30 mars 2008
De l'art de bien faire comprendre qui est le patron...
Le café est une boisson d'homme. D'ailleurs, la preuve, c'est que le mot est masculin. Le café, c'est fort, c'est costaud, c'est corsé. Comme un homme, quoi...
Partant de ce principe de base, nos amis publicitaires déclinent les mêmes poncifs dès qu'il s'agit de faire une campagne sur le café. Le café, c'est noir, et le noir, c'est le mystère, mais aussi la séduction extrême. En définitive, boire un café, c'est comme déclencher une furieuse montée d'hormones et de phéromones. Dès qu'on en consomme, la femme s'incline devant nous et ronronne à mort, tel un gros animal félin, qui n'a de cesse que de se frotter sur tout ce qui passe.
Démonstration :
Chez "Carte Noire", on ne lésine pas, depuis qu'un décérébré a refilé à la marque ce mauvais slogan "Un café nommé désir". En se référant au film d'Elia Kazan ("Un tramway nommé désir"), le produit prend à la fois un aspect culturel et un délicieux parfum érotique (on revoit aisément le jeune Marlon Brando vêtu de son marcel et sa troublante partenaire Vivian Leigh). Donc, depuis, on nous fait le coup du puissant aphrodisiaque à chaque campagne : femme brune, maquillée, avec des lèvres pulpeuses, un vêtement suggestif, noir, lui aussi, et surtout, un nom de café qui signifie non pas "boisson caféïnée" (comme certains naïfs pourraient le croire) mais plutôt "femme en chaleur". Essayez... Susurrez donc "Amaïta"... Vous y êtes ? Incroyable non ?
Mais, on peut, toujours avec le café, être plus vulgaire, ou plus direct, c'est selon... Démonstration :
C'est limpide. Boire un café en dosette Lavazza, c'est comme aller voir une pute... Sauf que, bon, histoire de mettre un vernis de culture sur tout ça, on nous montre une catin tout droit sortie du XVIIIème... Et là, évidemment, c'est tout de suite plus classe.
Voilà, voilà... Sinon, petite anecdote qui m'a fait bien sourire. En haut, vous verrez une affiche que j'ai découverte mercredi matin dernier à 7h20 en allant au boulot. A 12h15, quand je suis repassé devant, il y avait une petite différence... A mon avis, des stagiaires et des imprimeurs ont dû se prendre des lignes à copier et des conjugaisons à apprendre... Bien fait !
23 mars 2008
Deux p'tits films pour une chouette soirée frissons
L'autre soir, découverte de deux films fantastiques surprenants et forts sympathiques en DVD.
Le premier, s'appelle "Stay Alive", et on le doit à William Brent Bell. La caméra descend dans un bien joli mouvement de trajectoire, franchit une grille en fer forgé, couverte de mauvaises herbes, parcourt une allée avant d'arriver à la porte d'une grande maison de type colonial, comme on en voit du côté de la Nouvelle-Orléans. Nous sommes arrivés dans l'univers du jeu vidéo "Stay Alive". C'est là que nous retrouvons un des personnages en train de jouer. Malheureusement, sa mort dans le jeu va étrangement entraîner sa mort dans la vie réelle. Et le plus troublant, c'est que, dans les deux cas, il meurt pendu, la nuque brisée...
Le jeu vidéo hanté, ce n'est pas nouveau. C'est une variante de la cassette vidéo de la mort de Ring. Et on sent déjà à plein nez le bon vieux film d'horreur des familles, avec ses codes usés et ses ficelles narratives qui ressemblent à des chaînes...
Et pourtant, on aurait tort de se priver de la vision de ce film. Sans être révolutionnaire, il parvient à inquiéter de manière habile, préférant suggérer plutôt que montrer. Et le montage évite l'écueil clipesque épileptique auquel les productions hollywoodiennes nous ont malheureusement habitués. Un coup de chapeau d'ailleurs à la photographie soignée et léchée. Un seul regret : la brièveté du film, puisque tout se déroule en, à peine, une heure vingt. Si on évite les temps morts, on n'a guère le temps de s'attacher aux personnages, un peu réduits à de simples fantômes...
Dans un autre genre, "Isolation" de Billy O'Brian nous emmène du côté des terreurs fermières et campagnardes, avec ce film irlandais plutôt malin et inquiétant. Un savant, aidé d'une vétérinaire, crée un veau mutant, qui doit être plus résistant, et surtout qui grandit beaucoup plus vite, et se reproduit plus rapidement. Évidemment, l'expérience va dégénérer quelque peu... Mais ça, on aurait pu le prévoir (Faut dire aussi... Tous ces savants qui font toujours les malins, à tripoter la nature, en croyant qu'ils vont la contrôler... Ils sont cons, ces savants fous...) Rien de très nouveau dans cette histoire de créature mutante agressive qui va s'attaquer aux humains. Et pourtant, ce film est une bonne surprise, avec des acteurs qu'on n'a jamais vu et qui s'en tire très bien, une mise en scène nerveuse, une photographie, là encore, soignée. Même si le film n'est pas d'une incroyable originalité (ni d'ailleurs, en passant, comme il est pompeusement écrit sur l'affiche "Une expérience inouïe"... Bonjour l'hyperbole... Qu'a-t-on donné à Hideo Hakata, le réal de Ring, justement, pour qu'il déclare une chose pareille ?), et si on reconnaît aisément les influences (merci Alien, merci The Thing...), mais on ne peut s'empêcher d'éprouver un réel plaisir devant ce (presque) huis-clos, qui reste lui aussi dans la suggestion, tout en prenant soin des personnages. Les personnages ont un passé et des fragilités qu'on découvre au détour de telle ou telle séquence. Petit puzzle que le réalisateur dissémine au gré de l'intrigue. C'est au spectateur de saisir l'ensemble. Un film, donc, qui nous prend pour des gens intelligents, c'est plutôt plaisant...
Voilà les amis. C'est tout pour aujourd'hui. Vous pouvez rallumer vos portables et dégainer vos cigarettes. Faites attention à la chute d'objets lourds, comme des enclumes par exemple, lors de l'ouverture des coffres à bagages. Nous espérons vous revoir bientôt sur Estebàn Airlines.
21 mars 2008
De l'art de laver les cerveaux
Simple et magnifique reflet de la société de consommation, la publicité ne peut absolument pas se permettre d'être autre chose que ce qu'elle est, à savoir une prostituée. Elle vend à des individus du rêve en toc, de l'ersatz d'amour, qui fait croire, un bref instant, au bonheur. Elle est là pour nous refourger des objets qui seront bientôt cassés et/ou obsolètes, afin de les remplacer par d'autres objets de la même trempe.
C'est la raison pour laquelle la publicité est souvent très belle ("Regarde la belle photo que je t'offre, Ô mon spectateur... Tu as vu comme il est joli l'objet que je te présente ?") et/ou joue sur l'humour ("Tu
as vu, Ô mon public, comme je suis drôle et spirituelle ? Tu as vu
comme je te fais rire ? Tu as noté comme nous sommes complices tous les
deux ?").
Mais pour réussir ce petit tour de passe-passe, il faut absolument
qu'elle veille à ce que tout ce qui nous distingue des animaux, à
savoir l'humanisme, la réflexion, la raison, bref toutes ces notions
qui pourraient nous éloigner du libéralisme, soient annihilées.
C'est la raison pour laquelle, dès qu'ils le peuvent, les créatifs
s'emparent de tout ce qui pourrait s'éloigner de leurs idéaux, pour
mieux le souiller et l'abîmer, afin de le détourner de son sens
premier. On se moque de la beat generation en la caricaturant
et en la réduisant à un amas de babas-cools imbéciles et dépassés,
puant des pieds et élevant des chèvres. On recycle les affiches et les
slogans de mai 68 pour les transformer en de vulgaires campagnes
d'affichage pour hypermarchés...
C'est ainsi que, depuis plusieurs années, la publicité se régale à
reprendre les grandes figures marquantes de notre société, pour les
réduire à de simples produits. La preuve en image...
Ici, c'est le défunt humoriste Coluche qui en fait les frais. Lui qui avait crée les Restos du Coeur pour combattre la précarité de la société, le voici, vingt ans plus tard, le fer de lance d'une agence d'intérim, qui est le symbole même du libéralisme sauvage qui encourage la flexibilité. Et oui, le temps a passé... Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont vite fait oublier que l'intérim était illégal, en France, dans les années 60. Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont fait admettre l'exclusion comme un mal nécessaire à notre petit confort.
Je me demande pourquoi ils n'ont pas pris une photo d'Adolf Hitler ? Après tout, le célèbre dictateur a fait plusieurs métiers lui aussi...
20 mars 2008
De l'art de recycler tout et n'importe quoi
J'essaye, je cherche, mais rien... Rien de rien... La publicité ne produit que des images laides et idiotes (au mieux) et recycle faute de la moindre idée, sous couvert d'humour, tout et n'importe quoi... La preuve encore dans nos villes avec cette somptueuse et magnifique campagne pour Eden Park.
Il est beau, il est viril, il est jeune, il a de la gueule, c'est un mec, un vrai, un qui en a. Son regard est franc et clair. Il nous fait face, il nous affronte, et surtout, de son index, il nous désigne. Oui, c'est toi, jeune spectateur que je veux... C'est toi, et pas un autre. Parce que tu es unique... Impressionnant... Sauf que cette affiche est un recyclage à peine déguisé d'une autre, une américaine, lorsqu'on était en pleine propagande, pour encourager l'effort de guerre, et qu'on recrutait à tour de bras.
De deux choses l'une. Soit c'est une simple coïncidence, ce que j'ai du mal à croire, mais ce qui nous prouverait le manque total de culture de nos amis créatifs ; soit la campagne est un pompage pur et simple. J'opterai aisément pour la seconde solution, à la vue du slogan de la campagne Eden Park : "Merci de porter nos couleurs". Parce que ce slogan possède un délicieux double sens (porter les couleurs évoque le sport et le patriotisme guerrier. C'est un deux en un, comme l'affectionne tant nos amis créatifs).
Et alors ? dirons certains. Où est le mal ? Après tout, l'affiche original n'était pas un chef d'œuvre, et l'affiche d'Eden Park a, au moins le mérite d'être moins "meurtrière".
Certes. Mais je trouve surtout cette opération terriblement cynique. Parce qu'elle avoue sans conteste que la société de consommation prône des valeur qui s'apparentent tout de même à la guerre.
Sans compter qu'aujourd'hui, ça fait cinq ans tout juste que l'armée Etatsunienne s'est engagée dans un conflit imbécile. De là à penser que cette campagne rend hommage à cet anniversaire...
17 mars 2008
De l'art d'être bien chez soi
Bon, c'est vrai, je suis un peu moins sérieux qu'avant, et mes posts deviennent moins fréquents... Flemme ? Fatigue ? Vie over-bookée ? Lèpre soudaine ? Un peu de tout ça sans doute... Mais, bon, à un moment ou à un autre, ça revient. Il suffit, par exemple de croiser une affiche de publicité pour que, soudain, j'ai envie de la critiquer, de tondre un annonceur, d'ébouillanter un créatif pour l'éplucher plus facilement ensuite.
ça tombe bien... ça m'est arrivé pas plus tard que ce matin...
Que voit-on sur cette merveilleuse réalisation du XXIème siècle ? Une femme, âgée, qui présente toutes les caractéristiques de la vieille acariâtre, écarte prudemment et mine de rien, son rideau blanc immaculé tout frais sorti de la machine. Chez elle, tout évoque la vieillesse et l'ennui : cela va du papier peint (avec ses olives improbables) au fauteuil marron, en passant par la table pseudo aristocratique. Comme toute vieille dame qui se respecte (et qui ne respecte pas les autres) elle porte un délicieux chemisier vieux rose et un tout aussi délicieux châle bleu passé et tricoté main il y a au moins deux décennies. L'humour de la chose veut qu'elle ait avec elle une grosse paire de jumelles, ce qui lui permet, comme toute bonne vieille, d'espionner ses voisins, puisqu'elle n'a rien d'autre à faire de ses journées (alors, autant aller faire chier les autres...).
Et le slogan, de nous dire qu'il est aisé, grâce à www.consommeàbloc.com, de trouver un nouvel appartement. Et c'est là que le bât blesse... Parce que cette publicité est très gênante, à plusieurs niveaux.
D'abord, et on le note immédiatement, cette publicité, pour faire rire, ne peut pas s'empêcher d'user de la caricature : la vieille (et accessoirement le vieux) a toujours un goût de chiotte et est là pour rendre notre vie la plus pénible possible. La raison est qu'il a une vie tellement vide et inintéressante qu'il se rabat sur la vie des autres. Or, on le sait, cette tendance est universelle et n'est aucunement une question d'âge. Sinon, cela ferait bien longtemps que les magazines comme Closer ou Gala auraient cessé de vendre... On peut être jeune et aigri, vieux et dynamique. Il n'y a pas de règle en la matière. Mais ça, c'est déjà trop subtil pour un créatif...
Ensuite, et c'est sûrement le plus dérangeant, cette publicité est très ambiguë : A qui s'adresse le slogan "Changez de voisins" ? A nous, qui sommes embêtés par le fait que notre vieille voisine toute sèche nous mate, ou bien à cette vieille dame, et plus généralement à ceux, qui sont bien ennuyés par certains de leurs voisins, trop jeunes, trop bruyants, ou à l'odeur trop forte ? Doit-on voir, dans cette photo, si amusante, un appel à la délation ? Après tout, imaginons un instant que le gouvernement de Vichy, en 1942, ait utilisé cette photo...
Une fois de plus, au delà du message très premier degré (achête, consomme, sois heureux) , la publicité, on le voit ici, possède toujours un vieux fond réactionnaire qu'elle ne peut pas s'empêcher d'afficher. Parce que le conservatisme est encore la valeur la plus universellement partagée dans notre monde. Et lorsqu'on doit vendre, on ne s'encombre pas de considérations humanistes...
09 mars 2008
De l'art d'être naïf
Horreur, malheur... Notre présiroi Nicolas 1er a encore chuté dans les sondages. Double catastrophe puisque nous sommes à quelques heures des résultats des élections municipales et cantonales. Et nos quotidiens de souligner que la gauche risque fort de l'emporter dans des tonnes d'endroits en France. Bon, bien sûr, même s'il y a un raz-de-marée rose et rouge dans l'hexagone, ça n'atteindra pas notre bonne vieille ville de Nice, faut pas trop pousser... Gardons quelques délicieux bastions de droite... Mais ceci est une autre histoire...
Dix mois ont passé depuis les élections présidentielles. Dix mois que notre beau et ravissant pays, que le monde entier nous envie (et comme on les comprend tous ces étrangers jaloux et laids. N'oublions pas qu'on nous doit des films aussi puissants que Astérix, Taxi ou Les Bronzés ; n'omettons pas le fait que nous possédons des auteurs aussi grandioses que Guillaume Musso ou Marc Lévy ; revendiquons haut et fort nos Johnny Halliday, Mireille Matthieu, Obispo et autres Barbelivien...), dix mois donc, disais-je qu'une révolution bleutée est passée puis a stationné sur notre douce contrée, puisque, rappelons-nous en, nous sommes passés d'un régime de droite à un régime de droite (oui, en France, on n'hésite pas, on n'a peur de rien !).
Et là, une question me taraude : où est passé l'électorat de droite ? (enfin, à part à Nice, bien entendu...). Où sont passés tous ces gens qui étaient tout contents d'élire, en mai dernier, notre Sérénissime Altesse ? Sont-ils tous devenus, subitement, de gauche ? A moins, bien sûr, qu'on parte du principe qu'un complot, incluant le FBI et la CIA, a été organisé pour truquer les élections ? Ou encore que des tonnes de gens de gauche ont été capturés et manipulés psychiquement par d'ignobles créatures venant d'outre espace afin de mettre un bulletin de vote de droite dans l'urne, et que ces victimes ne se réveillent que maintenant, découvrant avec horreur l'ultime cauchemar qui s'est emparé de la France ?
Plus sérieusement, à quoi peut-on s'attendre en votant à droite ? Loin de moi l'idée de dire que la gauche est un lieu de bien-être où règnent des esthètes nus venant, à tout instant nous masser le dos au son de la lyre, et d'affirmer que la droite est le terrain du grand Satan en personne où des femmes bardées de cuir nous forcent à regarder des séances diapos interminables des dernières vacances à Saint-Sanson-la-Poterie de nos voisins, monsieur et madame Pinchon...
Mais tout de même... Nicolas Sarkozy, tout comme Jacques Chirac, sont des gens qui défendent le libéralisme, avec sa valse boursière et ses licenciements économiques au profit des actionnaires. Ils sont honnêtes l'un comme l'autre, dans leurs convictions, comme le sont d'ailleurs n'importe quels femme ou homme de droite. En gros, la loi du marché est un acquis, et il est impossible de faire autrement. D'ailleurs, la preuve est que le communisme s'est effondré... Il ne peut donc pas y avoir le moindre changement de politique. Et tant pis si ce système engraisse une partie de la planète, tout en faisant crever le reste. C'est comme ça. Le pauvre et le miséreux ont toujours existé. Il n'y a aucune raison que ça s'arrête.
Pourtant, et malgré cette évidence, des gens continuent à voter à droite, et à s'étonner ensuite que les gens de droite appliquent leurs idées. Je n'ai pas, malheureusement de solutions toute faite. J'aimerais. Sincèrement. Mais je n'arrive pas à ne pas me dire que les gens qui votent à droite et qui se plaignent ensuite font preuve d'une sacré dose de naïveté... Ou d'amnésie...
A moins que, en définitive, ce soit eux, les vrais rêveurs, les véritables utopistes...









