Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

06 mai 2008

De l'art d'être obsédés

S'il est une seule caractéristique qui définit parfaitement cette période bénie et merveilleuse qu'est l'adolescence, c'est bien la frustration, à tout point de vue, d'ailleurs. L'adolescent a soif de liberté, d'évasion, bien sûr. Mais surtout, chez l'adolescent garçon, on trouve un manque caractéristique de sexe qui se double d'une terrible angoisse existentielle sur sa propre normalité. Aussi, le garçon passe son temps à grappiller, comme il peut, la moindre information sur le sexe. Mais comme ce n'est pas évident, et qu'il est délicat et/ou gênant de poser des questions à ses parents et peu intéressant d'interroger ses potes (qui en savent autant que le garçon pré-cité), il n'est pas rare de voir des garçons ressasser leurs angoisses dans leur coin et attendre que ça passe (Mon sexe est-il trop petit ? Comment on met une capote ? Est-ce que je bande bien ? C'est normal de se masturber ? Suis-je homo ? ...).

Lorsqu'on pense tout le temps à quelque chose, il est logique que cette chose ressorte souvent dans nos conversations. Ainsi, si l'on filmait des garçons entre eux, on verrait clairement que la sexualité occupe tout de même une place relativement importante dans leur discours. Bien sûr, cela apparaît sous forme d'insultes, de grosses blagues bien grasses et bien salaces, ou de provocation. Mais c'est logique, en définitive. A partir du moment où l'on est frustré, l'objet de notre frustration devient pour nous une obsession.

Virgin vient de lancer une jolie campagne publicitaire...

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Que voit-on ? Tous les clichés du film pornographique de base : le beau pompier bien chaud et bien galbé (faut-il rappeler que le "pompier" est une manière de désigner une fellation ?), la grosse infirmière blonde salope, avec sa grosse piqûre. On notera qu'on mange à tous les râteliers : l'icône gay (allons-y dans les clichés : le décor à paillettes rouge passion en fond, le petit chien à sa mèmère et, surtout, la jolie petite trace de cambouis sur la pommettes. L'homosexuel est un être sensible et viril à la fois...) et l'icône hétéro (qui n'a pas fantasmé sur ce fameux lieu commun qui dit que les infirmières ne portent rien en dessous ?).

Et tout ça pour me vendre quoi, les amis ? Un quelconque salon de l'érotisme ? Un préservatif nervuré ? Un sex toy amusant ? Que nenni ! Ici, on nous propose un forfait de téléphone. Quel rapport avec le sexe ? Aucun, me direz-vous. Sauf si on capilotracte (on tire par les cheveux... Capillus, le cheveux, et tracter...) à mort, et qu'on va chercher un symbole phallique dans le portable (Encore que, j'ouvre une parenthèse, mais on peut le trouver, ce symbole phallique. Je me souviens d'une pub tchèque d'il y a une dizaine d'années, où on voyait un type, nu, allongé, et qui tenait son portable devant son sexe).

Si j'ai une relative tolérance envers un ado frustré, je suis, en revanche, très agacé par ces créatifs qui sont infichus d'avoir une vie sexuelle ne serait-ce qu'un minimum épanouissante, et qui ne trouve rien de mieux que de nous afficher en 4 mètres sur 3 le résultat de leur misère sexuelle. Vous vous voyez, vous, coller dans la rue, sur de grandes affiches, vos fantasmes secrets ?

Qu'on crée d'urgence une association caritative pour aider ces pauvres gens. On ne peut pas les laisser souffrir comme ça... Il faut les piquer...   

Posté par esteban à 18:12 - la publicité est ton amie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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