28 février 2008
L'original et son remake
L'expérience du remake peut être une expérience intéressante. C'est un peu ce qui n'est pas possible dans notre vie de tous les jours, à savoir recommencer quelque chose, mais sur de nouvelles bases.
C'est ainsi, par exemple, que le héros de "Un jour sans fin" de Harold Ramis parvient à déclarer sa flamme à la femme dont il est tombé amoureux : coincé dans le même jour, qui recommence sans cesse, le héros teste toutes les possibilités possibles pour se déclarer.
Le principe du remake est d'apporter un nouvel angle de vision, une nouvelle idée artistique, un peu comme lorsqu'un chanteur reprend une chanson interprétée par un autre.
On a, dans l'histoire du cinéma, des cas de remake intéressants. On peut penser à "l'invasion des profanateurs de sépultures", dont on retiendra les trois premières versions (oublions vite la quatrième et toute récente, avec Nicole Kidmann, ça vaut mieux..). On peut aussi se pencher sur le troublant remake de Psychose par Gus van Sant, qui a repris, au plan près, celui d'Alfred Hitchcock.
Malheureusement, Hollywood, à court d'idées, a cru bon de remaker à tour de bras, sur l'idée toute simple qu'un film qui a marché un jour, devrait pouvoir engendrer à nouveau de l'argent si on le refait quelques années plus tard...
La mode du fantastique japonais est arrivée. On a eu la série des Ring, on a eu Dark Water, on a eu The Grudge. Chacun ont eu leur remake, et si on peut apprécier "Le cercle", remake de Ring, on peut tout de même se demander l'intérêt de ces films, hormis l'aspect purement commercial.
"Kaïro" de Kiyoshi Kurozawa raconte comment le monde des morts, par l'intermédiaire d'internet, se retrouve à contaminer notre monde. Véritable film d'épouvante, il suggère plus qu'il ne montre. Le monde se désagrège et c'est véritablement effrayant à voir. On pouvait craindre le remake de ce film, qui contient, au passage, des plans de toute beauté... "Pulse" de Jim Sonzero ne dément pas le fait qu'Hollywood n'est qu'une machine à fric, uniquement préoccupée par la réussite... Comme dans tout bon remake hollywoodien, on se retrouve avec nos éternels étudiants de fac étatsuniens, cohorte de bimbos et de jeunes gens aux cheveux gras. Gros effets, gros sabots. Le but est d'en mettre plein la vue. Et pour justifier qu'il s'agit d'un hommage à l'original (ce qu'il n'est pas), le film reprend un ou deux éléments (le Scotch rouge entre autre) et pompe des scènes (une femme se jette d'une citerne, un avion s'écrase à la fin...). "Pulse" est un film raté et inutile, réalisé par un vague tâcheron issu du clip (très fier de lui, le tâcheron, quand on voit les bonus du dvd), qui n'a rien compris à l'aspect poétique de "Kaïro".
Précipitez-vous sur l'original, et faites fondre la copie... Sauf si vous voulez une soirée pop-corn, bien sûr...
24 février 2008
Amsterdam et ses errences (partie 3)


22 février 2008
Amsterdam et ses errences (partie 2)
21 février 2008
Un excellent article D'Owen
Une fois de plus, notre prince qui nous gouverne, Nicolas 1er, à travers Emmanuelle Mignon, sa directrice de cabinet, adopte une attitude extrêmement ambiguë vis-à-vis de l'Église de la Scientologie. Owen, sur son blogue, avait écrit un excellent article à propos de Ron Hubbard. Je vous le livre tel quel.
Ron Hubbard, dianétique et scientologie
Est-il encore besoin de répéter qu’il faut se méfier des sectes et de leurs
méthodes insidieuses ? Il existe une abondante littérature sur ce sujet.
Pourtant, nombres d’entres elles sont encore florissantes à notre époque,
recueillant en leurs seins des âmes égarées en quête d’un sens à leur vie.
L’une d’entre elles, la scientologie, est tristement célèbre, de par son
histoire mouvementée, ses ramifications partout dans le monde et le crédit que
leurs apportent certaines stars comme John Travolta ou Tom Cruise. Pour en
savoir un peu plus sur le sujet, je vous invite à plonger dans ses origines au
travers de la vie de son génial créateur L. Ron Hubbard.
*** L.Ron Hubbard, la version de la scientologie
Le jeune Ron était un enfant prodige, né dans une famille aristocratique très
ancienne. Il était très courageux, un peu justicier et fut un glorieux héros au
cours de la seconde guerre mondiale. Brillant étudiant, il participa à de
nombreux voyages et expéditions scientifiques. Il était également un écrivain
de génie, très productif, et un scénariste dont « Hollywood se souviendrait »
*** L.Ron Hubbard, la version alternative
« Disons que 99% de ce que mon père a écrit sur sa propre vie est faux. » Ces
paroles d’un des fils de L. Ron Hubbard sont assez représentatives du
personnage. Il a passé sa vie à rouler le monde, à tricher en affaire et à
esquiver des poursuites judiciaires. A côté de lui, le personnage de ‘Catch me
if you can’ fait figure d’enfant de cœur. « Depuis plus de 30 ans, l’église de
scientologie s’évertue à promouvoir l’image de L. Ron Hubbard, son fondateur,
sous les traits d’un audacieux découvreur doublé d’un philosophe inspiré. (…)
Le plus risible, dans cette imposture, c’est que la véritable histoire de Ron
Hubbard est infiniment plus extravagante et plus invraisemblable que le plus
éhonté de ces mensonges. » En fait, dès le début, Ron Hubbard était un
mégalo-mythomane qui entretenait des rapports assez fantaisistes avec la
réalité. Il possédait néanmoins une imagination hors du commun. C’était un
conteur né, un baratineur de talent, capable de passionner et convaincre son
auditoire.
Enfant d’origine modeste, il était considéré comme plutôt lâche mais
incroyablement vantard et bonimenteur. Bien qu’ayant pas mal voyagé (en
touriste), le jeune Ron ne semblait pas particulièrement brillant dans ses
études. Il fut refusé à l’académie navale et échoue lamentablement à
l’université. Il se lance alors dans la carrière d’écrivain de science fiction,
il commença en écrivant des romans de gares et terminera par des gigantesques
sagas futuristes (par exemple, Battlefield Earth, adapté au cinéma il y a
quelques années avec … John Travolta).
Adulte, Ron Hubbard ressemble étrangement à Monsieur Reilly, le héros de ‘La
conjuration des imbéciles’, trapu, roux, il parle trop et s’invente une vie. Il
passe souvent les bornes, franchissant allégrement les limites du ridicule,
comme en témoigne un dialogue entre Ron Hubbard et un dénommé Gruber :
- « Au fait, Ron, vous avez bien 84 ans, n’est-ce pas ?
- Qu’est-ce que ça veut dire ? s’enquit Ron sèchement. »
Gruber brandit le calepin sur lequel il avait pris des notes au cours de la
soirée :
- « Voyons : vous dites avoir passé 7 ans chez les Marines, avoir été 6 ans
ingénieur civil, être resté 4 ans au Brésil, 3 en Afrique, avoir tourné 6 ans
avec votre équipe de voltige aérienne – et j’en passe … Si on additionne, cela
donne 84. »
Escroc à la petite semaine, Ron rêve de grandeur : « Dieu devait se sentir
sarcastique quand Il a crée l’Univers. Il faut qu’un homme se dresse tous les
quelques siècles pour Lui faire ravaler son rire » ou encore plus révélateur :
«Hubbard était manifestement un imposteur et un mythomane – mais pas un
imbécile, loin de là : il avait l’esprit vif, un réel don de conteur et il
était capable de charmer n’importe qui… (…) Il était toujours fauché et
essayait d’emprunter de l’argent à tout le monde… Quand nous parlions de ses
problèmes d’argent, il disait souvent que le moyen le plus facile d’en gagner
consistait à fonder une religion. »
*** La dianétique
Son destin va bousculer avec la sortie de son premier succès commercial : le
livre ‘La dianétique : la science moderne de la santé mentale’. Basé sur des
expérimentations imaginaires, cette nouvelle science promet par des méthodes
simples de guérir toutes les maladies mentales non liées à des lésions. La
dianétique arrive au bon moment et devient une phénomène de mode : « Le début
des années 50 était le moment idéal pour lancer la dianétique. L’explosion de
la bombe atomique, la terreur d’une guerre nucléaire provoquait une atmosphère
de désespoir… Là dessus, Hubbard est arrivé en disant que si nous parvenions à
améliorer un peu la santé mentale des hommes, le problème serait résolu. Ce
n’est donc pas étonnant que les gens aient eu envie de l’écouter. »
Au delà du phénomène de mode, les critiques commençaient à fuser. Selon les
scientifiques, la dianétique n’était « qu’une mouture ultra-simpliste de
psychothérapie ordinaire épicée d’une dose d’hypnose. May se demandait si
l’auteur ne se moquait pas du monde, car on cherchait en vain des critères
scientifiques à l’appui de ses théories saugrenues. Des livres comme celui-ci
sont nocifs tant par les promesses illusoires qu’ils font miroiter aux
personnes désemparées que par leur simplification abusive des problèmes
psychologiques. »
*** La scientologie
Sentant le vent tourner, Hubbard passa à une étape supérieure : la
scientologie, née des ruines fumantes de la dianétique. La scientologie étant
un prolongement logique de la dianétique : elle permettait de s’occuper de
l’esprit après avoir pris soin du corps. Les fondements de la scientologie sont
dignes d’un des plus mauvais livre de science fiction de Ron Hubbard : elle
gravite autour de l’idée que « le véritable moi de l’individu était une entité
immortelle, omnisciente et omnipotente, à laquelle Hubbard donnait le nom de
Thétan. Préexistants au commencement des temps, les Thétans occupaient et
rejetaient des millions de corps humains depuis des milliards d’années. Manipulant
l’univers pour leur plaisir, ils s’étaient pris à leur propre jeu au point d’en
arriver à se croire rien de plus que le corps qu’ils habitaient. La
scientologie se donnait pour but de rétablir les capacités du Thétan de chaque
être humain à son niveau d’origine, celui de Thétan Opérant, ou ‘OT’. »
Vous pouviez dès lors, revivre vos vies antérieures (jusqu’à des vies avant
l’existence de l’homme, les tristes angoisses d’un bivalve par exemple), et ne
plus être limité par votre corps. Ces techniques mènent logiquement à
l’immortalité puisqu’il vous suffit de retrouver un réceptacle pour votre
Thétan après votre mort. D’autre part, un ‘OT’ est à l’abri de toutes les
maladies puisque capable de parfaitement maîtriser son corps.
C’est sur ces bases, quelques peu bancales, que s’est installé ce qui allait
devenir une des sectes les plus puissantes de tous les temps. De science, la
scientologie allait devenir une véritable religion : « La scientologie adoptait
les caractères d’une secte religieuse, qui offre le salut à ses fidèles grâce à
des connaissances secrètes dont le chef détient le monopole. (…) La loyauté
aveugle qu’inspirait Hubbard à ses fidèles procédait d’un véritable lavage de
cerveau. Depuis la guerre, la scientologie prospérait dans un contexte d’instabilité
et de contestation où les jeunes, qui cherchaient à donner un sens à leur
existence, étaient en quête de nouvelles croyances auxquels adhérer et de
nouvelles structures auxquelles s’intégrer. » Ron Hubbard répondait à toutes
leurs attentes. Il ne promettait rien de moins que la réponse à nos origines,
la vie éternelle, tous les grands secrets de l’univers, un monde en paix
dépourvu de maladie. L’absurdité évidente de ces réponses ne semblait pas
déranger les adeptes.
*** L’église de scientologie
L’église de scientologie se structure et devient une inépuisable source de
revenu pour son gourou qui peut ainsi donner libre cours à ses délires
mégalomaniaques les plus fous. Il apparaît rapidement chez Ron des indices de
graves problèmes psychiatriques : paranoïa, schizophrénie, mythomanie maladive,
sadisme, cruauté, une grave difficulté à faire la différence entre ses
mensonges et la réalité.
Face à la critique, l’église de scientologie se pose en martyr, exacerbant les
délires de persécutions de Hubbard. Il se met alors en tête d’échapper au
gouvernement qui le pourchasse et entreprend une vie de nomade sur terre et en
mer. Au cours de ces pérégrinations, Hubbard délire de plus en plus. Il prétend
par exemple avoir visité le paradis il y a plusieurs milliards d’années et en
donne une vision plutôt saugrenue. Il devient également de plus en plus
despotique et cruel avec son entourage. Il instaure divers régimes
disciplinaires avilissant. A la fin de sa vie, délirant, déprimé, couvert d’or,
Ron Hubbard vit entouré par une garde rapprochée, les messagères, des petites
filles en débardeur et mini short, complètements endoctrinées. L’œuvre de sa
vie, l’église de scientologie, est devenu un véritable monstre. Exploitant de
nombreuses personnes, ayant des ramifications dans tous les milieux politiques
et gouvernementaux. On se souviendra, par exemple, de l’opération blanche
neige. Celle-ci consistait à investir les organisations gouvernementales
américaines (par exemple, l’IRS) pour détruire tous les documents susceptibles
de porter atteinte à l’église ou à son représentant. Cette gigantesque
conspiration a finalement été démantelée par le FBI suite à la trahison d’un
des membres de l’église, mais bien trop tard. La toute puissance de l’église
est assurée par des méthodes de désinformations, de discrédit. Ils possèdent
des réseaux d’informations qui recherchent des éléments compromettant
permettant de faire chanter les personnes qui les dérangent. Les exactions de
l’église entraîneront la mort de plusieurs personnes, dont le propre fils de
Hubbard. La disparition de L. Ron Hubbard en 1986 à l’âge de 74 ans n’a
malheureusement pas sonné le glas de la secte et les successeurs du gourou
n’ont rien à lui envier.
*** Conclusion
La vie de L. Ron Hubbard, c’est l’histoire d’un clown qui se transforme en
ogre. « A la fois Charlot et Hitler », il a eu un destin extraordinaire et est
certainement le « plus impudent et le plus pittoresque des escrocs de ce
siècle. » Mais son bébé, l’église de scientologie, se porte on ne peut mieux.
Alors, restez vigilant !
*** Pour en savoir plus
Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ‘Ron Hubbard. Le gourou
démasqué’, une biographie non autorisée du journaliste Russel Miller (dont sont
extraites les citations ci-dessus). Il s’agit d’une reconstitution fascinante,
bien écrite, et qui a nécessité plusieurs années d’enquête à haut risque. Cela
se lit comme un roman d’aventure. « Un livre qui commence comme un thriller et
qu’on referme le dos glacé ». Le destin d’un homme hors du commun et qui semble
si formidable qu’il ferait sourire la plus crédule des scénaristes. Cette
biographie diverge autant que possible de la version romancée et très imagée
proposées aux adeptes par les biographes officiels de la secte. La méthode de
l’auteur est subtile puisqu’il tourne en dérision la mythologie absurde qui
entoure Ron Hubbard en confrontant la version scientologie aux faits provenant
d’enquêtes administratives, des recherches dans les journaux et de nombreux
témoignages.
Retrouvez Owen sur son blogue : www.owen.monblogue.com
20 février 2008
Amsterdam et ses errences (partie 1)
19 février 2008
Je déteste les films animaliers...
S'il est bien un haut lieu débilitant, c'est le secteur du film animalier. Rien de plus pénible, rien de plus niais qu'un documentaire animalier.
Poésie de pacotille, frissons de carton-pâte, tout est faux et pourri dans un documentaire animalier... Et tout cet attirail est souligné, que dis-je amplifié même, par une musique d'ascenseur d'un immeuble 1900, et un commentaire mièvre d'André Dussolier. J'exagère ? Très bien, vous m'avez provoqué... Voici donc un petit panel des tics et des lieux communs de ces sous-films idiots...
1- La séquence émotion : gros plan sur des petits à poils (non, je veux dire avec des poils, par opposition à ceux avec des plumes), avec leur jeu crétin (oh, regarde le lionceau, il joue avec une pommes de pin ! Oh, regarde l'ourson, il se jette sur ses copains oursons ! Oh, regarde le bébé tigre, il mâche... c'est quoi ce truc ? Une salamandre ?...) et leur démarche pataude, qui fait qu'ils se vautrent tout le temps (je suis sûr que les réalisateurs ont préalablement capturé ces bestioles et leur ont collé du chatterton sous les pattes, d'où les vautrages de gueule...). La musique est censée nous amuser, tandis que la voix nous dit que le bébé machin est toujours très joueur, le coquinou...
2- La séquence peur : Cette fois, on nous rappelle que la loi de la jungle, c'est du sérieux. ça va gicler, les gars. Va y avoir de la chair fraiche collée aux murs, et des bouts de peau un peu partout... Le prédateur va courir au ralenti, tandis que la musique va monter en puissance. La proie, quant à elle, est idiote à souhait. Les guetteurs lui ont dit qu'il y avait un super gros danger, et même que tous ses congénères s'enfuient en courant, mais, elle, elle reste. "Hein ? Y'a un problème ? Où vous allez tous ? C'est les soldes ? C'est quoi ce gros truc velu qui rugit et qui fonce vers moi au ralenti ?".
3- La séquence beauté : Le meilleur exemple, c'est le ban de méduses. Alors là, c'est le pompon. Musique de synthétiseur à fond les manettes et pseudo danse des sacs plastiques vivants... Là, c'est l'extase, que dis-je l'orgasme animalier. C'est aussi excitant qu'un ballon de baudruche qu'on gonfle et qu'on dégonfle, mais, là, c'est VIVANT ! Wouououaaahhh. Bien sûr, on en oublierait presque que si on tombait dans ce truc, on ressemblerait aussitôt à un gros poisson-lune fâché, et qu'on pourrait être monté en lampe (et ce serait ravissant, croyez-moi...).
4- La séquence larme : Sortez vos mouchoirs, les amis, car voilà le moment horrible et pédagogique du film... C'est là qu'on va nous dire que l'homme est méchant : apparait à l'écran un ours polaire sur un tout petit morceau de banquise ("la fonte des glaces accentue la disparition de l'ours blanc à poils longs"); un bébé phoque épluché et grelotant ("Pour obtenir sa fourrure, les chasseurs le retournent comme une chaussette et ça fait un bruit assez gluant..."); une tortue des Galapagos sur sa carapace, agitant ses petites pattes ("et tandis que la brulure mortelle du soleil carbonise le ventre tendre et moelleux de la pauvre tortue tremblotante comme un morceau de gelée anglaise, les autochtones, qui l'ont retournée sur le dos, en profitent pour lui arracher un à un ses griffes, pour en faire des colliers de Rahan qu'ils revendront ensuite sur le marché à touristes").
Non, vraiment, je n'y arrive pas. J'ai toujours eu du mal avec cet anthropomorphisme de bazar, il faut dire. Parce que la démarche, encore une fois, repose bien plus sur l'émotion que sur la raison. Et peut-être aussi parce qu'on conditionne les individus à croire qu'il y a des bestioles innocentes et gentilles et d'autres incroyablement méchantes et mauvaises... Or, le serpent ou le requin ne sont pas des bestioles plus mauvaises que la hyène ou le scarabée. Pourtant, il y a une espèce de hiérarchisation, savamment entretenu par nos réalisateurs, qui me dérange.
Lorsqu'on défend la cause animale, on se doit de l'épouser en entier. Pas de sélection dans tout ça !
Ahh... ça va mieux... ça fait du bien la mauvaise foi, dans le cadre argumentatif, un peu... ça détend... Il faudra que je recommence...
16 février 2008
Cloverfield, de Matt Reeves
Rob s'apprête à partir au Japon et ses amis lui ont organisé une ultime soirée avant son départ. Nous sommes à New-York. Soudain, une brusque secousse a lieu, suivie, très vite d'explosion. Un monstre s'empare de la ville. Il faut fuir à tout prix. Le vidéaste improvisé de la soirée décide de tout filmer pour témoigner.
On est ici tout bonnement au croisement du film de monstre et du docu-fiction. Sans être révolutionnaire, le parti pris du réalisateur de nous mettre en caméra subjective et de devenir un des personnages du film est intéressant.
Alors, bien sûr, le film est peut-être un peu long, la fin est plutôt attendu, et on ne peut cesser de se poser la question suivante : dans une pareille situation, serait-on en train de filmer ? Mais l'ensemble reste de bonne tenue, contient quelques moments bien jouissifs et notre créature pas contente est fort sympathique. Sans compter le fait que la tension du film reste constante, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce type de production...
Et à la vision de ce film, on ne peut pas ne pas repenser au génial et fabuleux The Host de Jooh-ho Bong, découvert par la quinzaine des réalisateurs à Cannes en 
2006. Ici, contrairement à Cloverfield, on a une explication très nette : l'homme, suite à sa cupidité et à son mépris de la nature, crée un monstre. Discours très engagé, très anti gouvernement américain, très écologiste, le film est une réussite passionnante avec de somptueux moments de bravoure (l'attaque de la bestiole au sein du parc est un moment de délice absolu) et ce jusqu'à la fin et dans son refus du happy-end.
Et puisqu'on y est, il faut aussi se replonger dans le docu-fiction. Outre le célébrissime et plutôt bluffant Blair Witch Project de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, il faut citer La guerre des mondes, que Orson Welles et la troupe du théâtre Mercury avaient monté le 30 octobre 1938 (dont on peut retrouver le texte de ce côté du monde : http://www.radio-canada.ca/refuge/guerredesmondes2.asp), le Opération Lune, de William Karel (un faux documentaire diaboliquement bien fait où on apprend que le gouvernement étatsuniens, avec la complicité du cinéaste Stanley Kubrick, a mis en scène et tourné en studio le premier pas sur la lune) et surtout, surtout, Les documents interdits de Jean Teddy Filippe,
(http://cri.ch/di/?lang=fr&action=episodes) véritables trésors argumentatifs, où le réalisateur démonte tous les mécanismes des pseudo-documentaires paranormaux, en montrant comment l'amateurisme n'est, en aucun cas un signe d'authenticité et de véracité.
Voilà les amis. Vous avez noté tout ça dans vos cahiers de textes ? Parfait. Vous pouvez maintenant sortir fumer ou manger des crackers.
15 février 2008
De l'art de dépénaliser
Dans les Lettres Persanes, de Montesquieu, deux persans du XVIIIème siècle partent à Paris et affrontent le choc des civilisations. Entre autre rencontre, ils font la connaissance de Lecomte, français qui maîtrisent plus ou moins leur langue, et qui leur sert d'interprète. A un moment donné, ce dernier leur explique pourquoi les Espagnol sont toujours enrhumés : c'est parce qu'ils passent leur temps à chanter la sérénade sous les balcons des femmes, quel que soit le temps qu'il fait. Un espagnol qui n'est pas enrhumé passe pour n'être pas galant dans ce pays.
Nous avons tous notre cohorte de lieux communs et de clichés sur les peuples et les sociétés, et si nous avons tous plus ou moins conscience que cela mène toujours vers le racisme, on ne peut pas s'empêcher de globaliser pour mieux appréhender le monde. Combien de fois n'avons-nous pas énoncé (ou entendu) qu'on avait fait un pays, tout cela parce qu'on y était resté trois semaines ?... Et de déclarer, d'après cette expérience, que tel ou tel peuple savait faire la fête, construisait de belles maisons, ou encore était très raciste...
J'ai mis longtemps à me décider à aller à Amsterdam. Peut-être à cause de la réflexion qui se fixe sur toutes les lèvres si vous avez le malheur de le dire aux gens. Le nom d'Amsterdam n'est pas fini d'être prononcé qu'on vous prend déjà pour un fumeur de joints, post-soixantuitard, et adolescent attardé en plus de ça.
Pourtant, s'il y a bien un phénomène qui m'a paru minoritaire au regard de mes trois jours à Amsterdam, c'est bien la question de la drogue. Soyons clairs. S'il l'on peut acheter et consommer légalement de la marijuana, du cannabis ou des champignons hallucinogènes, il faut bien avoir conscience que tout cela est réglementé. On fume principalement son joint dans le cadre des coffee-shop, et pas ailleurs.
Et c'est grâce à ce (court) séjour que je suis aujourd'hui convaincu de l'urgence de dépénaliser la consommation du cannabis en France. Parce qu'il faut cesser cette immense hypocrisie.
Posons d'abord les choses de manière simple : que le cannabis soit légal ou non, celui qui veut s'en procurer s'en procurera.
Alors, bien sûr, les adversaires à la légalisation avancent deux points : un point d'ordre moral et un point de santé publique. Du point de vue de la morale, la drogue, c'est (le) mal. Un gouvernement ne peut que proscrire une telle pratique. Du point de vue de la santé publique, les adversaires avancent que la légalisation entraînerait invariablement une propagation et un envahissement de la pratique du joint, qui mènerait à la décadence de la société...
J'éviterai de souligner plus qu'il ne le faut que les adversaires à la légalisation du canabis sont souvent des gens qu'on retrouve à fricoter avec des milieux un peu réactionnaires, opposés à l'avortement, au mariage homosexuel, voulant le rétablissement de la peine de mort... Restons en là, et regardons nos deux arguments.
Ces deux arguments sont parfaitement réfutables. Avancer qu'il y a des pratiques qui pervertissent l'individu et lui font renoncer à sa pureté originelle est un vieux fantasme qui court dans toutes les religions. On retrouve cela chez Adam et Eve par exemple. Arrêtons ces vieux délires : fumer un joint, tout comme boire un verre de vin, ne rend pas mauvais, ou monstrueux. Il n'y a rien de bon ou de mauvais dans tout cela. Fumer est un acte, tout comme conduire une voiture, ou aller faire ses courses. Quant à l'argument de santé publique, il est bien évident que légaliser le cannabis devrait ABSOLUMENT s'accompagner de mesures strictes, d'une interdiction de vente aux mineurs et d'une grande campagne de prévention de santé publique. Il n'est pas question de légaliser comme ça...
Légaliser le cannabis aurait en effet les avantages suivants :
- On casserait des réseaux mafieux entiers qui s'engraissent en exploitant des gens (il faut bien récolter et entretenir les plans, non ?).
- On empêcherait des centaines de jeunes de revendre et donc de goûter à l'argent facile.
- On permettrait aux fumeurs de fumer quelque chose de moins nocif et de contrôlé.
- On viderait un peu les prisons de ces terribles délinquants qui revendaient quelques grammes et qu'on criminalise.
- On éviterait que des très jeunes vendent et se fassent arrêter, puis relâcher, parce qu'ils sont trop jeunes pour avoir un casier judiciaire (ce qui crée un sentiment d'invulnérabilité et d'impunité).
- On créerait des emplois légaux.
Bien sûr, dans l'absolu, la drogue ne devrait pas exister. Faut-il pour autant rejeter les consommateurs ? Et ne peut-on pas faire des nuances entre les drogues dures et les drogues douces ? Est-il si effrayant de se remettre en question, de discuter, de réfléchir ? Argumenter est-il nocif pour la santé ? Qu'est-ce qui empêche les princes qui nous gouvernent d'ouvrir le débat ? Parce qu'une démocratie se doit de toujours dialoguer. Non pas pour gommer toutes les différences et arriver à un consensus molasse, mais pour que toutes idées s'expriment et que chacun puissent se déterminer... C'est si révolutionnaire d'affirmer cela ?
11 février 2008
Légère pause
Deux mots. Je reprends mon p'tit sac à dos et mon argentique, pour aller traîner un peu du côté d'Amsterdam. On se retrouve la semaine prochaine. Soyez sages d'ici là.
03 février 2008
De l'art d'imaginer d'autres sociétés
Si l'on devait avancer une des grandes idées progressistes de ce siècle, il faudrait, à coup sûr, citer l'idée des congés payés. Cette idée, proprement révolutionnaire, partait d'un paradoxe tout simple : si un individu se repose, il peut être d'autant plus productif dans son travail ensuite.
Bien sûr, en 1936, en France, alors que l'on découvrait les merveilles du travail à la chaine chez nos amis étasuniens, l'idée des congés payés en fit frémir plus d'un. Comment, en effet, le repos d'un individu pouvait-il garantir la richesse d'une entreprise ?
S'affrontaient déjà ici deux idées communes, deux visions du monde, relativement incompatibles : la vision à court terme et la vision à plus long terme.
Effectivement, envoyer un individu en vacances pendant deux semaines le fait manquer à l'appel. L'usine tournera donc avec un homme en moins, et donc la production ne peut qu'en pâtir. Bien sûr, on peut toujours engager quelqu'un, mais il faudra former cette personne, et elle sera moins efficace. ça c'est du court terme.
En revanche, si l'on part du principe qu'un individu reposé travaille mieux qu'un individu exténué, et qu'il y a beaucoup plus de risques d'accidents ou de maladie chez un individu harassé, on comprend vite qu'on a tout intérêt à laisser du temps de repos aux individus.
Lorsque la gauche, il y a un peu plus de dix ans, proposait les 35 heures, il y avait cette même idée révolutionnaire, à savoir qu'un travail ne doit occuper qu'une partie de la vie d'un individu, et que c'est à ce prix, et à ce prix seulement, qu'on peut construire une société plus tolérante et plus ouverte.
Parce qu'imaginer qu'un être humain puisse choisir un travail, qu'il puisse s'y épanouir, qu'il puisse progresser et aussi, en parallèle avoir du temps, se cultiver, est une vraie idée pour laquelle nous devrions nous fédérer et nous battre. C'est tout de même autrement plus motivant, reconnaissons-le, que de se battre pour le pouvoir d'achat (du fric, du fric, du fric !) ou contre l'immense perte de liberté que constitue la mise en place de radars sur les routes ou l'interdiction de la clope dans les lieux publics. Et la meilleure preuve que cette idée est une idée essentielle et révolutionnaire, c'est que nos amis libéralistes font tout pour la mettre à bas.
Avant-hier, en France, on a eu une première : la grève des caissiers et caissières des supermarchés et hypermarchés qui a été bien suivie. Caissiers... Voilà une profession qui fait rêver : une précarité et une flexibilité incroyable, des contrats à temps partiel tout pourri, une considération limitée au minimum, des salaires mirobolants (c'est sûr, 800 euros par mois, ça fait rêver...), des vagues pauses de temps à autre... Bien sûr, quand on voit ça, on est loin d'une certaine idée du travail digne et respectable. Pourtant, soyons clairs, cette profession reflète parfaitement ce à quoi aspire le libéralisme : avoir un vivier d'esclaves dociles et peu payés.
Prenons garde, et soyons solidaires de toutes les professions possibles. Ce qui arrive aux cheminots, aux profs, aux cassiers, ne sont que des galops d'essai de ce qui nous attend tous.
Gardons nos utopies, et n'ayons pas peur de les appliquer. Et je pense toujours à ce film fabuleux de Jean-Michel Carré "Charbons ardents", où des mineurs du pays de Galles rachetaient leur mines et la faisaient fonctionner de manière coopérative. Un documentaire nécessaire, qui devrait être obligatoire à l'école...




