30 mai 2008
Indiana Jones et la carte Vermeil perdue...
En 1994, apparaissait un ovni au milieu de notre petit écran. ça s'appelait "Aux frontières du Réel" (mon dieu, qui est le traducteur responsable de ça ?), ça passait le dimanche vers 18h00 sur M6 et ça mettait en scène deux agents du FBI nommés Fox Mulder et Dana Scully. Sans le savoir, à l'époque, M6 venait d'acquérir les droits sur la poule aux oeufs d'or. Le phénomène a fini par prendre, et un an plus tard, on (re)découvrait la série sous son nom étatsuniens X-Files. Et à l'époque, les fans de fantastique et de SF (dont je suis) devinrent accros de cette série, avec son lot de monstres, de fantômes, de phénomènes paranormaux, et surtout, surtout, de Grand Complot gouvernemental avec des expériences sur du cobaye humain et avec la complicité d'extra-terrestres issus de la (fumeuse) Zone 51...
Malheureusement, Chris Carter, le créateur de la série a oublié une loi essentielle : savoir s'arrêter avant de lasser. Et si la série se porte plutôt bien durant trois saisons, le premier essoufflement a eu lieu à la quatrième... Et plus ça a été, plus on s'est aperçu que Chris écrivait ses scénarios sur le complot au fur et à mesure, et qu'il ne possédait pas de vision d'ensemble, et que les épisodes avec des monstres divers et variés commençaient à tourner en rond. Mais que voulez-vous, la manne du Dieu Dollar est toute puissante... et on a assisté, impuissant, au fil des saisons, à la dégradation de la série, avec, à partir de la septième saison, la quasi-disparition de Mulder, le vieillissement de Scully (qui, d'ailleurs, prenait des kilos, en passant, et qui était de plus en plus habillée comme un sac) et l'apparition de deux agents pas très intéressants...
C'est un peu le même sentiment qui m'a saisi à la vision du quatrième opus des aventures d'Indiana... Le vilain sentiment de m'être fait avoir, l'affreuse impression qu'on en voulait à mon portefeuille...
Bon, peut-être l'avais-je un peu cherché. J'avais déjà été déçu, à l'époque, par "Le Temple Maudit" (qui est très BD, et qui a un côté "Tintin en Inde") et "La dernière croisade". Mais, bon, on ne se refait pas... Et puis, je reconnais aisément que les épisodes deux et trois restent tout de même de bonne tenue. Et ma déception était surtout dûe au fait que je suis un fan inconditionnel du premier épisode...
Mais, là... Tout est raté... Parce que, d'abord, peut-on imaginer un héros vieillissant ? Oui, si on s'appelle Clint Eastwood, et qu'on tourne le génial Impitoyable... Et, pour cela, on a du talent... Mais ici, l'ami Spielbou ne joue pas sur ce tableau...
Steven, écoute-moi ! Il est inconcevable de voir Indiana Jones âgé... Ne voit pas là une quelconque trace de jeunisme là-dedans. c'est juste qu'un héros ne vieillit pas, c'est tout. Imagine-t-on Astérix, Lucky Luke, Snoopy, Superman, Bugs Bunny, Tintin, Calvin et Hobbes, Gaston Lagaffe ou Spirou avoir 60 ans ? Mais s'il n'y avait que ça...
Où est passé la GRANDE scène d'ouverture de chaque Indy, celle avec moult cascades, qui nous collent au siège ? Qu'est devenu le super méchant de chaque épisode (il faut voir ici cette grotesque militaire Russe qui trimbale son épée à la hanche...) ? Depuis quand Indiana travaille-t-il pour le FBI ? Et surtout, qu'est-ce qui a pris à Spielbounet de nous infliger des Extra-terrestres ?
Je passerai donc sur les scènes d'action arthritiques. J'oublierai aussi les trucages numériques d'une incroyable laideur (ah, qui dira le charme de ces fourmis carnivores qui mangent les allemands, dans une scène digne de La momie ? Et qui chantera le charme somptueux du vaisseau spatial des Aliens ?), ainsi que l'humour calamiteux (avec, entre autre, une parodie de Tarzan entouré de singes numériques tout pourris; une pitoyable dispute entre Marion, qui a pris presque 30 ans dans la gueule, et Indy dans des sables mouvants ; une explosion nucléaire dont Indy sort indemne, parce qu'il s'est réfugié dans un réfrigérateur ; et une décontamination à la brosse de Papy Indy, tout nu, avec un p'tit coup, en passant sur le sexe...). Et je ne parlerai pas non plus de la scène finale où meurt la méchante de service, qui plagie carrément la fin du premier épisode...
Bref, j'ai hâte de découvrir, dans 25 ans, Indiana Jones et le mystère de la maison de retraite, avec une grande course poursuite délirante en déambulateur pour atteindre la salle de restaurant, des énigmes passionnantes contenues dans des puzzles 10000 pièces représentant des chatons, et une salle secrète qui renferme un flan aux oeufs et des tubes de vitamines C...
29 mai 2008
De l'art de briser les idéologies...
S'il y a une chose dont manque cruellement nos amis publicitaires, malgré les apparences, c'est d'humour... Et ça n'est jamais si évident que lorsqu'ils ont à faire face à la contradiction. On se rappelle en effet combien les militants de casseurs de pub (www.casseursdepub.org) se sont faits épingler par la justice, pour avoir oser peinturlurer, dans le métro parisien, leurs jolies affiches 4 x 3. Les activistes voulaient juste, par leur action, montrer combien la publicité envahissaient notre quotidien, à grand coup de vulgarité et d'images réactionnaires et sexistes...
Et s'il y a bien une chose que nos amis créatifs ne supportent pas, ce sont toutes les idéologies qui ne prônent pas le libéralisme et le libre échange. Bon, bien sûr, il faut les comprendre : on ne mord jamais la main de celui qui nous nourrit. Il n'empêche que, non contents de dénigrer toute idée qui va à l'encontre de leur système, nos amis n'ont de cesse de se réapproprier tous les grands symboles anti-capitalistes pour, au choix, donner une bonne image de ce qu'ils vendent ou caricaturer à outrance et ridiculiser les contradicteurs.
Les exemples de cette semaine :
Adecco, une boite d'intérim' a besoin de se refaire une belle image. A la base, le travail intérimaire est un travail précaire. Si certains y voient des possibilités de carrière et d'épanouissement personnel, ou encore une preuve de leur grande adaptabilité dans des missions de tout genre, tant mieux pour eux, mais il faut appeler un chat un chat : Adecco offre du travail précaire. Dit comme ça, bien sûr, ça fait tâche... Pour redorer son blason, on va chercher un symbole d'intelligence et de culture : Gandhi. Et, pour enfoncer le clou, on veut nous faire croire que l'entreprise Adecco est une entreprise de droit (Gandhi était avocat), aimant l'esprit des Lumières (Gandhi était philosophe), éprise de liberté (Gandhi était résistant) et de paix (Gandhi était gardien de la paix... Il n'était pas flic, hein, attention... Notez le subtil jeu de mots... Il gardait vraiment la paix...). La question se pose alors : pourquoi a-t-on pris un grand homme de gauche, pour défendre des idées libérales ? Car, après tout, on pouvait prendre un intellectuel de droite... ça existe : Céline, Malraux, Jean-Marc Sylvestre, Philippe Bouvard (euh... Non, là, je m'égare, pardonnez-moi !). La réponse est simple : parce que, profondément, les idées de Gandhi sont dangereuses (il s'est tout de même opposé à un état colonisateur...) contrairement à celles d'un libérale. Alors, vite, abattons ces idées et faisons croire que tout est pareil, que la gauche, c'est pareil que la droite, et que, même Gandhi avait tout de même un fond libéral (la preuve, il participe au système capitaliste sur cette affiche !)...
Et quand on ne peut pas assimiler, on caricature et on vide de son contenu :
La beat generation, aux États-Unis, a donné des oeuvres d'une importance considérable. Relisons, par exemple, pour nous en convaincre, Sur la route de Jack Kerouac. Réécoutons les musiques de Woodstock. Revoyons Hair, ou Harold et Maud. Les hippies avaient une véritable philosophie alternative qui voulait repenser le monde. On peut ne pas être d'accord, mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître les apports sur notre vie présente. C'est grâce à la Beat Generation (pas seulement, mais entre autre), que, dès les années 60, on a repensé la place de la femme et des homosexuels ou qu'on s'est opposé concrètement à la guerre du Vietnam... Mais, là encore, nos amis créatifs ne supportent pas ces idées trop avant-gardistes anti libérales et préfèrent largement les tourner en ridicule. Les hippies deviennent donc des gens sales et chevelus, qui parlent du nez, fument de la drogue et sentent des pieds. Quant aux années 70, elles se réduisent à des tubes disco pourris, et à une police de caractère psychédélique...
Et le pire, c'est que, parfois, j'ai l'impression qu'il n'y a que moi que ça agace et qui ait envie de rouler tous ces margoulins publiphiles dans du goudron et dans des plumes... Un doute m'enserre... Serais-je un écorché vif ?
26 mai 2008
De l'art de torturer les gens...
En 2005 sortait sur les écrans le film de James Wan. Petit rappel : un homme se réveillait enchaîné dans une salle de bain crasseuse. Il découvrait alors, à terre, un cadavre et un autre homme, avec des chaînes aux pieds. Tout l'art de ce film, véritable huis clos, consistait à nous faire découvrir, pas à pas, le pourquoi de l'enfermement de notre homme. Pour l'aider, et par là même, pour nous aider à comprendre, un serial killer, surnommé Jigsaw, guidait notre homme et le torturait à loisir, physiquement et moralement.
Le but de ce serial killer était de faire prendre conscience à ses victimes la véritable valeur de la vie en leur imposant moult épreuves répugnantes où les amputations prenaient une grande place...
Véritable claque cinématographique, le film secouait le cocotier et renouait avec une véritable tradition de films d'horreur sans concession et sans humour des années 70.
Pourtant, le pitch de Saw n'était pas si novateur que ça... En effet, en 2001, Michel Leray tournait un petit court-métrage de 9 minutes intitulé "Pâques Man", qu'on retrouve sur le DVD n°1 de l'anthologie de l'étrange festival. 
L'histoire raconte l'enlèvement de M. Cadoeuf qui fabrique des oeufs Kinder et qui a été responsable de la mort de la petite fille d'un homme. Pour se venger, donc, le père de famille enferme M. Cadoeuf dans une salle de bain, et laisse 3 minutes 30 à notre chef d'entreprise pour sortir de la pièce avant que tout explose. Pour cela, notre directeur doit, à l'aide d'un scalpel, s'ouvrir le corps afin de dénicher des oeufs, dont l'un contient la clef qui lui permettra de sortir de la salle de bain.
Même pitch, même décor, même ambiance, on ne peut croire à une simple coïncidence. Néanmoins, James Wan est parvenu, avec, entre autre, une excellente photographie, à insuffler à son oeuvre une véritable atmosphère. Saw est donc un plagiat, mais, un plagiat qui dépasse, et de loin, son prédécesseur.
Malheureusement pour James Wan, son film a eu du succès. Et donc, voyant les mannes du dieu dollar s'ouvrir, les producteurs ont senti la bonne franchise. Chaque année, depuis maintenant quatre ans, aux alentours d'Halloween, voici donc que débarque un nouveau Saw.
Et là, tout se gâte... Car, plus on avance, plus cette licence devient ridicule. Si le premier épisode de la saga était loin d'être réaliste, on pouvait néanmoins prendre un certain plaisir à savourer le spectacle. Ce n'est plus le cas ensuite. Chaque épisode devant faire mieux que le précédent, on en rajoute dans le gore inutile et stupide, et surtout, on s'aperçoit que le tueur devient l'équivalent d'un Dieu ancien, capable de tout anticiper, y compris la réaction d'une dizaine de personnages différents. Mieux, même mort, il peut continuer à sévir.
Bon, bien sûr, c'était déjà le cas depuis longtemps dans le cinéma d'horreur. Jason par exemple, dans Vendredi 13, devenait un mort-vivant dès le n°6, ce qui résout tous les problèmes. Mais là où Vendredi 13 assumait son crétinisme débordant, avec des scénarios tenant sur des timbres-poste, et des personnages caricaturaux, tout juste bon à être découpés à la machette ou à la débroussailleuse, Saw se couvre d'une aura pseudo intellectuelle, pour faire croire que les scénarios sont hyper travaillés.
Pourtant, lorsqu'on assiste au déplorable spectacle de l'opus 4, on ne peut qu'être affligé du résultat : lumière laide, sadisme idiot, personnages inintéressants voulant faire croire qu'ils réfléchissent, clins d'oeil appuyés aux épisodes précédents avec flash-back incompréhensibles, caméra épileptique, montage clipesque et lieux communs en pagaille (la maison en travaux avec des bâches en plastique derrière lesquelles se cache le méchant, interrogatoire d'un suspect avec ordre de couper la clim pour lui mettre la pression...), scénario prétendument compliqué (sûrement pour faire croire à sa grande subtilité) avec un vague effet de surprise final dont on se fout éperdument. Et les producteurs ne manquant pas d'humour ont déjà mis en place Saw 5 et Saw 6 (!)... Vivement qu'ils tournent Saw 7 (qui n'arrêtent pas de descendre, et qu'il faut tout le temps remonter... Je vous laisse le temps de savourer ce subtil jeu de mots...), Saw Litude (où le serial killer aime se faire fouetter par les embruns au bord d'une falaise), Saw Périlleux (où il travaille dans un cirque) et Saw Malie (où l'action se passe en Afrique)...
19 mai 2008
Un secret, de Philippe Grimbert
Philippe, jeune homme chétif est fils unique. Pourtant, très vite, il s'invente un frère aîné, parce qu'il éprouve un terrible manque et qu'il sent qu'il a besoin de le combler. A l'aube de ses quinze ans, le jeune Philippe va se retrouver confronté à un secret de famille, qui va, entre autre, lui prouver que ce frère aîné n'est pas une pure invention de sa part.
Ce livre autobiographique de Philippe Grimbert nous prouve que l'écriture peut être un acte de délivrance qui nous aide à affronter l'intolérable. Cette histoire, qui a ses racines dans la deuxième Guerre Mondiale, nous replonge dans toute l'horreur de la déportation et de l'antisémitisme, et nous montre les conséquences tragiques sur l'histoire des survivants.
Au delà de ça, Grimbert parvient à nous faire réaliser combien un lourd secret de famille peut empoisonner des générations entières d'individus. Et c'est peut-être ici que le livre prend toute sa dimension puisqu'une histoire individuelle devient quelque chose de collectif, qui nous concerne tous.
La démonstration est d'autant plus implacable que le livre est court, que le style est alerte et qu'on ne s'encombre pas de descriptions inutiles ou de belles phrases. Un livre dont on sort grandi, parce que le narrateur s'adresse à un public qu'il respecte. On n'est pas là pour jouer sur la corde sensible, on est très loin du mélo. L'auteur se met à nu de manière pudique, et c'est peut-être là aussi qu'est la force du livre, qui suggère plus qu'il ne dit, qui expose plutôt qu'il ne démontre.
Un livre d'une grande beauté, d'une grande modestie, qui a le mérite de prendre le lecteur pour quelqu'un d'intelligent. Et ça fait drôlement du bien.
14 mai 2008
De l'art de s'intéresser au monde...
Cela fait des mois et des mois que les médias français traitent de la politique étatsunienne et de ses multiples rebondissements. On nous avait déjà fait le coup il y a quatre ans, on nous remet le couvert. Comme d'habitude, les médias français, allez savoir pourquoi, sont plutôt du côté démocrate si on compte le nombre d'articles, de chroniques et de reportages qui parlent de ce camp.
Si on connaît le nom du Républicain (il faut dire qu'avec un nom de frites, ça se retient), on serait bien en peine de citer les autres candidats du même camp qui ont tenté d'obtenir l'investiture. Inversement, le combat entre Hilary Clinton et Barack Obama déchaîne les passions des journalistes. Un sondage est favorable à l'un ou à l'autre, hop, un article ; une élection pour l'investiture, zou, un reportage ; une déclaration acerbe de l'un ou de l'autre, paf, une analyse en direct...
Mais honnêtement, qu'en avons-nous à faire ? A-t-on informé nos amis étatsuniens des primaires socialistes pour l'élection présidentielle de 2007 ? Je vois bien nos amis texans, devant un tee-bone de 2 kilos, et une bonne Budweiser, la casquette à moitié vissée sur le crâne, regarder, à l'époque, en sous-titré, au fin fond d'un bar enfumé, les débats entre Ségolène Royal, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn...
A la limite, qu'on nous informe sur le futur président étatsuniens, pourquoi pas... Mais ce n'est pas obligé non plus... Et là, j'entends des voix s'élever, en me disant combien mes propos sont scandalisatoires, et combien il est essentiel de connaître la politique de la première puissance économique du monde... Et celle des quatre suivantes, ce n'est pas essentiel ? Et la politique des pays où d'épouvantables dictatures règnent, c'est inintéressant ? (sauf quand, bien sûr, un chouette cyclone ravage le pays... ça c'est bon, coco ! On va se faire de bonnes images bien racoleuses... allez, filme le cadavre qui moisit là-bas.. Parfait ça, pour le vingt heures...) Et même la dernière puissance économique du monde, même celle-ci, ne contient-elle pas des hommes et des femmes qui méritent notre intérêt ?
Parce que ne nous voilons pas la face... John Mac Cain sera probablement le prochain président étatsunien parce que ce pays est en grande majorité conservateur. Et quand bien même Barack Clinton ou Hilary Obama serait élu, qu'est-ce que ça va concrètement changer ? Parce que, malheureusement pour nos amis étatsuniens, la différence entre démocrates et républicains est tellement ténue qu'on serait bien embêtés de dire concrètement en quoi elle consiste... Chez les républicains comme chez les démocrates, on est croyant, pratiquant, pas trop opposés à la guerre en Irak, et pas franchement anti-OGM ou anti-4X4...
A ce propos, je vous conseille les méthodes originales de Michaël Moore dans "Dégraissez-moi ça" pour élire un nouveau président. (page 36, "Ne votez pas, ça les encourage à continuer"). Il propose par exemple une course de 35 tonnes où le premier arrivé gagne, un concours de magie, où David Cooperfield arbitrerait et où on attacherait les candidats dans une caisse hermétiquement close qu'on jetterait dans l'eau. Le premier qui se délivrerait gagnerait... ça me plaît bien tout ça...
13 mai 2008
De l'art d'analyser une publicité, en toute objectivité, bien entendu...
Tandis que je rentrai l'autre soir sur les coups des deux heures du matin dans mon antre, voici qu'une somptueuse publicité se dressa face à moi. N'écoutant que mon courage, et estimant qu'elle ne devait pas polluer seulement mon espace visuel à moi personnellement, je dégainai mon appareil et pensai à vous, lecteur adoré... Voici donc la bestiole du jour :
Que découvre-t-on sur cette merveille ? A gauche de l'image, un homme, la trentaine, au premier plan, avec une barbe de deux jours. Derrière lui, une femme, un poil plus jeune, qui s'appuie sur lui. Il nous regarde, elle non. Ils sont au milieu des dunes d'un désert de sable. A droite de l'image, une grande étendue avec de l'eau. Le photographe a, cette fois, opté pour un plan large. On voit nettement trois zones se dessiner à chaque tiers de l'image : le ciel nuageux (avec la marque LAFUMA) / le ciel bleu (avec le slogan ÉCOUTONS RESPIRER LE MONDE) / la terre humide.
Quelle analyse peut-on en tirer ? Notons d'abord qu'on a une image très classique des rapports homme / femme : l'homme est devant, son regard est franc. Il affronte. Il est celui sur qui on peut compter, sur qui on peut s'appuyer (et la femme ne s'en prive pas). Il reste une part de mystère en lui (ses cheveux, ses yeux et sa barbe sont noirs) mais il est néanmoins terre à terre puisqu'il nous regarde directement. Inversement, la femme reste dépendante de l'homme, elle s'efface à son profit. Son regard de côté insiste sur le fait qu'elle est rêveuse (ou fuyante ?). Comme toute femme, elle sait facilement exprimer ses sentiments : elle sourit, elle est heureuse (contrairement à l'homme qui reste un être neutre). Remarquons enfin l'aspect complémentaire de nos deux êtres : l'un est en rouge (le feu, la passion, la violence), l'autre est en vert (la nature, la douceur, l'espérance).
Toute l'affiche joue d'ailleurs sur la symétrie inversée, sur les correspondances : ainsi d'un côté on a le ciel clair et sans nuage, de l'autre on a un ciel chargé. D'un côté l'eau, de l'autre, le feu. D'un côté des couleurs plutôt chaudes, de l'autre, des couleurs froides. D'un côté un plan américain (on s'intéresse aux personnages, à leurs émotions), de l'autre un plan d'ensemble (on s'intéresse au paysage, à sa grandeur, à sa beauté). Et on retrouve, à peu de chose près, le Yin et le Yang (A gauche, l'homme est omniprésent, mais on a une touche de nature à l'arrière-plan ; à droite on a une nature immense, avec quelques traces de présence humaine au bas de l'affiche).
Le slogan "Écoutons respirer le monde" est aussi dans une optique bienveillante : l'impératif présent nous inclut dans le discours et sous-entend clairement la nécessité de vivre en harmonie avec la nature ; la personnification du monde (qui "respire" tout comme un être vivant) rappelle bien toutes les philosophies indiennes ou animistes...
Alors, une réussite, cette publicité ? Pas vraiment... Outre l'aspect traditionnel des rapports homme / femme qu'elle entretient, et son idéologie très "Nature et découvertes" (la chaîne de magasins des citadins qui veulent croire qu'on fait de l'écologie lorsqu'on achète une boussole, des étoiles phosphorescentes à coller au plafond ou un laser de chants d'oiseaux...), on peut s'interroger sur son slogan. En effet, à une lettre près, le mot MONDE devient le mot MODE. Et lorsqu'on regarde nos deux spécimens d'humains, on ne peut nier qu'ils sont vraiment bien habillés (notez qu'en plein désert, notre homme ne sue pas... Mais un héros ne transpire jamais, il faut dire...).
Sans compter qu'entre la MODE et le MONDE, il n'y a que N (haine) entre eux... Et oui, amis créatifs, vous voyez, votre inconscient vous joue des tours...
12 mai 2008
Ma grand-mère est morte...
Des années qu'elle était à l'hôpital. Atteinte de la maladie de Pick. C'est une variante d'Alsheimer. Il y a deux ans, elle me reconnaissait encore. Et puis, l'an dernier, en juillet, j'y suis allé. J'étais un fantôme. Elle ne me voyait même plus. Son regard me passait à travers.
Elle est décédée ce matin, au environ de sept heures. Il n'y aura aucun hommage pour elle, parce que personne ne la connaissait plus. Elle faisait partie des anonymes, au même titre que nous tous.
Sa vie tiendrait en quelques lignes. Rien de glorieux. Même moi, je ne garde pas de souvenirs extraordinaires d'elle. Je me souviens quand j'allais chez elle à Paris. Je me revois surtout, petit, jouer à terre, entre ses fauteuils, avec mes personnages de Darth Vador et de Luke Skywalker. Elle lisait du Agatha Christie, jouait chaque semaine au loto, même si elle n'a jamais gagné quoi que ce soit, ou si peu. Elle cuisinait merveilleusement les accras de morue, et c'était une vraie récompense lorsqu'elle m'en faisait. Elle jouait avec moi aux petits chevaux ou au bingo. Elle m'emmenait au square Croulebarbe, à deux pas de l'avenue des Gobelins, pas loin des cinémas La Fauvette. Je l'entends encore avec son fabuleux accent guadeloupéen... Elle s'appelait Paule, et elle avait quitté les Antilles à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour rejoindre son mari.
Voilà. C'est terminé pour elle. Et moi, alors que je la savais malade, et que je ne la voyais plus guère, je me sens orphelin ce soir, tout triste, tout vide. Je lui laisse cette petite musique d'un film que j'aime beaucoup. Je pense qu'elle l'aurait appréciée.
06 mai 2008
De l'art d'être obsédés
S'il est une seule caractéristique qui définit parfaitement cette période bénie et merveilleuse qu'est l'adolescence, c'est bien la frustration, à tout point de vue, d'ailleurs. L'adolescent a soif de liberté, d'évasion, bien sûr. Mais surtout, chez l'adolescent garçon, on trouve un manque caractéristique de sexe qui se double d'une terrible angoisse existentielle sur sa propre normalité. Aussi, le garçon passe son temps à grappiller, comme il peut, la moindre information sur le sexe. Mais comme ce n'est pas évident, et qu'il est délicat et/ou gênant de poser des questions à ses parents et peu intéressant d'interroger ses potes (qui en savent autant que le garçon pré-cité), il n'est pas rare de voir des garçons ressasser leurs angoisses dans leur coin et attendre que ça passe (Mon sexe est-il trop petit ? Comment on met une capote ? Est-ce que je bande bien ? C'est normal de se masturber ? Suis-je homo ? ...).
Lorsqu'on pense tout le temps à quelque chose, il est logique que cette chose ressorte souvent dans nos conversations. Ainsi, si l'on filmait des garçons entre eux, on verrait clairement que la sexualité occupe tout de même une place relativement importante dans leur discours. Bien sûr, cela apparaît sous forme d'insultes, de grosses blagues bien grasses et bien salaces, ou de provocation. Mais c'est logique, en définitive. A partir du moment où l'on est frustré, l'objet de notre frustration devient pour nous une obsession.
Virgin vient de lancer une jolie campagne publicitaire...
Que voit-on ? Tous les clichés du film pornographique de base : le beau pompier bien chaud et bien galbé (faut-il rappeler que le "pompier" est une manière de désigner une fellation ?), la grosse infirmière blonde salope, avec sa grosse piqûre. On notera qu'on mange à tous les râteliers : l'icône gay (allons-y dans les clichés : le décor à paillettes rouge passion en fond, le petit chien à sa mèmère et, surtout, la jolie petite trace de cambouis sur la pommettes. L'homosexuel est un être sensible et viril à la fois...) et l'icône hétéro (qui n'a pas fantasmé sur ce fameux lieu commun qui dit que les infirmières ne portent rien en dessous ?).
Et tout ça pour me vendre quoi, les amis ? Un quelconque salon de l'érotisme ? Un préservatif nervuré ? Un sex toy amusant ? Que nenni ! Ici, on nous propose un forfait de téléphone. Quel rapport avec le sexe ? Aucun, me direz-vous. Sauf si on capilotracte (on tire par les cheveux... Capillus, le cheveux, et tracter...) à mort, et qu'on va chercher un symbole phallique dans le portable (Encore que, j'ouvre une parenthèse, mais on peut le trouver, ce symbole phallique. Je me souviens d'une pub tchèque d'il y a une dizaine d'années, où on voyait un type, nu, allongé, et qui tenait son portable devant son sexe).
Si j'ai une relative tolérance envers un ado frustré, je suis, en revanche, très agacé par ces créatifs qui sont infichus d'avoir une vie sexuelle ne serait-ce qu'un minimum épanouissante, et qui ne trouve rien de mieux que de nous afficher en 4 mètres sur 3 le résultat de leur misère sexuelle. Vous vous voyez, vous, coller dans la rue, sur de grandes affiches, vos fantasmes secrets ?
Qu'on crée d'urgence une association caritative pour aider ces pauvres gens. On ne peut pas les laisser souffrir comme ça... Il faut les piquer...
02 mai 2008
De l'art de jouer avec les mots
40 ans se sont écoulés depuis la révolution de mai 68. Il nous reste encore des acquis, bien sûr, mais cette célébration prend parfois des allures de campagne marketing pour vendre des pavés souvenirs en mousse, des compilations des Papa's et des Mama's et des tee-shirts à l'effigie du Che.
En 40 ans, la droite française a changé. A l'époque, persuadée qu'elle serait éternellement aux commandes du pouvoir, la droite ne faisait guère d'efforts et se permettait d'être ouvertement réactionnaire. A l'inverse, la gauche incarnait des forces de progrès sans trop de difficultés puisque l'adversaire était aisément reconnaissable. Mais voilà qu'un jour, il y a eu, en France, une vraie alternance, et nos amis de droite ont pris une bonne baffe dans la figure. Ils se sont dit, un peu tard à l'époque, qu'on ne les y reprendrait plus. Quelques décennies plus tard, ils ont tenu parole...
Mais comment ont-ils fait ? Simple. Ils ont regardé comment leurs amis créatifs et publicitaires vendaient leurs produits. Et ils ont bien retenu la leçon. L'important n'est pas dans le contenu d'un programme mais dans la manière qu'on a de le faire passer. Et ils ont appris à communiquer, tout simplement. Et pour bien communiquer, il suffit d'avoir quelques mots de vocabulaire et de savoir jouer avec les mots.
Ce matin, sur France-Inter, une radio (encore) publique, on pouvait entendre au journal de sept heures le leader d'extrême gauche, Olivier Besancenot, déclarer que ce mois de mai 2008 avait un parfum de mai 68, avec toutes les manifestations à venir. Juste après, on entendait un leader de l'UMP, notre droite préférée du monde, dire que la différence avec mai 68 résidait dans le fait qu'aujourd'hui c'était la gauche qui était conservatrice puisqu'elle restait accrochée à ses acquis, alors que la droite incarnait (comme les ongles... Non, pardon, je m'égare) les forces de progrès puisqu'elle n'hésitait pas à réformer à tout va...
Passé l'instant où j'aurais volontiers étranglé cet homme pour lui faire ravaler ses propos, et celui où j'ai eu envie de mettre le feu à ma radio (ce qui aurait été idiot, puisque je ne dispose d'aucun extincteur dans mon appartement), je restais admiratif devant le glissement sémantique du mot "réforme". La réforme, selon mon gros Larousse est un "changement important, radical, en vue d'une amélioration". Le problème est d'interpréter ensuite le terme "d'amélioration".
Un mot n'a de sens qu'avec la pensée qui l'englobe. Je m'explique. Si je raconte une grosse blague raciste bien dégueulasse, cela n'aura pas le même sens si je suis un militant antiraciste ou si je suis un adhérent d'extrême droite. Et pourtant les mots seront strictement les mêmes. Une "réforme", à la base, n'est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend la pensée politique de celui qui l'énonce. Un changement peut être, selon le point de vue, une excellente ou une très mauvaise chose.
Ainsi, l'important n'est pas de juger un gouvernement au nombre de ses réformes, mais plutôt au contenu de ses réformes.
Je ne doute pas un instant de la sincérité des princes actuels qui nous gouvernent. Je ne peux pas croire que nous ayons à faire face à un groupe de personnes de mauvaise foi qui aime faire souffrir le peuple. De la même manière que je ne peux pas croire que le progrès ne réside que dans le peuple de gauche (même si, je l'avoue, cela m'arrangerait). Il existe des gens intègres dans toutes les formations politiques, et ces gens ont chacun leur conception du bonheur collectif qui peut ou non, rejoindre ma propre conception des choses.
Mais cessons de nous faire avaler que notre prince actuel affublé de son cortège de ministres soit la meilleure chose qui ne nous soit jamais arrivée. Cessons de vouloir nous faire avaler l'idée que refuser une réforme qui nous semble dangereuse est un acte de frilosité. Débattre, c'est écouter l'autre, et construire ensemble, de manière coopérative. Alors bien sûr, avec cette optique, la démocratie devient quelque chose de beaucoup plus complexe que de glisser un bulletin de vote dans une urne lorsque les princes nous le demandent. Mais c'est seulement à ce prix qu'on ne se retrouve pas dans une société où le paraître est plus important que l'être, où l'individuel prend le pas sur le collectif et où les communicants se la jouent strass et paillettes en permanence...




