Mes humeurs à moi

"Penser nous condamne à être libre. C'est pourquoi le Pouvoir fait toujours tout pour réduire la pensée et ce qui la nourrit." Daniel Mermet

31 décembre 2007

De l'art de faire ses voeux

N'écoutant que mon courage et ma dévotion envers toi, lecteur adoré, j'ai réussi, la nuit dernière, à m'introduire à l'Elysée, dans le bureau Ovale (ah, non, pardon, je confonds...) de notre monarque adoré et vénéré. Mais pourquoi te dis-tu du bout des lèvres ? Pourquoi prendre autant de risques, juste pour toi, un simple lecteur, Ô doux et merveilleux Estebàn ?

C'est vrai lecteur chéri... Mais que veux-tu, j'aime l'aventure, j'aime le vent qui fouette mon visage, j'aime les embruns qui recouvrent de sel mon corps glabre... Et puis, lecteur merveilleux, tu le sais, je t'aime aussi par dessus tout, et tu sais que tu n'es qu'un vampire avide de scoops en tout genre et que tu as beau critiquer les affres people de Son Altesse Sérénissime... Tu es un chien, finalement... Mais bon, c'est un autre débat, et je m'égare...

Je te disais donc que cette nuit, tandis que tu dormais sagement, je m'étais introduit dans le bureau de notre grand et beau président du monde et même de l'Univers, parce que j'étais, tout simplement, impatient de lire son allocution télévisuelle de ce soir. Je voulais savoir avant tout le monde ce que Notre Bon et Grand Nicolas allait nous dire comme voeu. Et comme je te connais, lecteur préféré du monde, je me suis dit que ça te ferait plaisir de les lire en avance. Dont acte :

" Mes chers compatriotes, Françaises, Français,

J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes autour d'une dinde bourrative et d'enfants geignards. Moi, c'était bien. Je me suis goinfré de couscous et de Loukoum. J'ai pris un zeste d'embonpoint, mais rassurez-vous, mes amis de Paris-Match, experts avec le logiciel Photoshop, vont me gommer tout ça vite fait.

Vous m'avez donc élu, et croyez-moi, je suis ravi. Je pète la forme. J'ai réussi en six mois à imposer mon style, que les gauchos (qui puent des pieds) jugent vulgaire. Ils ont tort ! Il faut évoluer. Tout le monde aime l'argent et la réussite. Ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs ou des gauchistes qui me résistent encore. Et moi, je suis un homme. Alors, que voulez-vous, lorsque Rolex et Ray-Ban m'ont proposé un contrat de sponsoring, j'ai sauté sur l'occasion.

Mais, là n'est pas mon propos. Je suis là, comme le père noël, pour vous donner de l'espoir. Alors, soyons clairs, cette année, la seule chose qui doit tous vous fédérer, c'est le POUVOIR D'ACHAT. C'est ça qui doit ABSOLUMENT vous préoccuper. Le fric, le fric, le fric. Laissez tomber ces revendications idiotes sur les Droits de l'Homme, sur l'environnement ou sur la culture... ça ne sert à rien. De toute façon, dites-vous bien qu'avec plein de fric, vous accéderez à tout ça, alors... Donc, pensez bien à CONSOMMER. ça tombe bien dites-donc, c'est bientôt les soldes. Vous allez pouvoir vous régaler, et accéder à encore plus de choses inutiles qui vous donneront l'illusion d'être heureux et de remplir vos vies creuses et plates. Pour le reste, croyez-moi, on s'occupe de tout, MON gouvernement et MOI-MÊME (et surtout moi-même d'ailleurs). Cette année, on a prévu de faire raquer un peu plus les vieux en situation précaire. On a aussi décider de démonter un peu plus l'Education Nationale qui est un ramassis de gauchos et d'anarchos... Pour ça, on va encore couper les crédits, démembrer la carte scolaire, et ne pas renouveler les postes de ceux qui partent en retraite. Puisqu'on parle service public, on va un peu se débarrasser de tout ça. Bien sûr, vous pouvez compter sur nous pour vous faire passer la pilule. On a pensé (surtout moi) à vous culpabiliser, à vous dire que vous êtes des privilégiés, que vous coûtez trop cher à la sécu, que vous ne cotisez pas assez longtemps, et on vous montrera bien que vous n'êtes que des rapaces pingres ou des assistés, incapables de faire le moindre effort. Les médias, vos amis centristes et même les gauchistes reconvertis iront dans mon sens, rassurez-vous.

Une bonne année à tous. N'hésitez pas à vous endetter. Après tout, un peuple pris à la gorge à cause de ses traites de fin de mois, ne peut pas se permettre de faire une grève de plus de 24 heures. De toute façon, bientôt, la grève, ça sera comme la cigarette dans les lieux publics...

Soyez sages, et n'oubliez pas... Je garde un oeil sur vous..."

Sympa, non ? Tu as vu, mon lecteur, comme je suis gentil de t'avoir filé le texte en avance. Bon, je te préviens tout de suite, c'était un brouillon... peut-être que d'ici ce soir, le Chef de l'état va faire quelques corrections de ci, de là... Mais, il y a peu de chance... Très peu, même.

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26 décembre 2007

Histoires courtes

L'art brut fait encore partie de nos villes.

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25 décembre 2007

Quelques toiles du moment

royaumes_du_nordVoici quelques posts, je vous parlais de l'excellente adaptation de Sa majesté des mouches à l'écran. Peter Brook avait saisi l'essence même du roman de Golding et faisait un vrai et beau film.
On ne peut pas en dire autant de l'ami Chris Weitz qui nous a pondu un plutôt décevant Royaumes du nord. Alors que Philipp Pulmann avait réussi à l'écrit à écrire l'un des plus beaux romans de science-fiction de ces dernières années, le résultat à l'écran est d'une grande platitude. On sent bien que le film lorgne largement sur ses grands frères Narnia et Harry Potter (qui ne sont pas d'immenses réussites cinématographiques non plus du reste...). On retrouve donc le même type d'effets spéciaux, les mêmes animatics et surtout cette platitude psychologique des personnages qui nous empêche d'éprouver la moindre sympathie pour eux. On assiste donc à un joyeux jeu vidéo, pas désagréable, mais pas passionnant non plus... Mais pouvait-on attendre beaucoup d'un réalisateur qui a, à son actif, des films comme American Pie (un chef-d'œuvre d'humour et de finesse...) ou des scénarios comme La famille Foldingue ou Shanghaï kid...

Mêmes sentiments, mêmes réflexions pour le Je suis une légende de Francis Lawrence. Le matériel d'origine était somptueux. Richard Matheson avait écrit un vrai roman d'anticipation vraiment inquiétant.  je_suis_une_l_gende
Le réalisateur est passé à côté du chef-d'œuvre pour nous livrer un film plutôt lisse. Le New-York désert que traverse Will Smith (qui nous montre, en passant, une autre facette de son jeu d'acteur) est impressionnant, mais déjà vu. Car Danny Boyle et son génial et flippant 28 jours plus tard sont passés par là et nous ont fait le coup avec Londres. Et là où Danny Boyle inquiète en profondeur (imaginons-nous un instant arpenter notre ville devenue complètement déserte... L'horreur...), Francis Lawrence distrait, tout au plus. Son New-York est beau, mais à aucun moment on ne ressent la solitude totale et oppressante que devrait pourtant ressentir le héros... Et ses vampires-zombies ne sont pas franchement terribles. Ils font plus penser à de grosses cloportes qui peuvent grimper drôlement vite sur les murs qu'à autre chose... Et on oubliera, bien évidemment, la fin idiote du film où Dieu, une fois de plus, sauve l'Amérique... Mais pouvait-on attendre autre chose du réalisateur du pénible Constantine (avec ses jolies images, Keanu Reaves qui joue mal et sa fin bête où on apprend que la clope donne le cancer, mais que la religion peut nous guérir...) ?

clerks_2Alors, pour se consoler, on se tournera du côté des DVD avec, d'abord, une comédie fort sympathique, suite du premier et réalisé par le même. On peut bien sûr regarder cette séquelle sans voir le numéro un, mais ce serait dommage. On fera ainsi connaissance avec Dante et son univers bavard et hétéroclite. Cette suite reprend les personnages du film original, datant de 1994. Cette fois, le film est en couleur (le premier était en noir et blanc) et raconte le dernier jour de Dante dans le New Jersey, puisqu'il s'apprête à partir pour Miami le lendemain avec sa fiancée... Mais le voilà qui va avoir des doutes sur le bien fondé de son acte...

blade_runnerEt puis, pour les gros malades de Blade Runner (dont je suis), l'édition définitive de ce monument vient de sortir... 2019... Un policier est chargé d'éliminer cinq humanoïdes (des répliquants) interdits sur terre. Mais voilà que son enquête  va lui faire rencontrer une sixième répliquante, et qu'il va éprouver des sentiments pour elle... Ce film est l'exemple type d'une adaptation à l'écran supérieure au roman dont il s'inspire (un roman de Philipp K Dick, pourtant...). Décors sublimes, scénario en béton, Harrison Ford en complet anti héros (on le connaissait plutôt, à l'époque, en temps que Han Solo ou Indiana Jones), musique envoûtante de Vangelis... Le film, 25 ans plus tard, n'a pas pris une ride et continue d'influencer toute la science-fiction actuelle.
Pas moins de cinq DVD, bourrés de bonus passionnant pour comprendre et aimer ce film. On trouvera donc sur nos galettes les cinq versions du film : la version internationale de 1982, la version US de 1982 (avec des plans gore en moins... Censure quand tu nous tiens), la version du réalisateur de 1992 (où le réalisateur nous montre la version telle qu'il l'a voulu, et non pas telle que lui avait imposé les studios de l'époque...), l'ultime version de 2007 (avec quelques variations par rapport  à la version de 92, mais surtout une image complètement remasterisée et un son de toute beauté...) et, enfin, la rarissime version de travail, plus courte que les quatre autres versions, avec un commentaire génial de spécialiste...

Bon, maintenant, si vous préférez aller voir Will Smith, je ne peux plus rien pour vous... Allez en paix...

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19 décembre 2007

De l'art de créer une société lisse et sécuritaire

dolceVoilà les jolis affiches qui tapissent nos rues en ce moment.  Que voit-on ?  Un homme (ou une femme, car on a la version féminine) en plan rapproché, rasé de près, voire quasi glabre, impeccablement coiffé, coupé de près, en costume et cravate, arbore une superbe paire de lunettes qui lui couvre un tiers du visage et cache ses yeux.
A l'arrière-plan, les décors sont bleus et froids. Tout est impeccable. Pas le moindre grain de poussière.

Alors bien sûr, ici, le message est clair. Dolce et Gabbana est la garantie d'une hygiène irréprochable. Avec cette marque, vous devenez un être parfait, froid, efficace.

Face à cette affiche, on ne peut pas ne pas penser au film de
Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca (1997).
Grand film de science-fiction, ce film raconte comment un héros, aux gènes imparfaits, arrive à contourner les règles d'une société parfaite qui contrôle complètement la généalogie et l'ADN et qui a condamné la fécondation in vivo au profit de la fécondation in vitro.
gattaca3 Même photographie, même lumière, on voit bien, encore une fois combien la publicité recycle plutôt qu'elle ne crée.
Bien sûr la filiation avec le film est tout de même troublante. Dolce et Gabbana semble ici être attiré par une société où le concept de sentiment a disparu...
Mais n'est-ce pas, finalement, le rêve de tout publicitaire, qui fantasme toujours sur une société d'humains robotisés qui ont abandonné leur raison au profit d'une consommation effrénée...

L'image choisie par la marque est aussi une image symbolisant le pouvoir et l'uniformité.
Comment ne pas penser aux organisations gouvernementales secrètes ou non d'ailleurs (le FBI, les Men in Black...) et aux images de différents dictateur (Pinochet, par exemple, adorait les lunettes noires) ?

sarko_raybanBon, bien sûr, si j'étais de mauvaise foi, je ne me gênerai pas pour faire le parallèle de cette campagne avec les photos de notre Délicieuse Altesse Sérénissime... Mais, bon, heureusement, notre Big Boss à nous possède encore une certaine pilosité.
Me voilà rassuré...

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17 décembre 2007

De l'art de jouer avec les symboles

En cette somptueuse période de Nouwëlle, le calendrier de l'avent de Monsieur Sarkozy marche à fond : chaque jour, on ouvre une petite fenêtre et hop, magie, on a une nouvelle information dont notre Altesse Sérénissime est le héros.

La semaine dernière, notre Grand Maître à tous avait trouvé malin d'inviter un bon dictateur bien crado. On s'était dit, naïvement, qu'il nous ficherait la paix jusqu'à aujourd'hui... Fous que nous sommes... Et nous avons cru bon d'ouvrir les petites cases du week-end de notre calendrier sans nous méfier...

Notre Grand Ponte a une nouvelle petite amie ! Elle s'appelle Carla Bruni, c'est un ancien mannequin reconverti chanteuse, et le couple a passé une partie de son samedi à Disneyland Paris...

Que tirer de tout ça ? Beaucoup plus que ce que nous diront nos journaux, à coup sûr... Parce qu'on aurait tort de ne pas décortiquer cette information, beaucoup moins anodine que ce qu'il y paraît de prime abord.

Bien sûr que cette information tombe évidemment pile au bon moment pour faire oublier les affres de la semaine dernière de notre Sark Vadorounet préféré. Mais si on s'arrêtait là, dans notre analyse, on louperait beaucoup d'autres points. Et principalement celui-ci : cette information relève de la plus haute propagande libéraliste, qui aime avant tout nous monter ce qui est bon pour nous et ce qu'il faut faire. Vous êtes sceptique ? Laissez-moi vous convaincre :

1- Carla Bruni est un ancien mannequin. Le mannequin est quelqu'un dont le métier joue sur l'apparence. Tout repose sur le paraître. On est dans le maintien. Voilà un métier qui reflète parfaitement la manière de travailler de notre président : tout est apparat. Il ne vit que dans le regard des autres, sous les flashes des photographes.

2- Une fois de plus, la frontière entre la vie publique et la vie privée est gommée. Nous savons tout sur les histoires de notre dirigeant. On a franchi un pas définitif. La télé-réalité et Big Brother sont passés par là. Le message est clair : si le premier Homme n'a plus de vie privée, pourquoi en aurions-nous une ? Il sacrifie sa vie privé au profit de son travail, nous devons donc faire de même...

3- Pourquoi Disneyland Paris ? Parce honnêtement, pour une relation naissante, il est tout de même plus agréable de passer son week-end sous la couette, à faire l'amour et à mater des DVD... Certes... Mais il fallait un lieu où on puisse les voir... Alors, pourquoi pas les Champs Elysées ? ou le Fouquet's tiens ? ou la Tour Eiffel (le troisième étage... C'est bon ça, coco, pour les photos !!!). Certes, certes... Mais, ici encore, on joue sur les symboles. Et que représente Disney ?

- Disney, c'est le monde de l'enfance. Plus de soucis ! Régressons gaiement ! Ne nous occupons donc de rien ! Consommons sans compter ! Faisons parler uniquement nos instincts ! Ne nous prenons pas la tête ! Les princes qui nous gouvernent prendrons les bonnes décisions... Dormez tranquille ! Et nous de nous laisser hypnotiser comme Mowgli face à Kaa le serpent, dans Le livre de la jungle.

- Disney, c'est le monde libéral dans toute sa splendeur, c'est le Modèle Etatsuniens : côté pile, tout va bien, tout est propre. Pas un seul papier ne traîne. Tout le monde est heureux. Côté face, le grand Picsou règne. Les syndicats sont laminés, le droit de grève piétiné, les conditions de travail extensibles et les ouvriers flexibles. sans oublier que Disneyland, c'est aussi la réalité du travail le dimanche... et, comme par hasard, on en parle en ce moment... Coïncidence, sans doute... Finalement, Disney, c'est une relecture du code du Travail, c'est le rêve d'une France de demain...

Vous voyez, ça valait le coup de s'arrêter cinq minutes sur cette information, qui dépasse largement la simple info people... Décrypter, c'est déjà un début. L'hydre Sarkozy veille à nous bombarder d'informations quotidiennes. Soyons vigilants. Gardons notre esprit critique. Et continuons de résister, sans nous lasser.

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13 décembre 2007

Sa majesté des mouches, de Peter Brook

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Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, des aristocrates anglais envoient leurs enfants en Australie, pour les protéger. Malheureusement, en cours de route, l'avion s'écrase et les enfants sont les seuls survivants du crash. Livrés à eux-même18801269_w434_h_q80s, les enfants vont assez vite être cruels les uns envers les autres, et des enjeux de pouvoir vont être mis à jour...

Adapté du roman de William Golding, paru en 1954, Sa majesté des mouches, de Peter Brook, tourné en 1965, est l'un de ces films qui peut se vanter d'être une excellente adaptation. Non seulement l'histoire est parfaitement respectée, mais on ne peut qu'être impressionné par la performance des jeunes acteurs qui font ressortir à merveille toute la méchanceté propre à l'enfance.

Le livre, comme le film, montre à quel point la barbarie sommeille en chacun de nous, et la démonstration est peut-être encore plus flagrante lorsque les héros sont des enfants (réputés si innocents). Dès les premières minutes du film, alors que les enfants sont encore engoncés dans la civilisation anglaise et ses uniformes scolaires étriqués, on voit poindre les conduites humiliantes et despotiques.

Plus l'histoire avance, et plus les enfants se dénudent, plus ils se défont de tout ce qui nous permet de vivre en société... La loi des hommes fait vite place à la loi du plus fort, la superstition (avec l'apparition d'un dieu primitif, à qui on va offrir des têtes de cochons sauvages) prend le pas sur la raison.

Terrible parabole sur la montée des régimes forts, et la mise à bas des démocratie, Sa majesté des mouches nous hante encore longtemps après qu'on ait refermé le livre, ou éteint notre poste.

Et après avoir vu le potentiel qu'on peut tirer de jeunes acteurs, il est difficile de cautionner le genre de film qui sortent en France en ce moment...

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12 décembre 2007

Paysages nocturnes

Dans les nuits niçoises, on croise des bâtiments et des atmosphères.

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11 décembre 2007

De l'art de s'enrichir

Ami pauvre, réjouis-toi !

Hier encore, tu regardais avec angoisse ton compte en banque déjà tout fondu, et tu te demandais comment tu allais faire pour offrir tes quelques cadeaux de Noël, tout en payant ton loyer, tes factures. Hier encore, tu rognais sur des bouts de chandelle, en ne chauffant que la chambre de tes enfants, et en mettant une couverture supplémentaire sur ton lit. Hier encore, tu préparais, pour la septième fois de la semaine, des pâtes, avec un steak surgelé pour les petits, et du beurre pour toi. Hier encore, tu prenais sur toi pour ne pas craquer, pour ne pas pleurer, et tu te disais, pour te consoler, que toi, au moins, tu avais un boulot, pas super bien payé, mais c'était un boulot quand même, et un logement, au loyer exorbitant, mais c'était un logement tout de même.

Ami pauvre, réjouis-toi ! Ce temps-là est terminé. Ton calvaire touche à sa fin. Tu peux enfin, toi aussi, te jeter dans la consommation frénétique, sans soucis pour le lendemain. A toi les consoles de jeu dispendieuses, les supers télés 3000 centimètres écran plat LCD plasma, les 4x4 monstrueux, les bijoux clinquants, les casinos, le Martini avec des olives... oui, ami pauvre, tout ça est pour toi, car le temps de ta pauvreté est achevé. Il était temps, me glisses-tu à l'oreille. Pas faux... Mais, on s'en fiche ! Goinfrons-nous à volonté. Fini les oeufs de lump sur du vil pain en tranche, bonjour le caviar sur des blinis Fauchon !

Comment, ami pauvre ? Tu n'es pas au courant ? Pardonne-moi, ami pauvre, je vais vite en besogne, et j'en oublie que tu as abandonné tout espoir depuis si longtemps... Et bien voilà : le travail, c'est terminé, parce que tout le monde est riche ! Et tout ça, grâce au petit Nicolas, Notre Altesse Sérénissime, grand Ordonnateur du Monde et de l'Univers. Alors, n'oublie pas de voter pour lui, pour ses sbires et ses marionnettes à partir de maintenant, hein...

Et oui, ami pauvre, la France est riche (donc toi aussi par la même occasion !). Et c'est ce matin que je le lisais dans Libération (un bien vilain journal de gauchistes, mais ça va changer tout ça, croyez-moi !).

" La France et la Libye ont signé dans la soirée une dizaine d’accords et de contrats d’un montant évalué par l’Elysée à plus de dix milliards d’euros, portant notamment sur l’achat de 21 Airbus. (...) La France et la Libye ont aussi signé un «accord de coopération» pour le développement de l’énergie nucléaire civile, prévoyant la fourniture d’un ou plusieurs réacteurs nucléaires. (...) Par ailleurs, une «source informée à l’Elysée» a indiqué à l’AFP que la Libye envisage d’acheter à la France 14 avions Rafale, ainsi que 35 hélicoptères et d’autres équipements militaires, pour un montant total de 4,5 milliards d’euros. "

Et fais bien vite taire les communistes (qui sentent des pieds) qui te diront que la Lybie n'est pas vraiment une patrie des Droits de l'Homme et qu'on pourrait s'en occuper (de toute façon, on a fait pareil en Chine, alors...), ou encore les écologistes (qui puent des fesses) qui te signaleront qu'un Airbus, un hélicoptère, un Rafale ou encore une centrale nucléaire ne sont pas des choses qui font du bien à l'environnement, et qu'il a bon dos, le Nicolas, de faire des grandes raouts sur l'environnement si c'est pour tout saloper ailleurs après...

Que tous ces pisse-froid aillent se faire téter la tête par des poulpes en rut. Quant à toi, va donc fêter Nouwël avec frénésie. Et n'hésite pas à contracter un ou deux crédits revolving supplémentaires afin de consommer encore plus... Le temps que l'Etat te fasse un virement sur ton livret A du Crédit Mutuel...

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09 décembre 2007

Cashback de Sean Ellis

cashback

En 2004, le britannique Sean Ellis sortait un magnifique court métrage intitulé "Cashback". C'était l'histoire d'un jeune homme capable d'arrêter le temps afin de s'adonner à l'un de ses hobbies, à savoir le dessin académique. Fou de la beauté féminine, il prenait ses modèles dans le supermarché dans lequel il travaillait.

cashback_14Deux ans plus tard, Sean Ellis en a fait un long métrage tout aussi envoûtant. Expérience inédite, il a inclus son court métrage au sein du film. Il l'a encadré d'un début et, bien entendu, d'une suite et d'une fin. On retrouve donc notre héros capable d'arrêter le temps face à une rupture sentimentale qui le fait souffrir. Cette rupture a d'ailleurs une conséquence : il ne dort plus, ce qu'il fait qu'il dispose d'un tiers de plus de vie à meubler. Le film raconte donc son deuil, sa passion et la rencontre d'un nouvel amour.

Magnifiquement filmé, plein d'humour, regorgeant d'inventions visuelles et bénéficiant d'une photographie impeccable (le cinéaste, faut-il le préciser, est, à la base, un photographe de mode) le film est un véritable régal pour les yeux. On est loin du cinéma de consommation hollywoodien. Ici, on suggère plutôt qu'on ne montre. On effleure, on frôle. Les corps féminins sont magnifiques. Et l'oeil du héros, comme celui du cinéaste, les aime et les respecte.

cashback_3La bande originale est vraiment réussie. On y trouve des morceaux touchants, de ces morceaux qui mettent un petit blues, tout en nous faisant sourire ("Inside" de Bang Gang en est l'exemple type). Mention spéciale pour le pianiste Guy Farley avec ses compositions où on reconnaît aisément les influences de Thomas Newman (le compositeur de la BO d'American Beauty) et d'Erik Satie (l'auteur génial des Gnociennes et des Gymnopédies).

Délicieuse petite Quatrième dimension, ce film est probablement mon coup de coeur cinéma de cette année.

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04 décembre 2007

Un nouveau grand flime cette fois-ci !

En 2000 sortait le film Hypnose de David Koepp avec Kevin Bacon. Primé au festival Fantastic'art de Gerardmer, le film raconte comment un homme, suite à une soirée spiritisme (ah... Qui chantera le charme des soirées spiritisme où on retourne un verre Duralex sur lequel on pose tous nos index boudinés... ?), se retrouve encombré d'un don fort embarrassant, puisqu'il voit des personnes décédées, qui semblent avoir pour lui un message. Ce film, dans la lignée d'un Dead Zone de Cronenberg et d'un Sixième sens de Shyamalan, se tenait plutôt bien et, sans être un chef-d'oeuvre absolu, arrivait à donner quelques bons frissons, et offrait autre chose que les néo-slasher à la Scream et autres Souviens-toi l'été dernier (lorsque tu étais venu me voir sous la tente, tandis que mes parents dormaient dans la caravane, au camping de la Motte, en Normandie, non, pardon, je m'égare)...

Vous connaissez ma joie adolescente face à une suite. Mélange subtil de doute et d'excitation, je suis toujours curieux face à une séquelle cinématographique. Et, justement, le film de David Koepp va connaître un prolongement/remake. Je ferai fi de vos sarcasmes (qui glisseront sur le duvet de mon indifférence) et vous exposerai, de ce pas, le propos de ce film. Une femme, donc, bien de sa personne, se fait offrir, lors d'une soirée spiritisme, une bien étrange bouteille de parfum. Dès qu'elle l'ouvre, en effet, ce parfum lui confère un don de double vue associé à un irrésistible pouvoir de séduction. Si ce dernier pouvoir est quelque peu gênant (elle se retrouve harcelée par de nombreux mâles), son don de double vue lui révèle qu'une puissante organisation aux idées peu démocratiques s'est emparée du monde. Va-t-elle arriver à combattre ces affreuses idées, ou sera-t-elle elle aussi, comme tant d'autres, pervertie ? Teaser oblige, voici donc l'affiche :

PHOT0439

Rectification : le lecteur attentif d'hier, m'écrit à nouveau pour me signaler que mon info est toute pourrie, et que je n'ai encore rien compris. Je souhaite à ce lecteur de tomber dans une oubliettes remplie de sangsues affamées et de fans de Didier Barbelivien. Quant à moi, je vais bouder jusqu'au prochain post.

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