30 octobre 2007
The commitments, d'Alan Parker
En 1991, notre ami Alan Parker réalise ce qui est, à ce jour, l'un des plus beaux films sur la musique et sur l'aventure de groupe. l'action se passe à Dublin, en Irlande. Jimmy, chômeur depuis deux ans, décide de monter un groupe. Et il veut jouer de la Soul, parce que c'est la seule musique, à ses yeux, qui reflète l'âme prolétarienne Dublinoise. Il auditionne et rassemble autour de lui, de bric et de broc, un vrai groupe, véritable patchwork humain. Et nous voilà plongé dans leur aventure.
Si le film fonctionne aussi bien, c'est d'abord, et avant tout, parce que les morceaux en live sont vraiment joués sur scène. Les acteurs jouent et chantent vraiment, et c'est pour ça que le plaisir est réel. Face à ce film, il est impossible de ne pas claquer des doigts, taper des mains ou encore chanter à tue-tête. La lumière est splendide et on se retrouve avec de vrais long morceaux à l'écran. A partir de là, comment ne pas craquer sur la somptueuse interprétation de "Mustang Sally" ou de "Try a little tenderless" ?
De plus, Parker n'est pas là pour filmer un beau conte de fée et nous fait vraiment vivre au côté du groupe, avec ses galères, ses engueulades, ses difficultés, ses ego démesurés, ses jalousies, ses rivalités... On est très loin du film hollywoodien, qui nous aurait narré une belle histoire avec une somptueuse rédemption à la fin. Non, ici, on est en Irlande, à Dublin, et il y a de la misère, des chevaux dans les rues au milieu des voitures, des pubs, de la bière, et une incroyable énergie.
Au delà de ça, on voit bien que le rêve et la musique peuvent ouvrir des portes immenses, et faire que les gens se dépassent eux-mêmes. Parce que finalement, c'est un peu ça, un des messages du film. Ne jamais se contenter de son quotidien si on a un vrai projet auquel on tient.
Sinon, toujours dans la série, "fêtons joyeusement Halloween", on peut se tourner vers "Angel Heart", toujours du même Alan Parker. Bien poisseux, bien glauque, et un des meilleurs rôles de Mickey Rourke (bon, remarquez, ce n'est pas bien difficile...). Promis, je vous en parlerai plus avant une prochaine fois.
25 octobre 2007
Ripaillons pour Halloween !
Plutôt que de râler joyeusement sur cette fête importée de force en France, et sur son caractère purement commercial à vomir, profitons plutôt de cette fête celtique et païenne à l'origine pour parler un brin de quelques perles fantastiques, histoire de se blottir de frayeur les uns contre les autres, tout en pelotant discrètement le voisin ou la voisine qui nous plaît...
On connaît bien Sam Raimi comme le réalisateur des trois Spiderman... En 1981, le jeune bougre, à peine âgé de 22 ans, tourne son premier grand vrai film. C'est Evil Dead. Réalisé avec trois bouts de ficelle, le film raconte comment quatre jeunes décérébrés... euh, quatre jeunes pardon ! louent une cabane plutôt moisie pour le week-end, et comment ils déclenchent la fureur d'un démon de la forêt que les possède un par un. Fort de son succès, Sam Raimi, en 1987, remet le couvert et sort, avec un budget plus confortable Evil Dead 2, qui tire plus du côté du remake que de la séquelle.
Ash, le héros, décide donc, dans ce film, d'amener sa petite amie, pour le week-end, dans un chalet qui n'est pas à lui. Malheureusement, ces petits imbéciles ne trouvent rien de mieux à faire que d'investir le chalet d'un vieux professeur en démonologie. Et comme ils ne peuvent pas s'empêcher de tripoter les affaires d'autrui, ils appuient sur le bouton ON d'un magnétophone où le dit-professeur récite in extenso la formule magique qu'il ne faut surtout pas dire sous peine de réveiller un démon super méchant, mais il la dit quand même (c'est ballot...), et nos deux jeunes écoutent la formule jusqu'au bout (c'est re-ballot...). Faut-il préciser que le démon ne tarde pas à se manifester ?...
Ici, on ne s'encombre pas d'exposition d'une heure ni d'une quelconque crédibilité scénaristique. Tout commence dès la cinquième minute, avec une somptueuse décapitation de la petite amie de Ash (bon, bien sûr, elle était possédée... alors, vous comprenez, on pouvait difficilement faire autrement, aussi...). Ensuite, c'est du non stop pendant plus d'une heure.
La jubilation du réalisateur et des acteurs est extrêmement contagieuse, et on se laisse aller à savourer le spectacle. Tout y passe : caméra virevoltante ; plongées, contre-plongées et gros plans à la Sergio Leone ; effets spéciaux à l'ancienne, avec maquillage et latex ; hectolitres de sang (rouge, bien sûr, mais aussi vert fluo ou bleu pêtant) ; animation image par image inspirée probablement de Ray Harryhausen, le génial animateur des créatures du Choc des titans, du Septième voyage de Simbad ou de Jason et les Argonautes...
Il faut voir la petite danse du cadavre qui joue avec sa tête coupée, le trophée de tête de cerf qui s'esclaffe ou encore la main possédée de Ash qui l'agresse et qui lui jette des assiettes au visage.
Un grand film, donc, qui ne se prend pas au sérieux, sans pour autant se moquer de son public (contrairement au pitoyable House de Steve Miner et de tous ses avatars...). En tout cas, une chose est sûre : en voyant ce film, on se demande si un tel projet pourrait aboutir aujourd'hui.
(Dents blanches et halaine fraîche, même après un gros combat avec les démons ! Non mais !)
24 octobre 2007
De l'art de créer un monde parfait
Suite au commentaire de David, il y a trois posts, et n'écoutant que mon courage, le petit chroniqueur investigateur que je suis, a écumé la ville à la recherche de la fameuse affiche incriminée. Et donc, la voici...
Alors, que voit-on ? L'actrice Monica Belucci est prise en plan rapproché. Elle nous fait face et nous regarde droit dans les yeux. Elle n'est pas centrée, elle suit une diagonale gauche / droite. Que peut-on comprendre à ce stade de l'analyse ? D'abord qu'elle reste proche de nous malgré son statut de star internationale. Le plan rapproché va à l'essentiel, à savoir son visage, miroir de toutes les émotions, reflet de son âme. Elle se livre à nous. Et le fait de nous regarder bien en face montre à quel point elle est franche. Comment peut-on nous mentir quand on nous regarde dans les yeux ? Notons aussi que le fait de s'aligner sur une diagonale donne un aspect dynamique à l'ensemble. Monica est dans le mouvement, elle semble surgir telle une déesse ou une sylphide. Elle est sur fond noir (les immeubles, en haut à droite ne sont qu'un reflet. Qu'on me fouette et qu'on me fasse écouter l'intégrale de Céline Dion pour cette erreur...). Le noir représente ici le mystère et la magie, tandis que le blanc connote nettement la pureté. Joconde moderne, elle incarne ici la beauté absolue.
Le terme absolu n'est pas trop fort, comme nous le rappellent le nom "perfection" ainsi que les différents adjectifs utilisés : "extrême", "haute" et "forever" (éternel). On touche ici au divin. Monica, qui a 43 ans, est au delà du temps, qui n'a aucune prise sur elle.
Notons aussi au passage, et tu l'as relevé, David, le subtil "SPH 25" placé sous le terme "tenue extrême". On retrouve ici la petite touche scientifique qui cautionne l'ensemble. Oui, mesdames, la science travaille pour nous, et de grands savants ont isolé pour vous de merveilleuses molécules destinées à vous rendre encore plus belles et à vous élever, vous aussi, au rang de Star. Avec ce produit, à vous la célébrité, les grands hôtels, les cocktails chez Monsieur l'Ambassadeur et le Festival de Cannes.
Monica a des étoiles dans les yeux, et ces étoiles seront bientôt dans les vôtres... Soyez donc, à peu de frais, amis pauvres, amis du peuple, amis de la plèbe, l'équivalent d'un être tout puissant. Allez donc faire chauffer votre carte bancaire chez votre parfumeur le plus proche.
Quant à moi, cher David, je vais tester le machin en faisant du ski nautique sur de la lave en fusion au fin fond d'une mine de charbon (autant mettre les bouchées doubles !). Et je suis certain que je serais toujours aussi beau après...
22 octobre 2007
De l'art de confondre vie privée et vie publique
Scoop ! les médias se sont affolés, les Une de journaux se sont enflammées, une première dans la République Française : un président va divorcer !
Bon. Pourquoi pas... Mais, au delà du fait que cette annonce ait été lancée le jour même de la première grève importante sous le mandat de notre Altesse Sérénissime (une coïncidence sans doute ?), on peut légitimement se poser deux ou trois questions en passant.
La première est la suivante. Les deux présidentiables, à savoir Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ont eu des problèmes de couples. Les deux présidentiables se sont séparés de leur conjoint respectif après le deuxième tour. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait avant ? Leurs problèmes de couple ne dataient pas d'hier, pourtant, ils ont, tous deux, joués avec cette image de couple soudé. On peut alors mesurer, pour l'un comme pour l'autre, la part de mensonge social qu'ils ont véhiculés. On votait pour ces candidats, et non pour savoir qui allait être la première dame ou le premier homme de France. Alors, comment justifier ces mensonges ? Et, à partir de là, ne peut-on pas se poser la question de savoir jusqu'où va leur sincérité ? Ont-ils tellement peur de leur image ? Qu'est-ce que cela aurait changé d'élire un ou une célibataire ?
La seconde est, à mon sens, plus préoccupante. Lorsqu'on se sépare de quelqu'un, même si cela se passe bien et en bonne intelligence, c'est toujours quelque chose de douloureux. Et ça a forcément des conséquences sur notre entourage, sur notre vie sociale. On ne va plus fréquenter certaines personnes, on se brouille avec d'autres, le lien qui nous reliait à des amis se défait ou se renforce, des proches prennent position. Mais cela relève de la sphère privée. Une rupture a aussi des conséquences sur notre travail, qu'on le veuille ou non. On est plus ou moins préoccupé, on repense à notre histoire ancienne, bref, on a un deuil à faire. Aussi, on est moins performant. Lorsqu'on est un simple employé de bureau, on fera peut-être moins bien les photocopies, ou on fera plus d'erreurs de frappe lors de la saisie d'un document sur Word. Mais que se passe-t-il lorsqu'on est un Président de la République, qui a, entre autre, le pouvoir nucléaire entre les mains ? Quelle garantie ai-je, en tant que simple citoyen, vis-à-vis du sang froid de mon président ? Va-t-il vraiment s'intéresser à fond à la marche du pays et du monde ? Que pèse la marche de la planète face à une seule de nos peines de coeur ?
La dernière, et pas la moindre, c'est que quelque chose a définitivement changé dans le paysage actuel. On pourrait dater ce changement avec l'arrivée de la télé-réalité (en 2000, en France, avec un avatar de Big Brother, en la personne de Loft-Story). Depuis, la frontière entre vie privée et vie publique n'a pas cessé de se brouiller, et on a livré, en pâture, au petit peuple de chaque pays, les histoires de coeur de tout le monde. Bien sûr que la presse people ne date pas d'hier, mais elle se limitait jusqu'alors, aux stars du show-business. Maintenant, il est de bon ton de tout régler en public.
Peut-on tout dire ? Peut-on parler de tout, n'importe comment, à tout le monde ? Doit-on tout savoir sur les individus ?
A force de flatter les bas instincts et de faire peur à tout bout de champ, on obtient vite des sociétés pleines de caméras, où la part du jardin secret n'a plus aucun sens. Et si, au plus haut niveau de l'état, les histoires de coeur sont offertes sans pudeur aucune à la plèbe, on peut décemment se poser la question de savoir ce qui nous attend ensuite, nous les anonymes...
15 octobre 2007
Trois p'tits liens et puis s'en vont.
Fan de Star Wars, ou gros alergiques, allez faire un tour sur ces trois liens qui m'ont beaucoup amusé.
Ici, vous verrez comment on dirige un orchestre : http://uk.youtube.com/watch?v=DqTi0ZFDawY
Là, vous découvrirez la vérité sur les passions secrètes de Darth Vador : http://uk.youtube.com/watch?v=3eZBevXohCI
Enfin, sur ce dernier lien, vous serez sensible à l'art du comique de répétition :
http://uk.youtube.com/watch?v=5blbv4WFriM
Soyez bien sages, et que la force soit avec vous...
14 octobre 2007
De l'art de sauvegarder la France
Soyons clairs dès le début de cette chronique : y'en a marre de ce ramassis de gauchos socialo-communiss' fumeurs de Marie-Jeanne dans l'Education Nationale qui ne foutent pas grand chose et qui farcissent la tête de nos têtes blondes de rêves pourris. Voilà, c'est dit, c'est fait, n'y revenons pas ! C'est en tout cas, peu ou prou, le message de la campagne publicitaire pour les cours privés de soutien Acadomia.
Que voit-on sur cette affiche ? Une jeune fille de bonne famille chevauche un cheval de bois. Elle est habillée telle une petite fille modèle : socquettes blanches, jupe écossaise, petite veste à blason, gilet jacquard. Sa peau est blanche et laiteuse, comme l'étaient les aristocrates du XVIIIème siècle. Cheveux attachés, elle nous évoque une jeune guide issue des Scouts d'Europe, qui adorent s'exciter en faisant moult petites danses gracieuses sur la messe énoncée en latin par un évêque intégriste. A droite de la dite jeune fille, on aperçoit un somptueux slogan : "Elle a gagné sa bataille contre l'histoire". Magnifique ! Le monde est une lutte, seuls les plus valeureux survivront, et cette jeune fille en fera partie. Et puis, en plus petit, le slogan de la boite :
"On croit au potentiel de chaque enfant"... Que c'est beau ! Ils auraient pu ajouter, à la fin, une phrase vengeresse, du type, "contrairement à l'école publique", mais ils n'ont pas dû oser, alors, ils ont joué le sous-entendu...
Une bien belle campagne, donc, qui s'adressent aux bonnes familles bien blanches, qui n'ont pas besoin de faire le moindre test ADN. Alors, amis géniteurs, amies matrices, confiez vos enfants à Acadomia et préservez ainsi les Vraies Valeurs de la Vie. Il faut armer vos enfants, dès le plus jeune âge, car, sinon, JAMAIS ils ne s'en sortiront. Et ils faut surtout leur donner des repères simples. La preuve en image :
Non ? Vous ne remarquez rien ? Mais si, observez les quatre affiches... Faites un effort... Un indice ? Regardez la répartition homme-femme... Eh oui, gagné ! Une fille est forcément une littéraire ! Un garçon, au contraire, est beaucoup plus scientifique. D'ailleurs, c'est prouvé ! Les plus grands penseurs conservateurs et réactionnaires l'ont dit : la femme n'a pas le cerveau fait pour les sciences ! Non, elle, son truc, ce sont les choses légères, et ça, Acadomia le sait...
Allez, les amis, plus d'hésitation, confiez vos bambins bien blonds à de véritables professionnels, qui n'hésitent pas à investir dans de magnifiques campagnes publicitaires hors de prix et pleine de prosélytisme libéraliste (le Savoir est un bien de consommation comme n'importe lequel / l'homme a une place, la femme en a une autre) pour la chair de nos chairs. Qu'ils en soient bénis ! Je vais d'ailleurs, de ce pas, aller procréer avec Cunégonde De Sainte Clotilde, ma compagne de toujours, afin qu'elle enfante, dans neuf mois et dans la douleur. Ainsi j'aurai contribué à la grandeur d'Acadomia. Allez en paix...
12 octobre 2007
De l'art du cinéma à la chaine
On avait droit, depuis les années 80 aux suites en tout genre, les séquelles, pures et dures. Ainsi, on a assisté, sans trop broncher aux multiples Terminator, Michael Myers, Freddy Kruger, Tortues Ninja, Ghostbusters, Flic de Beverly Hills, Big Mama, Taxi et j'en passe. L'idée était simple : un film marchait, alors on le déclinait une fois de plus et on remettait le couvert. Hormis quelques réelles réussites (la série des Alien par exemple, dont on omettra tout de même Alien VS Predator, bien mauvais, et dont on n'ose imaginer la suite qui nous arrive bientôt...), la production restait de consommation courante, sans surprise aucune.
On a eu alors droit, dans les années 90, aux adaptations de vieilles séries télévisées. Mission Impossible, Drôles de dames (et leurs séquelles respectives), Les Mystères de l'Ouest, Chapeau melon et bottes de cuir, Starsky et Hutch, Shérif fais-moi peur (et à la vue de ce dernier, c'est plutôt le film qui fait peur...).
On a eu aussi droit, dans ces mêmes années, à l'adaptation de jeux vidéos à l'écran. On oublie trop souvent le génialissime Super Mario Bros, le sublime Mortal Kombat (avec le fabuleux Christophe Lambert dans le rôle du vieux sage à barbe), l'extraordinaire Alone in the Dark, le magnifique Doom, le pléthorique Tomb Raider (et sa séquelle grandiose), le mirifique Silent Hill (chroniqué avec amour par votre serviteur il y a quelques temps déjà)...
On a eu droit également aux remakes. Bon, là, il faut avouer, on a eu quelques bonnes réussites (King Kong de Peter Jackson, L'armée des morts de Zack Snyder, Body Snatchers d'Abel Ferrara...) et quelques bonnes daubes bien réchauffée (le dernier Amytiville d'Andrew Douglas par exemple, même s'il faut reconnaître le côté franchement piètre de l'original...).
Et puis, on a eu droit au néo-slasher avec les Scream, Souviens-toi l'été dernier, Cut et autres Urban legend, merci ça va, j'ai compris, les jeunes idiots qui se droguent et qui font l'amour doivent périr dans d'atroces souffrances
Et voici qu'Hollywood, à court d'idées, a redécouvert, il y a peu, la préquelle (appelé "antépisode", par nos cousins québécois). Comme son nom l'indique, elle est le contraire de la séquelle. La préquelle se situe donc avant l'action du film original. Pourtant, la chose n'était pas nouvelle puisqu'on avait eu quelques préquelles dans les années 80. Amytiville 2 par exemple (qui n'est pas une réussite, mais bon, passons...). Récemment, trois grosses préquelles sont arrivées sur nos écrans, trois histoires de jeunesse de trois monstres sacrés du cinéma d'horreur : Leatherface, Hannibal Lecter et Michaël Myers.
L'idée de ces trois films est la même : comment trois meurtriers en série sont-ils devenus ce qu'ils sont ? On découvre alors, au fil de ces trois films, que, pour faire un bon serial killer, il faut d'abord avoir un QI faible (Myers et Leatherface) ou très élevé (Hannibal). Ensuite, il faut avoir un drame qui vous bouleverse (Leartherface va mourir de faim parce que les abattoirs du coin vont fermer ; de vilains soldats mangent la soeur d'Hannibal ; la soeur de Michaël Myers refuse de sortir son frère pour Halloween, préférant aller faire l'amour avec son copain, la coquine...). Enfin, il faut que tout autour de vous ne soit que violence (l'abattoir plein de sang et de tripaille dans Massacre ; la guerre dans Hannibal ; les brimades du père et des camarades de classe de Michaël, dans Halloween). Voilà ma brave dame, emballé c'est pesé.
Alors, bien sûr, il faut reconnaître que ces trois préquelles ne sont pas de trop mauvais films. On ne s'ennuie pas, c'est bien filmé, et honnête. Et puis, lorsqu'on voit les dernières séquelles de ces trois films (le boursouflé Hannibal avec Anthony Hopkins qui surjoue ; les pénibles Massacre à la tronçonneuse n°2, 3, 4 ; le grotesque Halloween n°8, sensé critiquer la télé-réalité), on admet qu'ils sont plutôt de qualité. Mais étaient-ils nécessaires ?
A la fin du premier Scream, de Wes Craven, l'un des tueurs admet qu'il n'a aucune raison réelle de tuer, et que c'est peut-être ça le plus terrifiant. La clef est sûrement là. Trop d'explications rationalisent et nous enlèvent cette peur primaire qui est la notre face à l'inexplicable. Et dans le domaine du film d'horreur, c'est sûrement un rien dommage. S'il peut être intéressant, dans la vraie vie, de s'interroger sur notre part de monstruosité (c'est ce qu'a fait Eric Emmanuel Schmitt dans l'excellent La part de l'autre, avec comme personnage principal Adolf Hitler), il me semble que la recette ne prend guère dans le film d'horreur.
Restent donc trois films sympathiques, à regarder avec quelques amis, un soir où il n'y a rien d'autre sur le petit ou sur le grand écran...
11 octobre 2007
Garçon stupide, de Lionel Baier
"Garçon stupide" raconte l'histoire de Loïc, jeune homo d'une vingtaine d'années, qui consomme le sexe à la chaîne, sans sentiment aucun, et qui s'intéresse surtout à lui-même. Un garçon insupportable alors ? Non, pas vraiment. Un garçon simple, peu cultivé, qui accède, petit à petit au monde des émotions. Autour de lui gravitent une amie qui l'héberge et le dépanne, un footballeur qui le fascine et Lionel, dont on ne voit que la vision, puisque le réalisateur a recourt à une caméra subjective.
Belle petite réussite que ce film, qui aurait largement pu tomber dans le voyeurisme et qui sait toujours rester respectueux et pudique. Parce qu'ici, nous ne sommes pas dans la démonstration, mais plutôt dans la retenue.
Lionel Baier aime profondément le personnage de Loïc, ça se sent. Alors, il le filme à la DV, et reste proche de lui, jusqu'à le rencontrer au sens propre du terme. L'acteur, Pierre Chatagny, joue extrêmement bien ce personnage, pourtant pas évident, qui voudrait tant ne pas devenir banal.
L'image est belle, les dialogues ciselés et d'une grande crédibilité (est-ce dû à l'impression de proximité que donne la DV, aux interprètes excellents, aux faux raccords auxquels Lars Van Trier nous avait habitués, ou à un ensemble d'un peu tout ça ?), et le film laisse le spectateur réfléchir à son rythme, sans lui donner toutes les clefs.
Un cinéaste suisse à suivre donc, dont je vais m'empresser de consulter la filmographie (certes, c'est son premier film, mais, peut-être a-t-il des courts métrages à son actif le bougre ?).
09 octobre 2007
De l'art de tout envahir
Une fois de plus, la publicité, par l'intermédiaire de nos amis préférés, a recours à l'humour. On voit donc sur ces deux affiches de magnifiques paysages naturels, et des êtres humains se comporter comme des animaux, grâce, bien entendu, aux équipements Aigle. Bien, bien...
A la vue de cette campagne, plusieurs questions se posent. La première est toute simple : qui réintroduit-on dans la nature ? Réponse : des espèces menacées, en petit nombre. Peut-on considérer l'homme comme une espèce menacée ? Oui, peut-être, par lui-même, mais à part ça ? En revanche, l'aigle est une espèce menacée. On peut donc noter le paradoxe entre l'emploi du nom de la marque et celui de l'espèce animale soi-disant en danger... Humour, quand tu nous tiens...
La deuxième question est plus subtile : pourquoi peut-on voir un message insidieux dans cette campagne ?Après avoir conquis des territoires entiers à grands coups de colonisations, de tronçonneuses, de béton et d'expropriations en tout genre, on est tout de même parvenus à conserver quelques terres vierges, on a tout de même réussi à faire doucement passer l'idée que certains coins du monde devaient être laissés en paix. Or, voilà qu'une publicité prône tout le contraire : allons-y les amis, allons conquérir la nature, elle nous revient de droit ! Virons donc ces chauve-souris et ces grands singes à la con pour prendre leur place ! La nature doit être avant tout notre terrain de jeu à nous !
Mais il est un message peut-être encore plus fourbe et pernicieux dans tout ça. On oppose en philosophie la Nature et la Culture. La Nature représente l'instinct, la Culture la raison et la connaissance. S'il y a bien une illusion qu'on balaye dès le début, c'est l'idée d'une quelconque bonté dans la Nature. La Nature n'est ni bonne ni mauvaise, elle EST, et n'a aucun but, n'ayant aucune conscience particulière. Au contraire, la Culture apporte à l'homme la distinction entre le Bien et le Mal, confronte l'homme à la LOI et lui apprend à vivre en société... En voulant réintroduire l'homme dans une nature présentée a priori comme bonne, Aigle montre surtout son vrai visage : abandonnons toute cette Culture, et revenons à de Vraies Valeurs. Pas inintéressant comme message, sauf que, dans cette campagne, les hommes sont clairement associés à des animaux. Et un animal n'est qu'un amas d'instincts... Exactement ce qu'il faut pour bien consommer dans une société libérale : réagir tout de suite, ne pas réfléchir, se laisser aller à ses coups de coeur, acheter sans compter, prendre des crédits revolving, s'endetter joyeusement, ne jamais attendre...
Allez amis publicitaires, je vous embrasse bien fort, et, surtout, continuez à nous faire rire, car vous êtes si drôles, et si créatifs...
08 octobre 2007
Nos amis les crétins
Lundi, 10h00, salle de réunion d'une agence de publicité dont nous tairons le nom. Le café est fumant, les brioches moelleuses, les cendriers déjà pleins.
- Bon, les gars, dit le boss aux doigts gras, à cause du croissant qu'il a tripoté puis englouti peu de temps avant, ça y est, on a le budget pour Carrefour. C'est du gros, c'est du lourd. (Le chef avait toujours eu une prédilection pour les rimes. Tout le monde, ici, l'admirait pour ce don mirifique.) Le truc est simple : c'est le fameux mois Carrefour, un mois de promotion, un mois où les consommateurs sont invités à encore plus consommer, en se jetant sur des machins inutiles dont ils sont persuadés d'avoir besoin. C'est un mois familial où le bonheur doit être palpable. Alors, au boulot.
Tout le monde s'active soudainement. Et deux heures plus tard, tout le monde y va de son projet. Même le stagiaire Bertier a une belle idée (il imagine un calendrier Carrefour qui s'effeuille tel une marguerite au milieu d'une ville dont les habitants tendent les bras de bonheur). Mais, une fois encore, c'est Molinon qui rafle l'adhésion du boss. Et ce n'est pas parce qu'il est le fils du Directeur de la boite. C'est parce qu'il a du talent, du vrai, du pur jus, bien gorgé de soleil, pas élevé en serre...
Bref, Molinon a appliqué à la lettre ce qu'il a appris en école de commerce : la cible, le produit, le slogan. Impeccable. Un fond rose, un ordinateur, des photos d'identité d'une jeune femme toute contente (très bon ça, coco, l'idée que Carrefour nous procure de l'identité, très bon !). Allez, c'est bon, envoyons ça joyeusement à l'imprimerie !
L'affiche fut donc affichée. Du beau 4 X 3 sur tous les murs de la ville. Sauf que Molinon avait voulu en faire plus. Il avait trouvé que LE MOIS pour un mois de promotion Carrefour, c'était un peu pauvre, alors, il avait ajouté un beau point d'exclamation après, parce que ça en jetait. Et c'est vrai que ça faisait bien... La preuve...
Bon, bien sûr, le lettrage du point d'exclamation faisait penser qu'il s'agissait d'un "I" et non d'un point d'exclamation, lorsqu'on passait un peu vite, en vélo ou en voiture, mais ça, ni Molinon ni les autres ne remarquèrent qu'ils venaient d'approuver un projet où le mot "MOISI" était associé à Carrefour. Ou alors, certains avaient voulu se débarrasser définitivement de Molinon... Mais qui aurait pu avoir une idée si vilaine ?...

















