n'ont quand même pas de bol nos amis étasuniens... Dès qu'une catastrophe se déroule, il faut absolument que ça se passe chez eux ! Une météorite géante menace de s'écraser sur terre ? Bim, ils se la mangent au bord de la mer ce qui crée un raz-de-marée gigantesque. un changement climatique ? Paf ! New-York est touché ! Un monstre venu d'on ne sait où ? Re paf ! A New-York ! Des arbres qui décident de tuer des humains ? Re-re-paf, à New-York... vraiment pas de bol...]. A bord de la soucoupe, un être humanoïde, accompagné de son fidèle robot, qui vient délivrer un message à la terre entière : ce message concerne l'avenir de la race humaine. Il voudrait donc que les chefs d'états du monde entier se rassemblent. Sauf qu'on est en pleine Guerre Froide...

La science-fiction des années 50 et 60 aux États-Unis et en Angleterre sert de catharsis à la grande peur du communisme. Ainsi, il apparaît évident que l'invasion extra-terrestre est une métaphore très nette de l'invasion russe. Ainsi "Body Snatcher" de Don Siegel (1951) raconte comment des extra-terrestres végétaux s'emparent de nous, la nuit, subrepticement, font un double de notre être et le vide de notre esprit. Ainsi "La chose d'un autre monde" de Christian Nyby (1951) ou "Le village des damnés" de Wolf Rilla (1960) [que l'ami Carpenter a remaké, tout deux, plutôt honorablement] où les extra-terrestres s'emparent de nos corps et de nos âmes... Ou de ceux de nos enfants...

Robert Wise est un sacré réalisateur. On lui doit, entre autre, West Side Story (1961), The Haunting (1963) [génial film où tout est suggéré dans la bande son, et où rien n'est montré à l'image, film à ne pas confondre avec son tout pourri remake de Jan de Bont (1999), ni avec le kitchissime et pas terrible "Amytiville, la maison du diable" qui reste tout de même de bonne tenue si on le compare à ses multiples et pénibles suites, et à son remake récent...] ou encore Star Trek 1 (1979).

A la vision de "Le jour où la terre s'arrêta", on peut légitimement se poser la question de savoir comment, dans un tel contexte anti-communiste, ce film a pu voir le jour. En effet, on met ici dos à dos les deux blocs. En effet, alors que notre ami l'extra-terrestre demande à voir tous les chefs d'états de toutes les nations afin de leur parler à tous, en même temps, un adjoint du président lui montre deux télégrammes. L'un provient du bloc de l'est et dit qu'une telle rencontre est possible si elle se déroule à Moscou. L'autre émane du bloc de l'ouest et spécifie qu'il est hors de question de se rendre à Moscou. C'est alors que notre ami de l'espace déclare qu'il est là pour tous les habitants de la Terre et qu'il n'en a que faire de toutes nos petites querelles mesquines... Véritable critique contre les politiques, mais aussi contre les militaires, qui n'hésitent pas à tirer sur quelqu'un venu en paix et à détruire (par accident, puisqu'ils croyaient qu'il s'agissait d'une arme) un objet contenant moult informations sur la vie dans l'univers. Finalement, l'espoir viendra du côté des scientifiques qui se déplacent du monde entier pour entendre le message délivré...

Alors, bien sûr, on fermera les yeux sur les quelques trucages qui ont, qu'on le veuille ou non, un peu vieilli (pauvre acteur coincé dans le costume du robot, qui plie un zeste au niveau des articulations...), les costumes tendances de notre extra-terrestre (mais quelle jolie cape brillante et pleine de paillettes il possède...), d'autant que ceux-ci ne prennent guère de place à l'écran, pour se concentrer d'avantage sur l'aspect subversif de ce film.

Et c'est dire combien, à la vue du trailer du remake étasuniens qui va sortir sous peu, on peut être très sceptique... Mais faisons confiance à nos amis des studios hollywoodiens pour nous pondre un gros machin plein d'effets spéciaux...

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23 novembre 2008

Soleil d'automne

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J'arrivai au boulot. Et là, au détour d'un couloir, le soleil levant se réverbérait sur une vitre pour échouer doucement sur un mur, sans que personne ne s'en aperçoive vraiment. J'ai voulu fixer cet instant et effleurer cette lumière. C'est chose faite.

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19 novembre 2008

Paradis pour tous, d'Alain Jessua

paradis_pour_tousAlain Durieux (Patrick Dewaere) est un petit assureur qui sombre dans la dépression. Après une tentative de suicide ratée, il se retrouve dans le service hospitalier du docteur Valois (Jacques Dutronc) qui va expérimenter sur lui une nouvelle méthode pour soigner l'angoisse, appelée le flashage. Alain change alors du tout au tout et devient tout le temps heureux, sûr de lui et calme. Et il va naturellement se rapprocher d'autres "flashés" qui, comme lui, savourent le bonheur perpétuel...

Dernier film de Patrick Dewaere (qui se suicida peu de temps après le tournage de ce film, qui prend, du coup, une connotation toute particulière), on retrouve dans cette histoire toute la thématique d'une bonne utopie négative à la Meilleur des mondes d'Huxley : si le bonheur devient obligatoire et génétique, sommes-nous encore des êtres humains ? Ne glissons-nous pas vers la monstruosité ?

Au delà de cette idée, on ne peut qu'être frappé par la critique sous-jacente des phénomènes sectaires dans ce film : les "élus" se regroupent entre eux, ont leur propres codes et sont prêts à éliminer, au propre ou au figuré, toute personne qui entrave leur chemin.

Alors, bien sûr, le film a un peu vieilli (il est de 1982, tout de même), certaines situations sont absurdes (la visite de l'usine en flamme par exemple...), Philippe Léotard et Jacques Dutronc ne composent pas de splendides seconds rôles (ils sont même un peu mauvais, n'ayons pas peur des mots...), la mise en scène n'a rien d'exceptionnelle et les décors sont même un peu laids parfois (la première maison de Dewaere, le bureau du patron...).

Néanmoins, il reste des scènes fascinantes qui sont, aujourd'hui plus encore au regard de la société libéraliste, hurlantes d'intelligence. Et je pense, en particulier, à toutes les scènes où Dewaere est capable de pousser les autres à se tuer (l'expert en assurance, qui meurt à l'usine ; son collègue, que Dewaere pousse à avoir un accident de voiture...) pour simplement gagner plus, et faire du chiffre, ou bien à la scène où trois "flashés" (dont Dewaere) regardent des spots télévisés en dodelinant de la tête et en chantant tous les jingles, qu'ils connaissent, tout trois, par coeur. C'est drôle de voir ces adultes soudain rayonnants et enfantins... Et puis soudain, ça ne l'est plus... L'angoisse s'installe... Parce que ce qu'on voit alors, ce sont des adeptes de la société de consommation, des battants matérialistes... Le rêve de nos amis publicitaires... Et ça... ça fait peur.

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16 novembre 2008

Antony and the johnsons

picaDécouvert en Irlande par hasard, chez un ami, l'album "I'm a bird now" est tombé sur mon coeur comme une bulle, une plume, une perle.

Antony est un colosse à la voix unique et fragile, qui fait résonner des paroles bouleversantes aux accords de son piano. Il parle d'amour, de la difficulté de se sentir une femme dans un corps d'homme, de la solitude.

Pourtant, sa musique contient aussi une grande et belle énergie, qui donne envie de se battre, de créer et de ne jamais renoncer.

Un mini album vient tout juste de sortir, qui s'intitule "Another world" et qu'on peut savourer calmement en attendant son nouvel album du côté de janvier 2009.

Je sors tout juste de l'écoute d'une émission du génial Bernard Lenoir, sur France Inter. Une white session, où Antony est seul au piano (il est accompagné sur ses albums). Un bonheur de 35 minutes que seul un service public de radio intelligente peut nous offrir. Si vous en désirez une copie, laissez-moi un mail. Je refuse de ne pas partager cette émission. Et sinon, rien ne vous empêche plus d'aller jeter un oeil sur www.antonyandthejohnsons.com histoire d'approfondir la question.

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07 novembre 2008

Petite publicité en passant...

J'aurais dû le faire depuis longtemps. Maintenant, c'est fait... J'ai mis une possibilité d'abonnement à la newsletter de ce blog. Si vous souhaitez savoir quand j'écris un nouveau post... J'ai aussi mis un lien qui vous permet de relire de vieux posts que vous aviez oubliés (ou jamais lus, bandes d'ingrats !). Il suffit de cliquer sur la catégorie qui vous intéresse, et hop ! Magie ! Et si jamais vous ne connaissez pas encore le génial groupe irlandais God Is An Astronaut (qui vient de sortir un nouvel album, disponible sur www.godisanastronaut.com), faites un saut dans la catégorie "le lien est ton ami". Vous trouverez deux p'tit clips. L'un d'eux, route 666, est réalisé par votre serviteur (bon, c'est le moins bien des deux, mais quand même...).

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De l'art de rendre heureux les simples d'esprits

Vous connaissez mon amour inconditionnel pour L. Ron Hubbard, ce rouquin bouffi d'orgueil, mythomane et mégalomaniaque créateur d'une pseudo théorie pseudo-scientifique appelée pompeusement la Dianétique, faite d'un salmigondi de psychologie de bazar, et à l'origine de la secte bien connue de l'Église de Scientologie.

Il faut vous avouer qu'à la suite de la lecture de l'excellent et extrêmement bien documenté "Ron Hubbard, le gourou démasqué" de Russell Miller (Plon), j'ai eu envie de lire un peu la prose de Roro (on est intimes, cherchez pas, et ne soyez pas jaloux!). Aussi, par l'intermédiaire d'un site marchand d'occasion, je me suis procuré deux bouquins du bonhomme. Le premier était un roman de SF intitulé "Au bout du cauchemar" (avant d'avoir trouvé son créneau sectaire, Ron Hubbard était un romancier et un nouvelliste), et, de fait, ce fut un cauchemar d'arriver au bout de ce livre. Il n'y avait donc pas tromperie sur la marchandise...

[Parenthèse. Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir un merveilleux extrait. Dans le passage cité ci-après, le narrateur est dans une sorte de dimension parallèle et parle avec une créature. Savourez la qualité et la profondeur du dialogue.

"- (...) Tu as un doux visage, James Lowry. Tu veux un conseil ? - Oui Mère. - Descends jusqu'au bas des marches et tu rencontreras un homme. Si tu dois mourir, demande-lui où tu as perdu ton chapeau. - Il me le dira ? - Il te le dira peut-être ou peut-être pas. Les chauve-souris sont des chapeaux gris qui sont des rats, qui sont des chats, et il n'est pas de soupe assez profonde pour s'y noyer. - Pour noyer qui, mère ? - Pour s'y noyer, c'est tout ! Tu as un doux visage James Lowry (...) Et ensuite après ce premier homme, tu rencontreras un second homme. Mais ni l'un ni l'autre ne sont des hommes. Ce sont des idées. (...) Et puis le second homme te dira qu'il te faudra descendre tout en bas des marches. Jusqu'au fond. Tout en bas, en bas, en bas... - Où se trouve le fond, mère ? - Le fond ? Mais il est en haut, bien sûr. (...)" p.87, éditions pocket. Fermons la parenthèse]

Le deuxième livre était déjà plus sérieux. Roro avait avancé grandement dans ses névroses. Cela s'appelle "Scientologie, les fondements de la pensée" et, pour le coup, c'est carrément illisible. C'est un grand classique de la secte : enfoncer des portes ouvertes et balancer des lieux communs dans un jargon proprement incompréhensible afin de faire croire à une grande profondeur de la pensée.

Malheureusement pour moi, si le roman avait été vendu par un particulier, le bouquin théorique était vendu par une des sections scientologues françaises. Et donc, je me suis retrouvé sur leur fichier et abonné à un somptueux petit fascicule prosélyte de quatre pages ... Dans un premier temps, j'ai été bien embêté. Et puis je me suis dit qu'après tout, autant leur faire dépenser de l'argent pour m'informer et me donner des armes pour les combattre.

C'est ainsi que j'ai reçu hier leur dernier opuscule qui m'offre gracieusement un extrait du livre de Roro "La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps". Et je ne peux, à mon tour, m'empêcher de vous livrer quelques bribes du machin, assorti de quelques traductions et commentaires personnels...

"La Dianétique, bien que simple, est et accomplit ce qui suit : [Notez ici, la subtile comparaison avec un organisme divin quelconque, avec l'emploi du verbe être qui donne un aspect sentencieux à l'ensemble]

(...) [la Dianétique] comprend une technique thérapeutique qui permet de traiter tout mal mental inorganique et tout mal psychosomatique organique avec l'assurance d'obtenir une guérison complète sur des cas qui n'ont pas été sélectionnés à l'avance [En gros, la Dianétique est une sorte de shampoing deux en un qui élimine les cheveux gras ET les pellicules. Vous êtes schizophrène, hop la Dianétique ; vous avez une verrue plantaire, hop la Dianétique !]

(...) La Dianétique révèle et démontre cliniquement et scientifiquement la source unique des dérangements mentaux. [Magie... Mystère... La Dianétique sait tout, voit tout et résout tout ! Roro, qu'est-ce que tu es fooooort ! Ou l'art de tout simplifier...]

(...) La Dianétique présente la théorie non microbienne des maladies qui vient s'ajouter à la biochimie et aux travaux de Pasteur sur la théorie microbienne pour embrasser ce domaine. [Allez, zou ! On cite Pasteur, ça ne coûte rien un argument d'autorité et ça fait tout de suite scientifique et sérieux... Et sans se dégonfler, on en profite pour se comparer à lui... Mais, au fait, c'est quoi une théorie non microbienne ? Et bien c'est une théorie qui pose le fait que, tous les jours, des gens attrapent des non-grippes ou des non-appendicites... Aaaahhh, d'accord... C'est tout de suite plus clair !]

(...) Grâce à la Dianétique, il n'est plus "nécessaire" désormais de détruire le cerveau au moyen de la chirurgie ou d'électrochocs visant à rendre les patients plus "dociles" et "normaux". [Il suffit juste de leur faire lire les bouquins de Roro et de les endoctriner un zeste pour obtenir le même résultat, en économisant le fric de la Sécurité Sociale !]

Et s'impose alors à nous l'image de ces bonimenteurs dans les foires qui nous vendent des machines incroyables qui coupent, râpent, réduisent en poudre, pressent, tranchent, hachent et compressent... Ou encore ces vendeurs du Far West qui vendaient des potions ou des lotions censées tout guérir...

Histoire d'enfoncer le clou et de prouver la véracité de la Dianétique, les rédacteurs du fascicule ont cru bon d'ajouter des témoignages. Et là, c'est le délire le plus absolu... On commence par le mystérieux LC (Ligue Communiste ? Lait Chaud ? Lépreux à Croûtes ?) qui nous explique simplement son engouement :

"Je constate en toute sincérité, qu'en avançant sur ce cours de Dianétique, je commence à obtenir une compréhension (simple) conceptuelle du mécanisme du mental réactif. Cette compréhension augmente mon contrôle face à mes propres restimulations et augmente aussi ma tolérance envers les autres et leurs aberrations. [C'est bien mon gars, ton cerveau a bien été lavé. On est arrivé à te faire croire que les non-scientologues sont des idiots! Et que tu es bon et grand de nous tolérer tout de même !] En fait je vois que KRC (Savoir-Responsabilité-Contrôle) et ARC (Affinité-Réalité-Communication) sont réellement imbriqués. [Fallait commencer par ça, LC, je suis soudain tout convaincu!]"

Mais voici le clou du témoignage. Celui qui est le plus... le plus... Comment dire... Non... Laissons plutôt la parole au sibyllin SN [Saignement de Nez ? Squale Nervuré ? Sarkozy Nicolas ?]

"Quel plaisir de pouvoir étudier la Dianétique. [Et pour une somme très modique... A peine quelques centaines d'euros pour commencer... Une paille !] Tout est logique et tout s'aligne. [Comme dans le jeu Tétris] Je me suis aperçu que j'avais une certaine forme de pensée réactive : quand un individu a peur des chiens, en fait il a peur d'un chien précis, à un moment donné [Moi c'est le Chiwawa à pointes, et toi ?]"

Voila les amis. Notre petit voyage chez nos amis qui essorent avec frénésie notre esprit est terminé pour cette fois. Mais, promis, on y reviendra. En attendant, soyez bien sages.

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05 novembre 2008

Voyage au (mystérieux) pays des femmes

ça a dû se passer en 1992, lorsqu'un décérébré publicitaire a refermé le premier livre qu'il avait enfin réussi à lire jusqu'au bout (je parle d'un vrai livre, avec aucune d'image, que du texte, et tout et tout, sinon, ses albums de coloriages qu'il avait fait enfant auraient compté...). Ce joyau de la littérature contemporaine, écrit par John Gray, s'appelait "Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus", ou un titre à la con comme ça.

[Parenthèse à l'attention de nos lecteurs qui ne se seraient pas gargarisés à la lecture de ce monument d'intelligence, voici un petit résumé. En gros, John Gray, étasunien de son état, s'était aperçu, à la puberté, que tout le monde n'avait pas de petit robinet, contrairement à ce que ses petits camarades de l'internat lui avait fait croire (les petits polissons !). Il faut dire qu'il était né à Huston, au Texas, et que les multiples mariages consanguins et autres reproductions avec des bêtes à cornes, avaient quelque peu amoindri l'intelligence du garçon. Toujours est-il qu'il découvrit, un jour, donc, qu'il existait deux sexes. Subjugué par cette première découverte fondamentale, il approfondit la chose et se rendit compte qu'il existait, dans le monde, des hommes et des femmes... Sacré John... Impressionné par cette révolution, il fit le relevé des différences : il comprit très vite que si les femmes aimaient par dessus tout repasser et faire à manger, c'est parce que c'était dans leurs gènes. Inversement, l'homme a plutôt des gènes de pilotes d'avion, de conducteurs de machine-outil et de fabricant de catapulte. Partant de là, il comprit pourquoi c'était toujours le bordel dans les couples : c'est parce que l'homme et la femme étaient différents ! Sa fabuleuse découverte révolutionna le monde gay et lesbien, puisque les homosexuels, grâce à John, comprirent pourquoi ils s'entendaient si bien entre eux et pourquoi ils ne se séparaient ni ne s'engueulaient jamais. Fermons cette judicieuse parenthèse]

Notre ami le Créatif referma le bouquin, donc, d'un seul coup, et ça fit un petit bruit discret, genre "ploc", parce que c'était une édition de poche. Il se rendit dare dare chez le chef des créatifs et lui tint à peu près ce langage : "Mon doux Seigneur (il faut dire qu'on est servile et lèche-cul dans ces professions créatives), j'ai lu un ouvrage limpide, débordant d'intelligence et d'éloquence. Voilà chef, en fait, la femme est une pute qui aime élever ses enfants et faire la cuisine !". Et il tendit le dit-ouvrage à son chef, qui appuya immédiatement sur un bouton secret, dissimulé sous le bureau. Deux gardes armés d'une hallebarde qu'ils venaient tout juste d'aiguiser pénétrèrent dans l'antre du chef, qui leur ordonna derechef (logique pour un chef !) de jeter ce gros con dans une oubliette avec de l'eau croupie au fond et des rats affamés. Ce qui fut fait. Il faut dire que le chef s'appelait Josiane, et qu'elle ne goûtait guère à cet humour imbécile. Bon...

Malheureusement, l'idée du gros con avait tout de même fait résonner la fibre créative de ses petits camarades. Aussi, depuis et régulièrement, l'image d'une pute offerte en affiche de 4 mètres x 3 ou dans nos abri-bus, n'est plus quelque chose qu'on conteste.

PHOT0040Ainsi donc, voici un premier exemple. Admirez, mesdames messieurs la posture offerte de cette femme, qui n'a pas oublié, en passant, de porter un petit maillot à lacets, bien en valeur sur sa poitrine, petit maillot qui ne demande qu'à être ôté. Notez aussi, mesdames messieurs le subtil regard où brûle un désir intense. N'y cherchez, en revanche, aucune espèce d'intelligence. On ne peut pas être belle et intelligente à la fois.

J'exagère ? Et pourtant... Cette magnifique affiche n'est que le hors d'oeuvre... Photo suivante... PHOT0063

Voioioioilllàààà... Alors maintenant, on est dans la véritable représentation de la prostitution. La femme attend au bord d'une route et met en valeur sa poitrine qu'on nous dit "généreuse". Notez son dénuement. Notez aussi son port de corps qui rappelle étrangement le précédent.

Allez, continuons ce joli voyage sur l'image de la femme avec cette troisième publicité...

PHOT0006

Bon, là, on n'est plus du tout dans la subtilité. La femme est réduite à un seul élément de corps, qui, lui-même, est marchandisé et se vend très clairement. Ici, notez la subtile note humoristique (où ça ? vont me dire les plus attentifs d'entre vous... Deux secondes... J'arrive...) puisqu'on illustre, au pied de la lettre, la fameuse expression populaire "Elle déchire". Effectivement, ici, la femme est bien réduite à sa plus simple expression, à savoir un objet de plaisir pour hommes...

Je ne suis pas un père la pudeur, loin de là, mais je reste toujours intimement persuadé que la publicité, à force de véhiculer des images toujours plus réactionnaires à l'égard des individus, ne fait qu'entretenir et conforter les gens dans leurs peur et dans leurs clichés.

Cela dit, j'aimerais bien qu'un publicitaire digne de ce nom me prouve le contraire. Mais autant le prévenir... S'il ne me convainc pas, il ira lui aussi rejoindre l'autre crétin dans une oubliette pleine de rats... J'ai fait installer la même que Josiane dans mon salon. Sinon, j'ai aussi une fosse à requin, au cas où l'oubliette à rats est pleine... Il faut toujours être prévoyant...

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03 novembre 2008

Voyage au pays des idiotes

Le monde se divise en deux catégories... Rappelons-nous de cet adage simple qui permet rapidement de comprendre les notions les plus absconses, les plus incroyables, les plus étonnantes. Ainsi en est-il de la nouvelle campagne pour le géant étasunien de la bouffe pré-digérée. Chez Mac Do, il y a donc deux catégories de personnes : les consommateurs et les futurs consommateurs.

En ces temps délicats où le pouvoir d'achat part en sucette géante, nos amis de la restauration rapide se sont dit qu'il ne suffisait plus d'offrir aux fins gastronomes français que nous sommes, une semelle de viande à chier trop cuite engoncée entre deux pains de mie bourratif, le tout arrosé de soda spécial adipeux. Alors, voilà le temps du jeu-concours, où il suffit d'avoir un cerveau reptilien et un pouce préhenseur, afin de soulever une vague languette qui nous couvre de prix tous plus mirifiques les uns que les autres. Et afin d'appâter le chaland, la campagne qui orne les parois de nos abris-bus donne ceci :

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Que voit-on ? Deux jeunes filles, pratiquement jumelles, dans un intérieur chaud et cossu, aux boiseries généreuses, sont avachies dans un canapé et regardent, absorbées, une boite de hamburger qui diffuse de la lumière. Le slogan intervient alors : grâce au jeu concours, cette simple boite peut se transformer un lecteur de DVD.

Quelle analyse tirer de cette affiche ? D'abord que la femme en général est une imbécile puisqu'elle est incapable de faire la différence entre une boite en carton et un lecteur DVD. Et pour mieux faire comprendre son message, nos amis publicitaires nous montrent deux femmes qui ont la même réaction. Un simple exemple pour tirer une belle généralité. C'est toujours bon à rappeler, parce qu'on aurait tendance à l'oublier...

La deuxième analyse est, à mon sens plus intéressante, puisqu'elle montre à quel point l'image télévisuelle nous fait perdre notre individualité et notre esprit critique : elle fait de nous de simples clones interchangeables prêts à consommer n'importe quoi, à partir du moment où ça nous rapporte un quelconque bien matériel. On est parfaitement dans l'illustration qu'avait énoncé en 2004 Patrick Le Lay, PDG de TF1, la jolie chaîne privée :

« (...) pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible »

Apparaît alors soudain le cynisme impressionnant de la nouvelle campagne de MC Do. Sous couvert d'humour (discutable), ces affiches insultantes nous donnent une réelle vision du libéralisme, avec sa vision ultra-conservatriceultra-conservatrice de la société, où l'homme et la femme sont loins d'être égalitaires et où chaque humain n'est qu'une carte de crédit ambulante, qu'on doit presser comme un citron.

Et soudain, j'ai envie de me revoir le dernier film de Patrick Deweare, Paradis pour tous, d'Alain Jessua (1982), où une nouvelle technique pour combattre la dépression rend les êtres humains affreusement calmes et complètement accros de publicité télévisuelle... Un rêve... Et dire qu'à l'époque, on trouvait que Jessua avait forcé le trait...

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