Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

19 avril 2008

Dead like me

dead_like_meGeorge est une adolescente qu'on giflerait volontiers. Non pas que ça changerait grand chose, mais ça détendrait carrément. Jamais contente, George pense que la vie craint, et tout particulièrement la sienne d'ailleurs. C'est ainsi qu'elle décide d'arrêter l'école et de se dégoter (mollement) un travail.

C'est son premier jour. Elle se retrouve dans l'univers pénible d'une grande entreprise, avec ses bureaux et leurs demi cloisons dans une immense salle, et elle observe tout ça du haut de son regard blasé et critique, revenu de tout, de sale pré-pubère (qui mérite des baffes).

Mais, tandis qu'elle prend sa pause déjeuner, voilà que les toilettes de la station Mir, suite à un incident, lui tombent sur la figure et la tuent. Et voilà George qui se retrouve, en compagnie d'un petit groupe hétéroclite, à apprendre son nouveau métier : faucheuse d'âme. Elle doit donc recueillir les âmes des futurs défunts avant qu'ils ne décèdent de mort violente.

dzad_likeLe décor est planté, pour cette série pleine de tendresse et d'humour noir, arrêtée trop tôt (deux saisons seulement, soit 29 épisodes), sans doute pour cause d'audience. Il faut dire aussi que cette série n'est pas faite pour plaire à tout le monde : on rit de la mort, on remet en cause une quelconque divinité (ici, la mort n'est qu'une grande administration de plus), et surtout, on voit le monde par le biais du regard (cynique) de cette adolescente, morte trop tôt à son goût.

Chaque épisode va alors à la fois s'articuler autour des défunts dont les faucheurs doivent recueillir l'âme (et souvent, les rencontres sont poignantes), et aussi autour de la vie des faucheurs, leur vie quotidienne (les faucheurs, comme nous, doivent manger, gagner de l'argent, avoir un travail, chercher un appartement, même s'ils sont morts), mais aussi leur passé (et on apprend, au détour de certains épisodes, les drames et les fragilités de chaque faucheur).

Une très jolie série, qui n'aurait probablement pas existé sans la fabuleuse série "Six feet under", et qui, sans arriver au niveau de cette dernière, est une jolie cousine éloignée, qu'on aurait volontiers suivie tout au long d'une troisième saison...

Rien à voir. Je pars une petite semaine en Irlande pour le travail. De retour le vendredi 25. Soyez sages d'ici là.

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17 avril 2008

Petite histoire

Mai 2006. J'ai eu la chance de travailler pendant dix jours au festival de Cannes. Je n'étais pas accrédité pour la sélection officielle, mais je m'en foutais. J'avais accès à la Semaine de la Critique, à Ecran Junior et surtout, à la Quinzaine des Réalisateurs qui est, à mon avis, avec la sélection Un Certain Regard, un lieu où on trouve une véritable création.

Et, avant chaque film, on avait un très beau générique, le générique de la Quinzaine, composé d'images de films qui avaient été sélectionnés, le tout sur un petit air de piano tout simple : Ré mineur, La mineur, Fa majeur, Sol 7. Je l'ai enregistré comme j'ai pu, et on entend même ma voix et celle d'une collègue au début. Un enregistrement collector, quoi...

quinzaine_des_réalisateurs_musique

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15 avril 2008

Trois clichés en passant

Une nouvelle pellicule. Mon argentique a pas mal traîné au fond de mon sac ces derniers temps. Trois ambiances, différentes, qui reflètent mes p'tits parcours.

vieux_Nice

(le vieux Nice)

Meailles

(Meailles, Alpes de Haute Provence)

Verrou

(Sous Station Lebon, ancienne usine EDF reconvertie en atelier d'artiste, Nice)

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13 avril 2008

Le bon, la brute et le massacre...

le_bon__la_brute"Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent... Toi tu creuses !".

C'était l'époque où les répliques cultes le devenaient après coup parce qu'on allait encore et encore au cinéma pour écouter les personnages prononcer leurs (géniales) lignes de dialogue. C'était l'époque où Sergio Leone venait de sortir "Le bon, la brute et le truand".

Véritable leçon de cinéma, ce qui frappe de prime abord dans ce film c'est l'absence de dialogue au profit de l'action et de la musique. Lorsque le générique de début se termine, il s'écoulera 10 minutes avant d'entendre la première phrase. Nous sommes dans l'Ouest sauvage, et ici, c'est d'abord la brutalité qui s'exprime. "Quand on tire, on raconte pas sa vie" dit Tuco à un bandit qu'il vient de tuer et qui a fait l'erreur de lui parler avant de dégainer. Tout est là. Nous sommes dans un monde d'homme d'une rare violence (la seule femme qui a quelques lignes de dialogue est une prostituée qui va prendre des baffes de la part de Lee Van Cleef, parce qu'elle détient des informations qu'il a besoin d'obtenir) . Seules les armes parlent. Les mots sont des balles qui trouent le corps. Dans l'Ouest, on meurt pour rien. Il n'y a plus de logique, plus d'amour, plus de confiance...

Outre ce particularisme, on ne peut qu'être frappé par l'usage systématique et alterné de plans larges sur les paysages et de plans serrés sur les personnages. Dans "Le bon, la brute et le truand", la forme est aussi importante, voire plus, que le fond. Les plans s'étirent, le rythme se ralentit, même lorsque les actions se précipitent. A la fin du film, par exemple, alors que les protagonistes touchent au but, Léone fait faire à Clint Eastwood un détour, et le confronte à un jeune soldat sudiste en train de mourir. Scène touchante et émouvante, sans un mot, on comprend, à travers le regard de Eastwood, toute l'absurdité et l'imbécillité de la guerre.

Le troisième atout de ce film est contenu dans l'ambiguïté même des trois personnages principaux, contrairement à ce que le titre annonce. Ici, pas de manichéisme. Lee Van Cleef (la brute) n'est pas plus brutal que les deux autres. Les trois personnages sont égoïstes et arrivistes, et pourtant, Eli Wallach (le truand) dévoile toute sa fragilité lorsqu'il est confronté à son frère, qui le rejette et qui est devenu moine. Et la quête de l'argent des trois protagonistes ne va pas les empêcher de faire sauter un pont qui était le point d'orgue d'une bataille stupide entre les nordistes et les sudistes et de sauver ainsi des centaines de vies...

Malheureusement, l'ère du DVD est arrivée, et des producteurs, voulant offrir toujours plus au spectateur, ont décidé de restaurer tout le patrimoine cinématographique. Si, parfois, le dépoussiérage d'un film offre d'excellentes surprises (la toute dernière édition de Blade runner de Ridley Scott, par exemple, est une splendide réussite), la moulinette hollywoodienne a fait ici un carnage monstrueux...

A l'origine, le film de Sergio Leone, sorti en 1966 en Italie, faisait 177 minutes. Deux ans plus tard, une sortie étasunienne imposa à la version américaine un rabotage en règle, et on se retrouva avec une version, doublée en anglais, de 161 minutes. C'est cette version que l'on connaît. Sergio Leone, paraît-il, était furieux d'avoir dû faire ça, et on le comprend... Les années ont passé, et le maestro est mort en avril 1989, sans avoir jamais retouché son film. Mais, en 2002, des producteurs ont décidé de reprendre la version italienne et de la restaurer... Pourquoi pas... Sauf que les scènes coupées de la version US n'avaient jamais été doublées... et qu'on a donc fait appel aux acteurs de l'époque pour les doublages voix des rôles principaux. Si Clint Eastwood et Eli Wallach ont volontiers accepté, il n'en fut pas de même pour Lee Van Cleef, puisque l'acteur était décédé en décembre 1989... La morale de l'histoire est qu'on se retrouve maintenant avec un film qui contient sept scènes supplémentaires très inutiles et longuettes (pardon Sergio...) avec de très fortes différences de voix (Eli et Clint ont tout de même pris 40 ans entretemps...) ou des voix différentes... Et pour couronner le tout, les producteurs sont même allés chercher une scène ridicule où Tuco, près d'un feu et plumant une poule, recrute trois mexicains pour tuer Blondin (Clint Eastwood), scène qui avait été tournée par Leone mais qui avait été supprimée de la version italienne par le cinéaste lui-même...

Dans les bonus, un des protagonistes dit que Léone, s'il était vivant, aurait été très content de cette nouvelle version... C'est sûr les gars, on ne prend jamais de risques en faisant parler les morts, parce qu'il ne vous contrarient que rarement... Jean Tibery, maire du 5ème arrondissement de Paris, en sait quelque chose... Il les a fait voter pour lui il y a quelques années...

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11 avril 2008

La traversée du temps, de Mamoru Hosoda

La_travers_e_du_temps__Mamuro_HosodaMakoto, ce 13 juillet-là, s'est levée en retard. Et rien ne va aller dans sa journée, puisqu'elle va cumuler déveine sur déveine, jusqu'à ce fameux accident qui va lui coûter la vie... Et pourtant, quelque chose se passe. Quelque chose qui fait qu'elle ne meurt pas. Quelque chose qui fait qu'elle peut, à loisir, remonter le temps et le changer. Et, bien sûr, à travers cette expérience, elle va grandir, et se découvrir des sentiments vis-à-vis d'un garçon qu'elle avait toujours considéré comme un ami jusque là...

Si les mangas des années 70 et 80, qui arrivaient sur notre continent, rivalisaient en laideur et en pauvreté d'animation (qui chantera les beautés cachées d'Albator, les délires visuels de Candy, les scénarios incroyablement élaborés de Goldorak, de Jeanne et Serge ou de Olive et Tom ?), force est de constater que la donne a changé depuis le jour où un distributeur, au début des années 90, a décidé de mettre sur les écrans français Akira de Katsuhiro Otomo. Immense claque, ce film d'animation révolutionnait le genre et déclenchait un engouement pour des productions ambitieuses et adultes.

La traversée du temps aborde de manière douce et poétique un thème classique de science-fiction : le voyage temporel. Si on retrouve clairement des aspects de la comédie de Harold Ramis, Un jour sans fin (excellente comédie sur ce thème... Qui chantera les joies du jour de la marmotte, que le héros du film, joué par Bill Murray, revit sans cesse ?), on est aussi dans une très belle réflexion sur le passage de l'adolescence à l'état d'adulte, comme dans un roman d'apprentissage qui se respecte. quartier_lointain

Et cette traversée du temps n'est pas sans rappeler cette formidable bande dessinée de Jiro Taniguchi, Quartier lointain, où un adulte se retrouve projeté dans le temps et revient, avec son esprit d'adulte, dans son corps d'adolescent. Il a alors une chance de comprendre pourquoi son père, un jour d'été, a purement et simplement quitté son foyer et d'empêcher tout ça. Mais notre héros est-il vraiment là pour changer son passé ?

Deux oeuvres touchantes, donc, qui raisonnent bien l'une avec l'autre, qui abordent les sentiments de manière belle et pudique, et qui nous présentent un Japon ordinaire et quotidien, avec des personnages qui touchent à l'universel.

Deux oeuvres à découvrir d'urgence.

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09 avril 2008

De l'art de faire du cinéma de grande qualité

Attention mes lecteurs nombreux et adorés, le 9 avril marquera à jamais vos esprits à moitié flétris à cause d'une surconsommation télévisuelle et d'une adhésion sans distance aux lois si égalitaires du monde libéraliste (je reprends mon souffle, là...). Mais que va-t-il se passer, mercredi prochain, vous dites-vous soudain ? Le gouvernement chinois va-t-il reconnaître qu'il n'est qu'une épouvantable dictature ? Les sans-papiers vont-ils être finalement laissés tranquilles et régularisés ? Le discours écolo va-t-il enfin être reconnu comme la priorité des priorités ?... Mieux que ça, les amis...

the_eyeMercredi prochain sort, sur tous les écrans français, le remake des frères Pang, "The Eye", de Xavier Palud et David Moreau, les réalisateurs de "Ils". Comment ? Vous vous attendiez à mieux ? Vous voulez dire que vous êtes carrément déçus de mon annonce ? Bande de gauchistes ingrats...

Voici donc un énième remake inutile de film asiatique déjà pas révolutionnaire à la base... Oui, mais voilà, madame, monsieur, c'est réalisé par des français ! Et ça change tout. ça vous cloue le bec, non ? Leur premier film ayant plu aux pontes hollywoodiens (et à moi aussi soit dit en passant... Même si mes amis ne me parlent plus depuis à cause de cette divergence), le gros machin a été confié clef en main aux deux français. Tout est hollywoodien : la manière de filmer, la manière de tout mouliner à la sauce hamburger, la manière de faire sursauter... Mais, les réal' sont français...

hitman

Durant le week-end de Pâques, plutôt que d'aller branler quelques cloches en agitant mon p'tit corps au son de chants christiques, je suis allé traîner du côté de 06 en scène (trois jours de danse, de théâtre, de spectacle, de cinéma, de concert, tout gratuit...) et je me suis retrouvé à voir "Hitman" de Xavier Gens. "Hitman", énième film tiré d'un jeu vidéo, est une adaptation ratée et un film médiocre. Est-ce dû au charisme de gant de toilette du héros, à l'histoire bourrée de poncifs, à l'actrice idiote et inutile qui accompagne n°47 (le héros, avec un code barre tatoué derrière le crâne) ou encore à la caméra paresseuse qui filme tout ça ? A moins que ce soit parce qu'il s'agit d'une production Besson ?

Le point commun entre ce film et "the eye" est que, là encore, on a un français à la caméra. ça change quoi ? Rien... sauf que c'est un français. Un tâcheron, certes, mais français... Après la projection de "Hitman", le réalisateur, invité, avouait que, contrairement à son premier film ("Frontières", sorti au début de l'année), il avait dû adapter son style aux contraintes du film. Dit clairement, cela signifiait que les studios avaient le dernier mot, et qu'il n'était qu'un simple exécutant...

Il n'y a pas si longtemps, les studios engageaient comme Yes-Man, des réalisateurs issus du clip. Maintenant la mode semble être au frenchis... Malheureusement, hormis quelques exceptions (comme Alexandre Aja et son excellent "La colline a des yeux", mille fois meilleur que le poussif et daté machin de Wes Craven), tous ces réal' semblent voués à tomber dans l'oubli.

Ces réalisateurs qui partent aux States, persuadés qu'ils vont réussir et s'en sortir face à Hollywood, ça me rappelle l'histoire d'Ulysse qui doit affronter les sirènes. Mais c'était il y a longtemps...

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07 avril 2008

Solitude irlandaise

PHOT0526

Promenade pas loin de Dublin en janvier dernier. Il était seul et méditait. J'aimais imaginer sa vie. Triste ? Contemplatif ? admiratif ? Ou un peu des trois à la fois ? En tout cas, j'ai eu envie de le photographier...

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03 avril 2008

La grosse comédie est ton amie de toujours

Comme le film d'arts martiaux est à l'Asie, comme le film d'action est aux États-Unis, comme le Bollywood est à l'Inde, la grosse comédie beauf pouet-pouet est à la France. En une semaine débarquent sur nos écrans deux merveilles qui, à coup sûr, feront la joie des cons petits et des grands. Amis du comique qui tache, et qui sent l'huile de friture, vous allez vous régaler. N'espérez pas échapper à l'intox, la machine est huilée : squattage dans les quotidiens, interviews pénibles et creuses, animateurs qui servent la soupe, making-off commerciaux navrants, reportages inutiles dans les journaux télévisés, micro trottoirs des premiers spectateurs des premières séances qui nous disent que, bin oui, ils étaient morts de rire, pseudo soirée Jet-Set pour lancer les films et surtout, surtout, l'argument qui tue : l'ambiance sur le plateau de tournage était décontractée et tout le monde s'est amusé comme des fous. Même qu'il y a eu de sacrés séances de fous rires...

Du lourd on vous dit...

discoOn reprend l'équipe de "Camping", (même réalisateur, même acteur principal), on reprend le thème (notre ami le beauf' a tout de même un coeur) et on remet le couvert. Rien qu'à voir l'affiche, ça fait envie... Tous les clichés du disco sont alignés : pantalon moulant, posture à la Travolta, grosses lunettes qui tuent, couleurs flashis à rendre malade et dépressif un caméléon adulte, références aux WMCA...

On notera aussi les noms qui partagent l'affiche. Béart et Depardieu... Bon, Depardieu, encore, on comprend. Depuis sa période américaine (qui se souvient du merveilleux "Greencard" de Peter Weir ?), Depardieu n'a plus fait grand chose d'intéressant d'un point de vue artistique... La période avec Blier est bien lointaine... Béart, en revanche... ça n'a pas l'air d'être facile de vieillir...

Mais surtout, ce qui frappe dans cette affiche, c'est cet immense sentiment de vide et de mille fois déjà-vu du scénario...

randonneursEn face, dans une semaine, on nous sert du frais... L'affiche, là encore, est révélatrice. On retrouve l'atmosphère des Bronzés 3 (un chef-d'oeuvre tiens, celui-là), matinée de feu le réalisateur Max Pecas (à qui on doit des grands monuments du cinéma tels que "On se calme et on boit frais à St Tropez" ou "Embraye bidasse, ça fume"), et d'un zeste des "Sous-doués en vacances". On pensait être, pour toujours, débarrassé de ce cinéma à la papa, mais non... Et même pas de honte dans tout ça... Philippe Harel (à qui on doit quelques films tout de même pas mal, comme son adaptation de "L'extension du domaine de la lutte" de Houelbeck, avec un excellent José Garcia) nous sert une suite à un film sympathique sans plus de 1997, qui n'en demandait pas tant... Mais que voulez-vous, les impôts à payer, les taxes foncières...

Comment le scénariste a-t-il pu écrire, sans honte aucune, une histoire pareille ? Et, comment a-t-on pu produire ce film ? Le dialoguiste est-il drogué et séquestré ? L'a-t-on obligé ?

Ah, et puis revoir Benoit Poolevorde cabotiner à souhait... Ils sont loin ses bons films à lui aussi... Benoit, revisionne d'urgence tes premiers films ("C'est arrivé près de chez vous", "Les convoyeurs attendent"...) et cesse de squatter nos écrans...

Quant à moi, je file, dès ce soir, au 8ème festival du court-métrage de Nice. Juste histoire de m'aérer un peu et de voir autre chose...

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02 avril 2008

De l'art de mériter des baffes

Imaginez un peu... Vous avez, en bas de chez vous, un boulanger qui fait un excellent pain, de délicieux croissants et des gâteaux à lécher sa vitrine, tout en répendant des petites flaques de bave. Ce boulanger (ou cette boulangère, ne soyons pas sexiste...) est, en plus, affable, gentil(le), prévenant(e), et n'hésite jamais à vous glisser une tite brioche en plus de temps en temps. Vous êtes un client connu et apprécié à sa juste valeur (et Dieu sait qu'elle est grande, puisqu'on parle de vous, tout de même, et vous n'êtes pas n'importe quel fifrelin de bas étage !). Et puis, une période d'élection arrive, et tandis que vous épluchez nonchalamment les professions de foi, vous découvrez avec stupeur que votre boulanger(e) est tête de liste d'une liste d'extrême droite... Quelle va alors être votre attitude à partir du moment où vous savez clairement les idéaux défendus par ce commerçant, qui, en plus, va afficher en grand, l'affiche officielle de sa campagne dans son magasin, et qui mettra, bien en vue, des tracts bien racistes tout près de la caisse ? Allez-vous continuer à donner votre argent à cette personne, en sachant clairement que vous alimentez un réseau d'idéaux nauséabonds ? Arriverez-vous à ignorer cette propagande, au nom de la qualité de ses baguettes et de ses pains au chocolat ?

L'ami Tom Cruise est très bien placé au sein de la scientologie, secte bien connue, qui propose des pseudo thérapies assorties de théories fumeuses sur les vies antérieures, matinées de science-fiction de bazar avec des extra-terrestres qui seraient nos ancêtres ultimes. La dangerosité de cette secte n'est plus à prouver. Pratiquant le lobbying, cette secte n'hésite pas à employer tous les moyens, y compris ceux qui sont illégaux, pour faire taire tous ses détracteurs. Si Tom Cruise restait discret sur ses engagements il y a encore quelques années, il ne se cache plus aujourd'hui et fait clairement étalage de ses convictions. Il devient donc évident que toutes les recettes de ses films, dont il est souvent producteur ou co-producteur, vont directement dans les poches de la scientologie...

A partir de là, doit-on continuer à ignorer ce phénomène, sous prétexte qu'il fait d'excellents films d'action ? N'est-ce pas une manière de l'encourager dans son prosélytisme en continuant, malgré tout, à rejoindre les salles obscures pour savourer ses oeuvres au son du pop-corn ?

Dès que j'affiche mes opinions, je teste peu ou prou mon auditoire. Et si mon auditoire ne réagit pas plus que ça, n'est-ce pas une manière de me conforter dans mes opinions ? Allez, rêvons un peu, et si on faisait à Tom Cruise le même coup qu'à Didier Barbelivian ? Et si on désertait un petit peu les salles ?...

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01 avril 2008

De l'art de supporters les supporters

Finale de la coupe de la ligue au Stade de France. Une banderole se déploie du côté des supporters parisiens : "Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les ch'ti". Et les médias de s'offusquer, et les politiques de reprendre en choeur (ou le contraire, je ne sais plus...).

Mais, c'est tout simplement SCAN-DA-LEUX ! Que dis-je SCANDALISATOIRE, même ! Vous vous rendez compte ? Mais j'ose à peine le dire... Il y a  (mon dieu, quelle horreur !) des... racistes et des crétins parmi les supporters de football... Non, là, vraiment, les bras m'en tombent... Fichtre, remettons-nous vite ! Allez, hop, une tite pastille Vichy et ensuite, je file chez Poilane et chez Fauchon... Et moi qui ne m'étais douté de rien...

Il y a une dizaine d'années, j'ai assisté, au stade vélodrome de Marseille, à une rencontre de football. C'était Marseille contre Monaco. Des amis m'avaient convaincu de venir "pour l'ambiance". Il faut dire aussi que la place valait, à l'époque, 50 francs. Évidemment, pour ce prix, j'ai eu droit à une place derrière les buts. Faut-il préciser que la vue était médiocre ? N'empêche que je n'étais pas tout seul. Je me souviens de ce chauffeur de supporters, qui tournait le dos au match pour nous encourager nous, et qui, avant le match, nous incitait à acheter une splendide écharpe ornée du slogan sublime "Paris on t'encule" (je me voyais déjà arpenter les rues de la capitale, engoncée dans ce tissu d'un goût très sûr) ; je me souviens de ce brontosaure cette femme qui, tout près de moi, d'une voix rauque, vociférait des insultes à l'équipe voisine ; je me souviens de la demande de mise à mort de l'arbitre par la foule, lorsqu'il sifflait une faute qui ne convenait pas aux supporters... Effectivement, "l'ambiance" des stades, c'est quelque chose...

Arrêtons de jouer aux vierges effarouchées. Le football est, régulièrement, émaillé d'incidents. Combien de matchs ont été joués tandis que des hordes de CRS sécurisaient les alentours des stades ? Combien d'insultes et d'actes racistes voit-on au sein des stades ?  Combien de Heysel (1985 : des affrontements entre les supporters de Liverpool et ceux de la Juventus de Turin firent 39 morts), combien de Sheffield (2000 supporters avaient tenté de forcer l'entrée pour assister à la demi-finale très attendue de la Coupe d'Angleterre opposant les équipes de Liverpool et de Nottingham Forest. Bilan : 95 morts) devront-nous supporter ?

Le football, sport populaire par excellence, a remplacé les jeux du cirque de l'Antiquité romaine. Il a donc, pour une société, une fonction catharsique et idéologique évidente. Catharsique parce qu'on va au stade pour se défouler, et qu'il vaut mieux que les princes qui nous gouvernent nous offrent des endroits pareils (ça fait moins désordre que dans la rue, non ?) ; idéologique, parce que ce sport (comme d'autres, mais à une échelle plus grande) est une splendide vitrine libéraliste, où le fric domine tout, et où seul le gagnant est encouragé, jusqu'à ce qu'il soit détrôné. J'exagère ? Alors, comment expliquer l'existence et la tolérence républicaine envers des clubs de supporters tels que les Boulognes boys (PSG), Les Ultras de Marseille (OM) ou encore Brigade Sud (OGC Nice), où l'extrémisme et la morale guerrière sont plutôt monnaie courante ? Oui, mais ça, me diront certains, ce sont des exceptions, parce que le football est surtout composé de gentils supporters...

Alors, oui, il doit bien y avoir des gentils supporters, respectueux, et tout et tout... De la même manière qu'il doit y avoir des records sportifs décrochés par des sportifs non dopés... Mais la question que je me pose, c'est de savoir si ces camps-là sont vraiment majoritaires...

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