Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

08 septembre 2008

Phénomènes de Night Shyamalan

ph_nom_nesIl était une fois, chez nos amis étasuniens, à New-York, le début de la fin du monde. Ne cherchez pas, ça commence toujours là-bas, et plus particulièrement depuis l'attentat sur le World Trade Center. A croire que c'est une ville maudite, que les Dieux ont désigné comme porteuse de tous les maux, tant on ne compte plus les films récents qui y situent le commencement de la fin (en vrac, Le jour d'après, Hellboy 2, Cloverfield, Je suis une légende...).

Nous sommes en plein Central Park. Il fait beau et c'est bucolique à souhait. Certains font leur jogging, d'autres jonglent avec des balles en feu, chassent le caribou, construisent des catapultes à nains, promènent leur girafe... bref, font des activités de plein air classiques... Deux filles discutent de rien et de rien (parce qu'elle n'ont vraiment rien à dire) et soudain, tandis que le vent passe dans les arbres (soyez attentif, car ce détail en apparence anodin, n'en est pas un, bande de sacripants) l'une des deux répète plusieurs fois la même phrase. L'autre, bien sûr, blonde, pense que son amie la prend pour une cruche et s'apprête à lui rétorquer que bon, ça va, c'est bon, on lui a déjà fait le coup, et que si elle veut une gifle, elle n'a qu'à le dire tout de suite... Mais elle ne va pas au bout de son action, parce que resoudain, elle se rend compte qu'un immense "un, deux, trois, Soleil" s'est mis en place, et que sa copine a dû dire "Soleil", parce que tout le monde s'est immobilisé. La blonde est dégoûtée, parce qu'elle sent qu'elle a perdu, et qu'elle va sûrement avoir un gage idiot, comme s'enrouler dans du papier hygiénique, tandis qu'on la bombarde de petits suisses Gervais. Mais voilà que sa copine se saisit de l'aiguille qui tenait son chignon, qu'elle la retire. Et là, super surprise, le chignon ne bouge pas, et la blonde est super sciée. Bon, là dessus, la copine se plante l'aiguille dans l'artère et elle en fout partout. La blonde crie alors... A quelques blocs de là, le vent souffle (attention, c'est important !) et un policier se tire une balle dans la tête en pleine rue. Et comme tout ça semble amusant, les passants et les automobilistes font une sorte de relais et se flinguent les uns à la suite des autres... Bon, sauf qu'il n'y a que six balles dans le barillet, alors le jeu s'arrête vite... A quelques autres blocs de là, des ouvriers se jettent de leur échafaudage et s'écrasent à terre, parce qu'ils ont voulu jouer en direct live la fameuse chanson "It's raining men". C'est super sympa... Et oui les amis. Le règne de l'Homme s'achève, car la Nature trouve qu'Il a été vilain avec elle. Alors, elle a décidé de l'éliminer grâce à une toxine naturelle qui rend suicidaire.

Quel grand film ! Il y a eu 2001, l'odyssée de l'espace de Kubrick, il y a eu Le nom de la rose, de J.J. Annaud, il y a eu Embraye bidasse, ça fume, de Max Pecas, il y a eu Good bye Emmanuelle, de François Letterier... Il y a maintenant Phénomènes de Shyamalan...

Mais qu'est-ce qui donne ce charme suranné et moite à ce film ? Est-ce la photographie pâlotte ? Est-ce ces audaces de caméra qui n'hésitent jamais à allier le champ au contrechamp ? Est-ce l'interprétation délirante et extatique de ses interprètes principaux, qui avaient besoin d'un peu d'argent pour vivre, et qu'un agent sans scrupule a orienté vers cette oeuvre ? Est-ce enfin ce souffle épique inégalé d'un scénario délirant aux méandres obscures, où on apprend que faire du mal à la nature, c'est mal, et où on voit des plantes se venger, en faisant souffler le vent ?

mark_wahlberg

T'as vu comme je joue bien la peur, là ?

Zooey_deschanel

Ah ouais, tu le fais hyper bien... Mais moi en plus, je sais plisser les yeux ! C'est Sharon Stone qui m'a appris, après Basic Instinct 2.

Heureusement, la morale du film est claire et grandiose : soyons gentils avec nos amies les plantes vertes, on ne sait jamais, et c'est ce que s'efforce de faire le héros du film (Mark Wahlberg) en s'adressant à l'une d'entre elle. Il FAUT voir cette scène ! Imaginez... Le héros est dans un bureau. Soudain, il s'aperçoit qu'il y a un ficus frémissant tout prêt. Et il sait qu'un ficus blessé est le pire ennemi qu'on puisse avoir... Alors il s'approche lentement de lui, tout en lui parlant le plus gentiment possible. Il lui dit qu'il est gentil, que tout le monde est gentil, mais surtout lui, et que son groupe ne fait que passer, et qu'il ne vont pas déranger Madame la Plante plus que ça... Et là, le suspense est à son comble... Il va pour la toucher, pour la caresser... Et s'aperçoit qu'en fait de ficus, il parle à une plante en plastique ! Ah le con ! Il nous avait tout retourné avec son truc d'Actor Studio, là...

Phénomènes est donc le film du millénaire, qui fait trouver bien fade tout ce qui a été fait avant, et tout ce qui sera crée après, dans le domaine du septième art. Une fois de plus, Shyamalan crée un Monument, un bijou brut, presque aussi bon que ses chef-d'oeuvres précédents (avec une mention spéciale pour Le village ou La jeune fille de l'eau). Du gros, du bon, du lourd, bref, du cinéma comme on aimerait en voir tellement plus souvent...

Posté par esteban à 14:42 - Le cinéma est ton ami - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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